L’économie est un jeu d’enfant de Tim Harford (Babelio #massecritique)

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Tous les ans, j’ai un pincement au cœur quand j’entends que l’on remet un prix Nobel à un économiste ! Rassurez-vous, cela m’arrive également pour le Prix Nobel de la Paix ! Les choix de la noble Académie de Stockholm sont parfois guidés par d’étranges murmures – non, non,  je n’ai pas dit : intérêts. Je sais, j’exagère. Cela ne changera rien de l’écrire ici. Et puis, ce n’est pas tout à fait exact, j’ai été heureux au moins une fois dans ma vie, lors de la remise d’un prix Nobel d’économie ! En 2009, lors de son attribution à Elinor Ostrom et Oliver Willliamson pour leurs travaux autour de la gouvernance économique et les principes des biens communs. Mais ces théories sur les biens communs ont plus à voir avec les littératures de l’imaginaire qu’avec cette pseudo-science entièrement dédiée à la réussite du système économique mondial actuel et à la croissance de la croissance éternelle. En ce weekend de Pâques, j’allume un cierge aux Fmi et à tous les économistes qui font notre bien-être sur cette planète !

En disant cela, je vais aussi me mettre à dos encore pas mal de gens comme moi, passionnés par les utopies et qui ont également dû mal à comprendre qu’entre les idées et le réel, il y a un gigantesque gouffre. Mais, on peut vivre dans le monde des idées. Au moins cela, on ne peut guère nous l’enlever. Je vous rassure, je ne suis pas devenu cynique, blasé… je reste un indécrottable optimiste et j’ai foi (même si j’ai souvent mal) dans la nature de l’être humain à condition qu’il soit éduqué, doué de raison et… etc… Mais, au final, ce que je crois, moi, pour le devenir d’un monde meilleur basé sur la paix, le respect, la connaissance, la tolérance…  bref, ce que je crois, moi, n’a aucune importance. Ce monde ne vit pas avec nous, ceux qui ont de telles idées. Je suis du camp des rêveurs (eux, ceux du monde réel, nous appellent les losers).

Bien sûr, il est toujours redoutable de se déclarer contre. C’est négatif. Il faut être positif. Mais c’est ainsi, j’ai un peu de mal à saisir comment les travaux des récipiendaires du prix Nobel d’économie peuvent profiter à l’humanité (c’est ce critère principal qui déclenche normalement l’attribution du prix). Bref, je le reconnais, je suis un ignorant. Mais je me soigne. J’essaie de lire, de comprendre, d’être à moitié convaincu…  d’être positif… aussi j’ai accepté la proposition de Babelio : recevoir, lors de l’opération masse critique, l’ouvrage de Tim Harford intitulé : L’économie est un jeu d’enfant, traduit en français aux PUF, en ce début d’année 2016. Un livre qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde selon la quatrième de couverture. C’est certain, les clés du nirvana me sont offertes.

Oui, le style est enlevé, c’est accessible et ludique. Car, en plus, d’être positif désormais, il faut accepter une mission : il faut que tout soit ludique (un autre mot pour : aseptisé ?). Extrait ludique :

« Rappelez-vous : nous avons estimé à 5 % le risque de trouver un œuf pourri en choisissant au hasard dans le panier. Autrement dit, dans la première boite de six, le risque d’un deuxième œuf pourri n’est que de 3%. Le TAC est donc composé avec une probabilité de 3% pour qu’il y ait des œufs pourris. Le risque que l’un de ces œufs  soit pourri est d’environ 18%, et le risque d’un deuxième oeuf pourri est d’environ 1,5 %. Le TAC de TAC est composé d’oeufs ayant une probabilité de 1,5 % d’être pourris, et le risque… »

Là, j’ai un peu décroché. Je suis encore désolé de dire que j’ai beaucoup de mal à comprendre quoi que ce soit à ce genre de livre (vous avez lu en entier, vous, et compris le dernier Piketty ?). J’ai bien conscience en écrivant ce résumé de ma lecture que ma négativité va se retourner contre moi. Sont sympas les PUF de m’avoir envoyé le livre pour que je le commente.

Une pointe d’humour, vous sentez ? (pour être ludique, j’essaie de le dire à la façon de maitre Yoda, notre vénérable maitre à tous).

Bref, sérieusement, que pourrais-je vous dire de plus sur ce livre, qui est vraiment : didactique (gloire au marché), écrit avec un style alerte, drôle et ludique (voir extrait plus haut)…. je vous sens sceptique… ce modeste blog est lu en principe par des bibliothécaires : donc mon message, final, est : oui, vous pouvez acquérir ce livre pour votre fond économie (dans les généralités de la 330 de notre Dewey) mais surtout, en plaçant à ses côtés, d’autres livres : des livres sur les biens communs ou sur la décroissance (pour que l’usager – citoyen, emprunteur en bibliothèque – se fasse une véritable opinion).

Allez, j’y crois à ces idées sur les biens communs…. même si je taquine mes petits camarades utopistes. L’auteur, quant à lui, si j’ai bien compris, n’y croit pas, pas du tout. Il croit au marché. Comme grenouilles qui coassent… Moi qui suis crapaud fou (voir Dujol, 2009), je vais retourner vers mon journal de rêveur : La décroissance. Et, je sais que je ne vous convaincrai plus en vous disant que je ne suis pas blasé ou cynique… mais ainsi, vous vous rendrez compte de ce que m’arrive quand je lis un livre sur l’économie… c’est pareil quand j’écoute France Info…

Optimistement votre,

Silence

Merci aux PUF pour l’envoi de ce livre et à Babelio pour la proposition de lecture… Sur Babelio, vous trouverez d’autres critiques de ce livre.

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Pour aider la création littéraire contemporaine, rien ne sert de se lamenter contre Voledemort (Amazon), il suffit de s’abonner à Publie.net !

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Les éditions Publie.net sont à un tournant de leur existence ! Nous pouvons les aider…

« On va tout de même pas parler d’argent.  » écrit Philippe Aigrain. Mais si, en fait, il faut parler d’argent, vous pouvez vous abonner pour une année et vous faire une idée sur les livres publiés. Il écrit :

« Et bien si, je vais vous parler d’argent. Il faut d’abord que je vous dise pourquoi.

L’univers culturel à l’âge numérique, c’est un espace complexe. Il y a ce que on appelle le web, internet ou les internets. C’est à la fois un commun et le lieu du contrôle et de la surveillance contemporaine. Il y en a qui disent que ce n’est pas un commun parce qu’il ne fait pas l’objet d’une gouvernance par une communauté comme les terres à pâturages ou les forêts qu’Elinor Ostrom a étudiées. C’est à mon avis une vision restrictive et qui manque l’essentiel. Cet univers fonctionne à la fois comme un commun (et il y a des gens qui s’occupent que ça continue, dont beaucoup d’entre vous) et comme le contraire d’un commun : un lieu d’appropriation de la valeur commune par de grands acteurs économiques et des États qui l’espionnent, la pillent et orientent nos pratiques. Mais qu’est-ce que nous, nous faisons de la valeur des communs, de l’expression de chacun, de la socialité qui nous y lie ? Quand on commence à se poser cette question par exemple en ce qui concerne l’expression créative, on se rend compte que la culture numérique n’est pas un espace homogène, un grand tout fait d’atomes qui seraient les individus ou même de monades qui unifieraient le tout et les unités de base. En fait, voir le monde numérique comme un grand réservoir d’unités élémentaires d’information qu’on analyse, exploite, relie, c’est exactement la vision des acteurs du big data, où des algorithmes peuvent traiter chaque mot dans un de nos textes, chaque connexion entre nous et quelqu’un d’autre de façon à dire et faire quelque chose de nous, par exemple faire de l’un un suspect ou d’une autre une cible de publicité ciblée. Quelle est la différence entre cela et ce que nous faisons nous ? Elle tient en quelques mots : le contexte, la granularité, la singularité des individus et des groupes, l’éditorialisation. Rassurez-vous ou inquiétez vous, on va arriver au fric, mais pas tout de suite.

Le contexte, c’est ce qui fait que pour l’écriture numérique d’une personne, le lieu de cette écriture, celui où elle s’accomplit, se range, se rend publique est essentiel, que ce soit un blog, un site ou une plateforme (et dans ce dernier cas, toujours se demander qui contrôle le contexte). L’importance de ces maisons numériques, c’est une des choses que nous a appris l’ami François en explicitant des intuitions souvent vagues de chacun. Ces maisons sont le lieu de l’auto-éditorialisation, et vite il s’y crée un espace social (d’invitations, de liens, de commentaires, de recommandations). Ce contexte définit une certaine granularité : celle du lieu, on y est ou on est ailleurs, et les choses qui y sont ensemble constituent une identité. Mais si on restait dans l’immense collection des lieux des individus et de leurs liens, il manquerait quelque chose d’essentiel à la culture numérique, que je vais discuter dans le cas particulier de la création littéraire. Ce quelque chose ce sont des entités (groupes informels, collectifs comme Général Instin, revues ou associations comme remue.net ou L’air Nu, mais aussi éditeurs) qui se fixent pour but de faire vivre un certain parti éditorial en suscitant et accompagnant des pratiques créatives et en portant leurs résultats. C’est essentiel pour tout le monde numérique, comme l’a montré Julie Cohen, mais ça l’est particulièrement dans le champ culturel, cf. le séminaire « Éditorialisation » organisé par l’IRI, la revue Sens public et l’Université de Montréal.

Un espace d’éditorialisation dans ce sens là, qui vise à représenter plus que la vision propre d’un individu, à porter collectivement et mûrir un parti éditorial dans la durée, à le faire reconnaître d’un public élargi, ce n’est pas rien de le faire exister et de le faire survivre. Ces trois derniers jours, deux espaces d’éditorialisation précieux se sont fermés : la revue Terra-Eco et les éditions Derrière la salle de bains. Construire un espace d’éditorialisation propre à la littérature numérique comme publie.net tel que l’a créé François Bon en 2008 et tel que sa nouvelle équipe depuis 2014 essaye de le pérenniser et de le développer, c’est un pari insensé et nécessaire. Dans ce genre d’activité, il faut à la fois une mobilisation de l’engagement bénévole, une activité professionnelle continue et intense de quelques-uns et l’intérêt, le soutien d’une communauté élargie. Il faut des modèles commerciaux et se débattre avec un environnement économique et réglementaire qui a été sculpté par la recherche de rentes de certains acteurs peu préoccupés de création à l’âge numérique, mobiliser le soutien participatif y compris celui qui s’exprime dans les abonnements, obtenir des aides publiques. Il faut jouer fortement la carte des droits des lecteurs, qui est aussi celle des auteurs puisqu’ils risquent avant tout de ne pas atteindre leur public potentiel.

Il faut une capacité d’investissement pour explorer toutes ces nouvelles pistes. Une nouvelle offre pour les bibliothèques reposant sur la mise à disposition de fichiers, cela demande des investissements non négligeables en développement et en support humain. Exploiter les synergies entre livre papier et numérique, ce que je défends depuis dix ans face à la double opposition de ceux qui voient le numérique comme la mort de la culture et ceux qui ne comprennent pas l’importance de l’objet, cela demande d’investir dans la vente directe en complément de la diffusion classique et un travail important en direction des librairies. Il faut ces degrés de liberté essentiels qu’apporte le fait d’avoir des ressources propres. C’est là que le fric intervient. Et c’est là qu’il ne suffit pas.

phaigrain-img-gp-smallAvoir des ressources propres pour un temps donné pour compléter ses revenus, c’est pour un projet collectif une aubaine et un danger. L’aubaine ne dure pas, donc il faut en profiter rapidement mais aussi avoir une vision de l’après, d’un nouvel équilibre qu’il est toujours plus confortable de repousser dans un futur vague. Depuis 2014, on a déjà perdu du temps pour diverses raisons. J’ai la chance de pouvoir investir dans une aventure comme celle du nouveau publie.net. C’est principalement grâce au monsieur sur la photo. Il était chimiste. Son oncle aussi, qui avait mis au point un procédé de transformation du papier pour le rendre adapté au tirage de plans (les bleus on disait). Cet arrière-grand oncle avait envoyé son fils et ses neveux exploiter le procédé dans divers pays, une sorte de diaspora économique. Mon grand-père est allé en Belgique, où ma mère est née en 1924. Il y a fondé et développé une PME. Lors de nos visites à Bruxelles, ma mémoire d’enfant y a enregistré pour toujours l’odeur d’ammoniaque. Il est mort en 1960, sept ans après la photo. Il avait 68 ans, une vie de travail acharné et des milliers de paquets de gauloises vertes à son actif. Ma grand-mère a vendu sa société avant que les changements de technologies d’impression ne rendent obsolètes les procédés qu’elle exploitait. Les profits des détenteurs d’actifs financiers à partir des années 1980 ont fait le reste.

Financièrement, on peut juste dire : nous sommes encore là. Mais sur le contenu, nous pouvons en dire beaucoup plus et c’est grâce avant tout aux trois personnes qui travaillent quotidiennement au plus haut niveau de professionnalisme pour publie.net et à toute l’équipe élargie. Depuis 2014, on a fait des choses dont nous pouvons collectivement être fiers : inscrire un peu plus dans la réalité le projet d’être un éditeur équitable dont le fonctionnement implique directement les auteurs ; constituer un petit groupe de réflexion stratégique avec Marie Cosnay, Pierre Ménard, Guillaume Vissac et moi-même ; mettre en place un nouvel environnement de sélection et accompagnement éditoriaux animé par Guillaume Vissac, resserrer notre production avec le choix d’une limite à 25 titres par an et mettre en place une nouvelle lisibilité de cette production avec cinq grands domaines (littérature francophone, monde, art, essais et classiques). Élever la qualité graphique et d’impression de nos livres, grâce à l’implication infatigable de Roxane Lecomte et aux savoirs-faire que nous a transmis Gwen Català. Organiser des événements de lectures et performances qui ont mobilisé significativement notre communauté et nous ont donné de bien belles choses. Commencer à tisser des liens avec un ensemble plus étendu de libraires, grâce au travail de Pauline Briand (en plus des contrats et des relevés de droits d’auteur) et Guillaume encore. Renouer les liens avec les directeurs de collection qui étaient dans une sorte d’expectative et qui manifestent aujourd’hui un enthousiasme qui nous fait chaud au cœur. Et le plus important : les livres parus ou préparés depuis que la nouvelle organisation éditoriale est en place, dont chacun est une source de fierté collective pour notre équipe.

Ce qui reste à faire pour que publie.net soit soutenable au-delà du terme de la fin 2017 auquel je ne pourrais plus y investir qu’à un rythme très réduit est immense et concerne chacune de nos sources de revenus ou de soutiens hors exploitation : les ventes numériques, les ventes papier, les abonnements individuels, les abonnements de bibliothèques et les soutiens publics ou financements participatifs. Rien ne sera possible sans un développement important de la présence des œuvres, des auteurs et de l’équipe dans l’espace public. Bref, si vous lisez ceci, c’est dans vos mains aussi.« 

Tous les livres de Publie.net sont ici.

Et puis, il y a l’amie Sabine qui rédige des notes de lectures si vous ne savez pas quel livre choisir pour commencer : 645 livres disponibles et accessibles via votre futur abonnement…

Rien ne sert de se lamenter contre… L’époque est à la plainte, à la litanie… Il faut agir…  Aider la création contemporaine, aider les auteurs, les maisons d’éditions (numériques) d’aujourd’hui. Comment ? C’est simple : un abonnement et des heures de lectures.

Le dernier livre lu, entendu et vu ? (Une anthologie de poésie contemporaine composée et lue par ses lecteurs. Le numérique peut ainsi faciliter une autre approche des textes.

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Celui que j’attends impatiemment ? Le 11 mai… SURVEILLANCES… drôlement d’actualité…

Vous pouvez lire tous ces livres sur votre smartphone, votre pc, votre liseuse. Et puis, si vous avez envie d’avoir une édition imprimée, il y a Publie.papier

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Rien ne sert de se lamenter… mais poser un acte…

Silence

En partageant vos photos via Facebook, Instagram et consorts, saviez-vous que vous étiez un dangereux contrefacteur !

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Des cygnes et des grues par FQ : photo publiée sur mon compte instagram.

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La liberté de panorama est un droit que vous pensez détenir lorsque vous postez, sur Internet (Facebook, Instagram, Wikipédia, etc.), la photo d’une sculpture ou d’un bâtiment relativement récent, et ce, que vous soyez présent sur cette photo ou non. Par exemple : une photo du viaduc de Millau, une photo de vous devant la pyramide du Louvre, ou devant les colonnes de Buren…

Ou encore, ce cliché de la Médiathèque André Malraux de Strasbourg et de son environnement lacustre et industriel, chargé de la mémoire des hommes qui ont vécu et travaillé ici. En me rendant ce matin-là à mon travail , dans cette médiathèque où je travaille chaque jour, c’est assurément l’ambiance, le ciel, les cygnes, les grues qui m’ont conduit à prendre cette photographie. Puis, à la partager sur mon compte Instagram où je tiens une sorte de journal quotidien, visuel et poétique. Comme l’a écrit August Wilhelm Schlegel, un poète allemand du courant romantique : « la poésie fut créée en même temps que le monde. » Habiter poétiquement le monde ne serait donc plus possible ?

Vous pensiez naturellement jouir de ce droit – la liberté de panorama – car le monument ou la structure se trouve, à la vue de tous, dans l’espace public. Bien souvent, il a d’ailleurs été financé par de l’argent public. Mais en réalité, il relève du droit privé : le droit de l’auteur, et surtout des sociétés d’ayants-droit, et ce, jusqu’à 70 ans après la mort de l’artiste. En attendant : vous êtes contrefacteurs !

L’absence de liberté de panorama pose nécessairement la question de la privatisation de l’espace commun. Elle interdit, entre autres, l’utilisation de telles images dans des espaces comme l’encyclopédie Wikipédia et freine ainsi la libre diffusion de la connaissance.

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anthologie manifeste disponible rsur le web

Depuis l’année dernière, Wikimédia France est engagée pour soutenir la liberté de panorama dans le cadre du projet de Loi « Pour une République numérique« .

82 % des Etats membres de l’Union européenne ont adopté la liberté de panorama, mais toujours pas la France. En Italie le sujet perce. En Belgique une proposition émerge. En Estonie, ce sont les associations d’architectes qui demandent à ce que la liberté de panorama soit étendue à des usages commerciaux. Plus largement en Europe, en Ukraine, l’exception de panorama est également envisagée.

 

Que pouvez-vous faire ?

1 – Le site Pour la liberté de panorama permettra de vous informer.

2 – Vous pouvez ensuite signer  la pétition de Wikimédia France : Pour la liberté de photographier l’espace public ! #LibertéDePanorama

A l’Assemblée nationale, les députés se sont prononcés majoritairement pour cette liberté, mais ils en ont produit une version qui la rend totalement inopérante (voir l’explication dans la vidéo).

Les Sénateurs sont actuellement en train de discuter la loi.

En signant la pétition, vous nous permettrez de faire avancer le dialogue et de faire passer nos demandes :

  • Maintien de la notion de liberté de panorama ;
  • Retrait de la mention « à des fins non lucratives » (inapplicable sur Internet) ;

3 – Écrire à votre député et à votre sénateur pour leur demander quelles sont leurs positions et ce qu’ils comptent faire.

4 – Continuer à prendre des photographies poétiquement et les partager ! Pour tenter d’adoucir et d’éclairer ce monde matériel et lucratif…

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A vos plumes, à vos clics, à vos appareils photos…

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Silence

Citoyen et bibliothécaire,

Adhérent à wikimédia France

Contributeur à Wikipédia depuis 2005 (cendrars83)

photographie Médiathèque André Malraux censurée
Sans liberté de panorama… les photographies se mondrianisent😉

De Jules Verne aux liens hypertextes de Wikisource… (à propos de l’amendement pour interdire les liens hypertextes)

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« Tout d’abord, M. Fridriksson s’enquit auprès de mon oncle du résultat de ses recherches à la bibliothèque

« Votre bibliothèque ! s’écria ce dernier, elle ne se compose que de livres dépareillés sur des rayons presque déserts.

— Comment ! répondit M. Fridriksson, nous possédons huit mille volumes, dont beaucoup sont précieux et rares, des ouvrages en vieille langue Scandinave, et toutes les nouveautés dont Copenhague nous approvisionne chaque année.

— Où prenez-vous ces huit mille volumes ? Pour mon compte…

— Oh ! monsieur Lidenbrock, ils courent le pays. On a le goût de l’étude dans notre vieille île de glace ! Pas un fermier, pas un pêcheur qui ne sache lire et ne lise. Nous pensons que des livres, au lieu de moisir derrière une grille de fer, loin des regards curieux, sont destinés à s’user sous les yeux des lecteurs. Aussi ces volumes passent-ils de main en main, feuilletés, lus et relus, et souvent ils ne reviennent à leur rayon qu’après un an ou deux d’absence.

— En attendant, répondit mon oncle avec un certain dépit, les étrangers…

— Que voulez-vous ! les étrangers ont chez eux leurs bibliothèques, et, avant tout, il faut que nos paysans s’instruisent. Je vous le répète, l’amour de l’étude est dans le sang islandais. Aussi, en 1816, nous avons fondé une Société littéraire qui va bien ; des savants étrangers s’honorent d’en faire partie ; elle publie des livres destinés à l’éducation de nos compatriotes et rend de véritables services au pays. Si vous voulez être un de nos membres correspondants, monsieur Lidenbrock, vous nous ferez le plus grand plaisir. » »

Ce passage est extrait de Voyage au centre de la terre de Jules Verne, paru en 1864.

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On retrouve cette idée des livres qui ne doivent pas rester sur les étagères des bibliothèques, dans le livre de Michèle Petit (L’art de lire, Belin, 2008). Elle cite la bibliothécaire iranienne Noush-Afarin Ansari : « Les livres raffolent de l’errance et ceux qui restent dans la bibliothèque sont des livres tristes.« 

Aujourd’hui, à l’heure où deux députés françaises ont eu la très grande idée de vouloir supprimer ou réduire les liens hypertextes qui sont la caractéristique principale du Web (c’est-à-dire le contraire du monde clos des applications), il est bon de rappeler les mots de Jules Verne et ceux de la bibliothécaire iranienne.

Cette semaine, on fête les 15 ans de l’encyclopédie Wikipédia. Qui l’eut cru ? Et aussi un autre projet attenant : Wikisource, la bibliothèque libre Wikisource où, justement, on trouve tous les livres de Jules Verne.

Paradoxalement, Wikisource permet aux lecteurs de vider ses étagères (virtuelles) den permanence et  aux livres de s’envoler grâce aux liens hypertextes.

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Silence… (enfin, non)

Les «Six heures contre la surveillance» de 16h à 22h sur Médiapart en libre accès

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Ce lundi 4 mai, Mediapart diffuse en direct, de 16 heures à 22 heures, une opération exceptionnelle « Six heures contre la surveillance »: débats, interpellations, chroniques, chansons, duplex. À la veille du vote solennel des députés sur le projet de loi sur le renseignement, il s’agit de fédérer et relayer toutes les initiatives, de donner la parole à tous ceux qui s’inquiètent ou refusent un texte qui menace nos libertés individuelles et collectives.

Nous rendrons également compte en direct, en vidéo, audio et photo, du rassemblement qui débutera lundi à 18 h 30, place des Invalides, à Paris. Ce rassemblement est appelé par dix-huit organisations, qui participeront aussi à notre opération « Six heures contre la surveillance ».

Les organisations qui appellent au rassemblement le 4 mai à 18h30, Place des Invalides.Les organisations qui appellent au rassemblement le 4 mai à 18h30, Place des Invalides.

L’appel de ces organisations peut être lu ici. Il dit en particulier :
« Ce projet entérine les pratiques illégales des services et met en place, dans de vastes domaines de la vie sociale, des méthodes de surveillance lourdement intrusives. Le texte donne aux services de renseignement des moyens de surveillance généralisée comparables à ceux de la NSA dénoncés par Edward Snowden, sans garantie pour les libertés individuelles et le respect de la vie privée. » Mediapart s’associe par ailleurs à l’opération « 24 heures avant 1984 » (voir leur page Facebook ici).

Le programme et les invités de ces « Six heures contre la surveillance » :

  • 16h-18h. Nous sommes tous concernés

Animé par Edwy Plenel. Intervenants
———– La Parisienne Libérée et Jérémie Zimmermann
chantent en duo « Rien à cacher ».
Julien Bayou (24 heures avant 1984)
Eliott Lepers (24 heures avant 1984)
Laurent Chemla (cofondateur de Gandi)
Thomas Guénolé (la pétition citoyenne)
Guillaume Chocteau
(Ressources-Solidaires)
Pierre Tartakowsky
(Ligue des droits de l’homme)
Dominique Curis
(Amnesty France)
———– «Klaire fait grr»
Florian Borg
(Syndicat des avocats de France)
Laurence Blisson
(Syndicat de la magistrature)
Philippe Aigrain
(la Quadrature du Net)
Tristan Nitot
(fondateur de l’association Mozilla Europe et membre du Conseil national du numérique, signataire de l’appel Ni Pigeons, ni Espions)
Sophie Gironi
, directrice de la communication de Gandi (signataire de l’appel Ni Pigeons, ni Espions)
Bluetouff
(hackeur et co-fondateur de Reflets)
———- Extraits du documentaire «Citizen Four»

  • 18h-19h15. Nous sommes tous mobilisés

Animé par Frédéric Bonnaud et Edwy Plenel. Intervenants
Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières
Aurélie Filippetti, députée socialiste et ancienne ministre de la culture
Eva Joly, députée européenne (EELV)
Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique

À 18h30 et à 19h15, Mediapart organise des duplex avec le rassemblement organisé place des Invalides, à Paris.

  • 19h30-22h. Combattre pour nos libertés

Animé par Frédéric Bonnaud et Mathieu Magnaudeix. Trois débats

Pouria Amirshahi, député socialiste
Isabelle Attard, députée Nouvelle Donne
Benjamin Bayart, French Data Network
Clémence Bectarte, Fédération internationale des droits de l’homme

Mathieu Burnel, activiste, proche du Comité invisible
Dominique Cardon, sociologue
Anthony Caillé, CGT-Police
Un porte-parole du SNJ, syndicat des journalistes

Sergio Coronado, député EELV
Adrienne Charmet-Alix, La Quadrature du Net
Éric Beynel, Union syndicale solidaire
Laurence Parisot (ancienne présidente du Medef)

À 19h30 et à 21h, Mediapart organise des duplex avec le rassemblement organisé place des Invalides, à Paris.
Par ailleurs, plusieurs extraits de films seront diffusés.

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 Près de 800 acteurs du numérique, parmi lesquels OVH, le plus grand hébergeur français, mais aussi Mediapart, ont signé un appel intitulé « Ni pigeons, ni espions ». « Nous, acteurs du numérique, sommes contre la surveillance généralisée d’Internet », dit cet appel, « mettre Internet massivement sous surveillance, c’est ouvrir la porte à un espionnage incontrôlable, sans aucune garantie de résultat pour notre sécurité. »

Outre ces acteurs et les associations de défense de nos droits numériques (la Quadrature du Net, l’Observatoire des libertés et du numérique) qui, toutes, dénoncent ce texte, outre les autorités administratives indépendantes (CNIL, CNNum, CNCDH, Défenseur des droits) qui ont multiplié les réserves ou oppositions, les citoyens commencent massivement à se mobiliser. Une pétition en ligne exigeant le retrait du projet de loi a déjà recueilli 115 000 signatures le 24 avril à 12 heures.

Mediapart, depuis le début de l’examen parlementaire de ce texte, n’a eu de cesse d’en souligner les dangers pour nos libertés individuelles. Lire ci-dessous :

Loi sur le renseignement: un attentat aux libertés, par Edwy Plenel
Notre dossier complet: les Français sous surveillance

Où sont passés les Exemplaires ? Nouvelle flânerie dans le Web littéraire, celui de 2015.

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Jeudi 2 avril, j’ai été invité à intervenir pour la biennale EXEMPLAIRES : formes et pratiques de l’édition qui se tenait à l’Ecole supérieure des Beaux-arts de Lyon (ENSBA). Le colloque avait notamment pour objectif de mettre en lumière certaines expériences significatives dans le domaine du design éditorial contemporain. Plutôt que de mettre mon diaporama sur slideshare, voici le détail de mon intervention… Bonne lecture…

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« Les objets hérités de la culture de l’imprimé et du livre, avec leur support complexe et multiple, leur matérialité, sont aujourd’hui confrontés aux réalités des pratiques et des contraintes de l’environnement numérique. Si le livre comme objet résiste, la culture du livre et de l’imprimé est en crise en grande partie à cause des pratiques courantes et quasi naturelles dans l’environnement numérique.

La convergence entre la technique et l’héritage culturel nécessite une remise en question des valeurs attachées à des pratiques éditoriales et juridiques ancrées dans une tradition avec un poids économique important, une fonction symbolique puissante et un rôle politique majeur. Car les objets sont aussi associés à des institutions qui sont des lieux de production, de transmission et de préservation du savoir.

Et la fragilisation actuelle de ces objets implique une déstabilisation de ces espaces lettrés et savants, de même que leur soumission aux pressions suscitées par les modèles de la production du savoir inhérente à l’environnement numérique. »

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Indispensable lecture…

« Ainsi, la mutation induite par le numérique touche d’abord à la stabilité de cet espace dans toute sa diversité. Qu’il s’agisse de l’institution et de ses extensions (université, édition, revues scientifiques, etc.) ou des archives (bibliothèques), la culture numérique transforme les pratiques courantes et risque de modifier la nature même des objets de notre savoir comme de l’espace censé les accueillir et les faire circuler.

Cette dimension spatiale est essentielle, voire déterminante, car elle participe d’une manière remarquable à ce bouleversement général qui semble caractériser notre aventure numérique. »

Milad Douehi in Pour un humanisme numérique : http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506411/pour-un-humanisme-numerique

En observant les nouvelles pratiques d’écriture de certains auteurs (pas tous) sur le web, on peut se demander légitiment où sont dorénavant passés les exemplaires qui constituaient traditionnellement la collection de la bibliothèque ?

Et comment, nous, les bibliothécaires, traditionnels passeurs de savoir nous allons recueillir ces nouveaux objets qui ont la forme d’un web livre pour reprendre la formule de François Bon ?

Comment nous allons les conserver… mais surtout les mettre à la disposition des lecteurs ?

Je vous invite donc à une nouvelle flânerie dans le web littéraire, celui de 2015.

(Voir ma précédente flânerie, rédigée pour le BBF et découvrir des auteurs d’aujourd’hui explorant le numérique pour renouveler  leur manière d’écrire – un netvibes que j’entretiens de temps en temps permet de vous donner les liens)

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Je ne parlerai ici… ni des livres homothétiques… ni des livres applications… ni des livres enrichis…

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Le Salon de L@ppli – Médiathèque André Malraux – Strasbourg

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« L’apprentissage, l’imaginaire, les chemins du savoir, la transmission des techniques, des rêves et des secrets, tout passait par le livre. Mais, depuis deux décennies (tout de même déjà une histoire), nous confions progressivement la totalité de nos usages, depuis les routines professionnelles jusqu’aux commodités les plus privées, à des appareils électroniques. Avec des risques lourds, quand ces appareils et leurs logiciels, et l’économie de ce qu’ils véhiculent, sont sous monopole de quelques groupes dont l’art et la civilisation sont moins la préoccupation que la bourse et la domination. » Nous voici donc confrontés à l’instable. Il concerne aussi bien les supports, chaque nouvel appareil condamnant le précédent, là où le livre – résultat d’une considérable histoire industrielle d’une ergonomie complexe – tolérait que chaque nouvelle strate acceptait les anciennes (mais dans un changement d’échelle qui les reléguait quand même à d’infinies distances : consultons-nous autrement que dans les expositions des grandes bibliothèques les vieux portulans ?), qu’il concerne les formes mêmes de l’écrit. La relation du texte à l’image, le rôle de la voix pour le conteur ou l’écrivain, le travail quotidien et l’attention au bruit du monde, rien de neuf sous le soleil. Seulement, la forme transmise s’appuyait sur ce qui en était le plus reproductible : le texte, donc, puis l’imprimé. »

in Après le livre / François Bon. – Paris : Seuil, 2011. – 275 p.

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Ce n’est pas que nous ayons tout à réapprendre : la réflexion sur la typographie, le lien à la part technique de l’écriture (on le croisera pour l’histoire infiniment complexe et passionnante de la tablette d’argile, mais aussi pour Rabelais ou Flaubert) ont toujours été présentes dans l’histoire immédiate de la littérature. Simplement, l’apparente stabilité du livre autorisait qu’elle reste à distance, qu’on la sache, mais en filigrane. Il n’y a jamais eu d’auteur ni d’écriture qui puisse se séparer de ses conditions matérielles d’énonciation ou reproductibilité, ni Shakespeare, ni Bossuet, ni Baudelaire ni Proust : mais lorsque la rupture technique englobe la totalité des aspects de l’écrit, à quoi se raccrocher pour disposer soi-même d’un point d’appui et continuer ? Paradoxalement peut-être, l’objet qui témoigne le plus en avant de cette mutation radicale, c’est le livre imprimé : assemblage de fichiers xml pour le contenu, de masques css pour l’apparence, de métadonnées pour sa distribution, il est déjà en lui-même une sorte de site web, dont la carapace numérique permet aussi bien d’être imprimé qu’archivé, révisé, porté sur des supports électroniques. »

in Après le livre / François Bon. – Paris : Seuil, 2011. – 275 p.

Pour François Bon, le livre c’est le WEB… dorénavant… et il le met en pratique avec son livre atelier en construction permanente : son Tiers livre. Et, il n’est pas le seul à penser ainsi…

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Si le livre c’est le web, et plus particulièrement le site web d’un écrivain, quelle va être la version que nous allons consulter ?

Quelle sera la version la plus fidèle pour entendre la pensée de l’écrivain ? Celle qu’il considérera comme ultime ? La moins sujette à remords ?

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Pour Après le livre : 9 éditions en 9 mois pour cet exemple… exemplaire… Beaucoup d’interventions sur le texte originel parce que le texte a été mis en premier lieu sur le site de l’auteur et que les lecteurs ont fait des commentaires, interagit donc… Mais, attention, si ces interactions avec les lecteurs peuvent être intéressantes, elles ne sont pas systématiques. Elles peuvent être pertinentes pour certains projets. L’auteur reste maitre de son texte, de sa parole et de sa voix. L’écriture numérique permet d’explorer de nouveaux rapports de diffusion et d’échanges et n’est pas un gadget « ludique » pour que ce soit plus « fun » !

Pour le bibliothécaire, quel exemplaire choisir pour mettre à disposition de ses lecteurs et en définitive, quelle version conserver ?

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La version imprimée des livres de Publie.net ? Publie.papier

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On pourra ensuite travailler la forme de l’impression. Peut-être que les bibliothèques, un jour, vont se mettre à acheter ces machines réservées jadis aux imprimeurs, machines de taille réduite qui permettent d’imprimer à la demande l’exemplaire d’un livre. Ce serait d’ailleurs une suite logique des opérations de numérisation des fonds patrimoniaux des bibliothèques : offrir une version imprimée gratuite ou payante à ceux qui le souhaitent.

Et il faudra bien alors se mettre à travailler la forme du livre (embaucher de nouveaux professionnels ?). Il ne suffira pas simplement de numériser un livre, mais travailler l’objet livre à imprimer… et très certainement, avec l’un d’entre vous ou l’un de vos élèves – designers du livre.

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Sonia Landy Sheridan, ”Generative Systems”, 1973

D’ailleurs, dès 1970, l’artiste Sonia Landy Sheridan fonda le programme de systèmes génératifs, associant scientifiques, industrie, artistes et étudiants diplômés pour ainsi explorer les «implications des révolutions des technologies de communication dans l’art», ce dans une approche autant théorique que pratique. Elle travailla notamment avec 3M et Xerox sur ces nouvelles machines qui révolutionnent déjà le monde du livre.

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Le photographe Marcopoulos avec une Xeros s’est approprié ces machines pour éditer des photographies parues sur son blog en collaboration avec l’éditeur géant new-yorkais Rizzoli

Un livre numérique a t-il moins d’épaisseur qu’un livre numérique ?

Bien entendu, ma question peut être comprise de plusieurs manières…

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Des réservoirs de livres numériques ont commencé à se constituer… Je cite ici Gallica, le projet d’une bibliothèque publique, la BNF.

J’aurai aussi pu démarrer par celui du projet Gutenberg de Michael Hart, auteur du premier livre numérique, celui qu’il a mis en ligne le 4 juillet 1971 sur les quelques ordinateurs en réseau à son époque, du temps d’Arpanet.

Avant 1991, 1000 ordinateurs seulement étaient connectés en réseau. En 1991, Tim Berners-Lee et son équipe inventent Internet. Un an après, en 1992, 1 million d’ordinateur sont reliés et en 2016, on atteindra plus de 2 milliard d’appareils connectés (PC, smartphones, tablettes).

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Tim Berners-Lee / Gutenberg

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Les sources du savoir et de la connaissance, les objets livres, petit à petit, sont numérisés et se retrouvent accessibles en ligne. C’est une révolution majeure pour le mode d’accès et la transmission culturelle.

Je ne vais rentrer dans le détail mais je voudrai évoquer une des caractéristiques les plus importantes développée par Tim Berners-Lee, le lien hypertexte.

Parce que c’est cette invention, à mon avis, qui permet un renouvellement de la manière d’imaginer les livres de demain… la manière de les concevoir, de les lire et de transformer l’expérience de lecture des lecteurs…

D’ailleurs bien avant l’invention du web, des auteurs ont déjà pensé lien hypertexte et d’autres manières de raconter des histoires…

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Marelle est un roman de l’écrivain argentin Julio Cortázar publié en 1963.

Une note en début de livre annonce que Marelle, qui se compose de 155 chapitres, peut se lire de deux manières. Soit de manière linéaire, du chapitre 1 au chapitre 56, soit de manière non linéaire en partant du chapitre 73 et en suivant un ordre indiqué en début de livre.

Cortazar n’est pas le seul à avoir essayer de jouer avec la forme, le support et le contenu… Voir Borges ou Pérec et sa Vie mode d’emploi en 1978, construit sur le principe des grilles de mots croisés et qui reste difficile à reproduire, à composer car pour certaines pages, Pérec, a caché des acrostiches.

Marelle n’est pas un livre dont vous êtes le héros mais il expérimentait déjà la lecture aléatoire et permettait d’avoir une autre expérience de lecture.

Plus récemment, en 2000, La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski innove. En premier lieu, le format et la structure du livre ne sont pas conventionnels, sa mise en page et son style sont inhabituels.

Il contient par exemple de copieuses notes de bas de page, qui contiennent souvent elles-mêmes des annotations. Certaines sections du livre ne renferment que quelques lignes de texte, voire juste un mot ou deux répétés sur la page. Cette distribution des vides et des blancs, du texte et du hors-texte, peut susciter des sentiments ambivalents d’agoraphobie ou de claustrophobie mais reflète aussi certains événements intérieurs au récit.

Un autre trait distinctif du roman réside dans ses narrateurs multiples, qui interagissent les uns avec les autres de manière déroutante.

Enfin, le récit se dirige fréquemment dans des directions inattendues. Le livre vient d’être réédité mais son coût de fabrication reste élevé.

Le Web, dès lors, peut être pour les auteurs une alternative pour inventer de nouvelles formes.

Des auteurs contemporains jouent aujourd’hui avec les codes du Web d’autant que l’auteur qui écrit aujourd’hui sur le Web est confronté à d’autres problématiques : celles notamment de l’inattention de son lecteur et de cette « manie » courante de ne plus lire que par fragments… L’écriture par fragments se prête bien au Web.

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Pour lire… Pour écrire… Il faut souvent choisir un lieu… son lieu… …Un endroit pour être bien (corps/esprit)… un espace stimulant… Être seul ou dans une agora… Sur support imprimé ou numérique… La lecture numérique nous invite à poser la question de nos manières de lire

Anne Savelli travaille aussi la forme du livreImmuable un livre ?

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Marcello Vitali-Rosati est professeur adjoint de Littérature et culture numérique au département des littératures de langue française à l’Université de Montréal.

Plutôt que d’écrire un nouvel article théorique, en décembre 2012, il s’est décidé à raconter une histoire quotidiennement pendant un an en essayant de capter l’attention de ses lecteurs, en jouant sur la forme de courts fragments. Son site Navigations fonctionne ainsi  :

L’abondance des contenus nous fait souvent peur. Nous avons besoin d’une structure, d’un dispositif qui produise unité – sens. Les éléments éparpillés doivent trouver un tissu. Il faut des règles, les règles du jeu.

L’expérience d’écriture proposée ici s’impose un cadre.

D’abord, une limite de temps : un texte par jour posté à 21h UTC pendant un an – du 12-12-12 au 13-12-13. Épuiser ce temps est la première tâche de cette écriture.

Ensuite, des structures formelles : une longueur journalière du texte de 1000 caractères – dictée par le temps de lecture requis et par la possibilité de visualiser le texte dans un écran sans scroller.

Et encore, un lien fort entre les textes : un élément de continuité reliera l’écriture d’un jour avec celle du jour suivant. L’ordre sera donc chronologique.

Enfin, un dispositif technique : du code html greffé sur spip. À l’intérieur de ce cadre, aucune contrainte de contenu.

Le parcours qui se produira sera une navigation libre dans un périmètre défini.

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Un livre numérique a ensuite fixé le texte, paru aux éditions Publie.net, le conservant pour éviter le risque de disparation du site.

Le site d’Anne Savelli – Dans la Ville haute – a disparu car l’adresse du site n’a pas été renouvelée… une inattention de l’auteure cette fois… Il n’y a pas que les lecteurs qui sont inattentifs. Pardon Anne…😉

N’empêche, le livre numérique fixe une forme mais ne permet pas toujours de retrouver l’expérience de lecture initiale comme celle où l’on découvrait chaque jour le texte de Marcello ou le parcours aléatoire que nous pouvions faire dans les images d’Anne Savelli.

Comme l’évoque ce récent colloque à Montréal, les frontières sont à renégocier en permanence entre livre et numérique. Faut-il d’ailleurs que le livre sur le web soit systématiquement imprimé ? Certains auteurs choisissent délibérément que leur web livre ne pourra être imprimé…

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LE NAURNE est un feuilleton de littérature numérique en 15 épisodes créé par deux auteurs : Léo Henry et luvan et la graphiste Laure Afchain.

Un vendredi par mois, nous découvrons l’histoire imaginée par les deux écrivains et mise en scène conjointement par la graphiste. L’idée initiale est, en effet, de jouer avec les codes du web – les ascenseurs, les transparences, les cadres… pour chaque épisode. Expérimenter en réel une nouvelle manière de raconter, non artificielle, qui sert l’histoire à raconter…

On est loin du livre homothétique et ici, la lecture est continue. Il n’y a pas de sons ni d’images (parfois des plans, des schémas).

Léo Henry dit que pour lui, un livre numérique c’est un livre qu’on ne peut pas imprimer sans en perdre une de ses dimensions… Pour l’instant, la plupart des auteurs et des éditeurs ne voient pas encore la potentialité de ce nouvel outil. Et il ne s’agit pas ici de créer une nouvelle forme du cédérom…

Je ne sais pas si nous arriverons dans le futur à proposer une offre de prêt de livres numériques en bibliothèque préservant la diversité des publications – petite édition notamment – mais il est certain que développer les résidences d’écriture numérique de cette manière est un axe pour soutenir la création littéraire et favoriser les échanges avec le public. Léo Henry et Luvan ont déjà proposé deux rendez-vous avec leurs lecteurs à la Médiathèque André Malraux… à suivre… le prochain épisode vendredi 10 avril 2015…

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Voici la forme de l’épisode 4. Je vous invite à découvrir les épisodes déjà parus sur lenaurne.fr.

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D’autres formes, d’autres jeux… Oulipo gare à toi…  Ici l’expérience de Mathilde Roux. Les auteurs jouent toujours avec la structure du texte et d’autant mieux s’ils connaissent les rudiments du code !

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Kiibook est née d’une rencontre entre un bibliothécaire (Alexandre Simonnet) et le travail de Jean luc Lamarque , un artiste numérique en 1997. Il venait d’inventer le pianographique (http://www.pianographique.net) qui était un instrument multimédia graphico-musical qui permet de mixer divers médias issus du web. C’est un peu l’ancêtre de wj’ing.

L’idée a été de développer un projet autour de la littérature numérique, de faire le lien avec la structure qui accueillait le projet (une bibliothèque où l’écrit classique à une grande importance) tout en travaillant sur la désectorisation entre les secteurs numériques et patrimoniaux.

Les objectifs étaient assez simples, il s’agissait de faire connaitre davantage le livre d’artiste au grand public et d’ouvrir le cercle restreint des amateurs du livre d’artiste à des développements numériques possibles afin qu’il y ait des échanges et des rencontres sur des modes de création plus populaires actuellement plébiscités par le public et eux aussi fondés sur les techniques du mix-média.

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L’expérience Kiibook proposée par la bibliothèque Carré d’art de Nîmes permet à qui le souhaite de créer des livres virtuels en PDF  grâce à plusieurs alphabets de lettres et de signes qu’il s’agit de combiner. Un blog associé permet de voir les contributions des participants.

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Je ne vais pas multiplier les exemples.

Vous avez compris, je pense, la richesse de contenus qui est train de naitre sur le Web. Et quel est dorénavant notre souci en bibliothèque pour suivre la production de certains auteurs, la difficulté pour faire connaître leurs textes – nous allons avoir besoin de nouveaux outils de mise en valeur pour les mettre en avant. Le problème de la conservation est encore plus vaste. A part de rares exceptions, une grande partie du Web des origines est irrémédiablement perdu…

Saluons toutefois, la naissance, depuis 2006, d’un dépôt légal du Web mis en place par la BNF. Et qui pourra être consulté dans certaines bibliothèques de villes françaises.

Pour conclure, un constat : vous avez eu raison de mettre un S à exemplaire pour votre colloque. Mais le concept d’exemplaire n’est sans doute déjà plus pertinent pour  rendre compte de la création littéraire en cours…

A suivre…

« La liberté que constitue la bibliothèque, il est parfois difficile de se la représenter » (Morceaux choisis, #11)

Publié le

Parce que la profession se remet en question périodiquement et surtout en ce moment, au temps de la mutation numérique induite par le transfert des sources de savoir sur des disques durs d’ordinateurs accessibles à distance ; parce qu’elle ne sait plus, semble-t-il, où se situe son cœur de métier : il est bon d’écouter des voix extérieures qui nous rappelle que les bibliothèques ont souvent été une cible pour les empêcheurs de penser par soi-même.
Il me semble que notre cœur de métier est toujours le même et si nous utilisons un vocabulaire actuel : le rôle de la bibliothèque est toujours d’être « un hub » (pardon, il faut vivre avec son temps), un endroit pour donner accès aux textes et aux sources de la connaissance, permettre leurs transmissions. Reste à s’interroger avec Einstein : « La seule chose que vous devez savoir est où se trouve la bibliothèque. » Elle est lieu de passage ouvert, lieu des sociabilités ou lieu pour la réflexion intérieure, dans tous les cas, elle favorise la respiration de l’individu pour qu’il devienne ou reste un citoyen…
Ce nouveau billet pour réactiver cette mémoire de silence, endormie depuis quelques temps…
2015-03-27 08.30.50
La bibliothèque Carnégie de Reims

« Le vin, comme on sait, travaille dans les caves. A l’intérieur des bouteilles continue une vie mystérieuse, différente selon les années et les crus tels que le certifie l’appellation d’origine. Cette appellation, le vin ne la justifie pas seulement pas sa provenance : pour devenir le grand ou le bon cru qu’il est ou est supposé être, le vin doit de surcroît attendre et ce n’est qu’au bout de plusieurs années, marquées par une activité intense et passive, qu’il acquiert son identité la plus propre, quitte aussi à la perdre s’il n’est pas bu à temps.

Si les bibliothèques sont littéralement les caves du savoir humain (dans l’obscurité des livres fermés le sens travaille continûment), les livres présentent toutefois sur les bouteilles l’avantage de pouvoir être bus (lus) à tout moment et de se conserver sans limitation, ainsi que celui d’être inépuisables : même bue d’un trait, la bouteille reste pleine. S’il arrive que le sens s’évente, c’est seulement parce que le vin n’était qu’une piquette, eût-elle été primée en son temps, comme c’est d’ailleurs très souvent le cas.

Mais trêve de plaisanterie. Ce qu’est la bibliothèque, ce qu’elle préserve et ce qu’elle rend possible, nous ne le mesurons vraiment que lorsqu’elle disparaît : aucune image n’est plus parlante que cette célèbre photo prise à Londres pendant la dernière guerre où des hommes, comme des ombres calmes, consultent des livres dans les rayons d’une bibliothèque éventrée par les bombes. Et nul plus émouvant éloge que celui de Varlam Chalamov dans Mes bibliothèques, qui est le livre de la privation, de la rareté et des retrouvailles. Par delà la difficulté d’accès, la rareté des vrais livres voire leur totale absence – comme à la Kolyma pendant des années, jusqu’au point ne plus savoir lire – la bibliothèque revient dans sa mémoire, et dans le clair-obscur d’un monde de petites maisons gelées qu’un poêle réchauffe à peine, comme une sorte de crèche où chaque livre est tour à tour le sauveur : non pas une grande bibliothèque comblée de tout son poids d’institution, mais une simple cabane dont on a la clef et où quelqu’un a pris soin, dans le dos de la dictature, de constituer un catalogue, c’est-à-dire de sauver une langue.

La liberté que constitue la bibliothèque, il est parfois difficile de se la représenter en voyant les silhouettes d’une salle de lecture ramassées sous leurs lampes, mais c’est autrement, selon l’invraisemblable polyphonie des rayons ou selon le sommeil des réserves qu’il faut y penser. Privée ou publique, immense ou petite, spécialisée ou capricieuse, la bibliothèque est toujours et avant tout réserve, conservatoire de la différence, vestibule infini d’un palais grand ouvert.

Chaque livre est composé de lignes et se ferme sur elles comme une boîte. Dans l’empilement infini des boîtes à lignes, la bibliothèque écrit et suspend le rêve d’une ligne continue qui est comme un murmure : non le bruit des pages tournées par les lecteurs, assez semblable à celui du pas avançant sur un lit de feuilles, mais venant se poser sur lui comme une matière diffuse, la poudre ou le pollen de toutes les voix qui se sont tues et qui parlent, de toutes les boîtes qui se sont refermées et qui s’ouvrent.

Article Bibliothèque in Le propre du langage : voyages au pays des noms communs / jean-Christophe Bailly. – Paris : Seuil, 1997. – pp. 23-25. – (La librairie du XXe siècle).