Se former, s’informer, expérimenter : quelques lieux de savoir en bibliothèque publique

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La bibliothèque publique est un lieu multidimensionnel de savoir, au cœur de la cité et via des territoires virtuels. Elle propose des espaces partagés par des communautés aux usages très différents. Depuis une génération, le web, dernier né des lieux de savoir, s’incorpore progressivement dans les espaces physiques et virtuels de la bibliothèque. Le catalogue en ligne de la bibliothèque a été le premier dispositif d’élargissement du partage des savoirs à l’ère numérique. Dès son origine, la bibliothèque a été un lieu particulièrement propice à l’éducation et à la formation des individus. La dénomination Learning Center le réaffirme mais semble limiter les autres fonctions et usages de la bibliothèque publique.

Si elle est un lieu de prescription et de reconnaissance des savoirs, la bibliothèque est aussi cet espace partagé aux pratiques variées des usagers-flâneurs-consommateurs-lecteurs, endroit particulièrement adapté aux mobilités, à la sérendipité et au « braconnage » comme l’a si bien décrit Michel de Certeau 1.

Aujourd’hui, le développement des communautés d’intérêt sur le modèle pair-à-pair, via la Toile, impacte les formes et usages traditionnels des pédagogies autour de la transmission et des échanges de savoirs.

Le numérique pour les bibliothèques élargit les chemins d’accès aux savoirs et transforme leurs transmissions à tous les niveaux : de l’offre de formation aux formes d’accueil des publics, en terminant par les propositions kaléidoscopiques de leurs actions culturelles. Auteur de la monumentale – mais jubilatoire – somme encyclopédique Lieux de savoir, Christian Jacob rappelle qu’un lieu de savoir est à la fois un lieu de construction, de matérialisation, d’objectivation, d’inscription et de circulation sociale.

Ainsi, aux premières formations d’initiation aux outils pour lutter contre la fracture numérique, les bibliothèques intègrent aujourd’hui des ateliers diversifiés pour enrichir l’encyclopédie Wikipédia, corriger et éditer à la manière de moines copistes les livres libres de droit de la bibliothèque Wikisource, ou apprendre la grammaire du code. Elles développent des pratiques collaboratives et créatives comme celles autour des machinimas, ces petits films fabriqués à partir des univers vidéo-ludiques, ou encore, renouvellent la forme de l’atelier d’écriture en y associant un blog, cet outil symbole de la démocratisation de l’écriture.

Plutôt qu’un état de l’art exhaustif, voici un choix de quelques lieux emblématiques d’une bibliothèque publique d’aujourd’hui. Lieux que l’on peut pratiquer seul, en groupe ou de manière coopérative, lieux qui égrènent des pédagogies adaptées.

La bibliothèque a suivi la tectonique numérique. Dès les années 1960, elle a investi les nouvelles possibilités de stockage des données (microfiches, cédéroms, base de données…) ; numérisé des collections du patrimoine écrit et permis leur consultation ; développé une informatique de gestion interne pour construire des catalogues informatisés (SIGB) ; favorisé la connaissance et la diffusion des logiciels libres (première logithèque en France à Caen, en 1984) ; proposé des postes d’accès au web pour les publics dès le développement du réseau des réseaux, ainsi que des formations pour lutter contre la fracture numérique. Les bibliothèques ont créé de nouveaux profils (informatique, animateur multimédia, médiateur numérique) et de nouveaux départements (informatique, espaces multimédias, médiation numérique), mêlant « inextricablement le concret et l’abstrait, le matériel et l’immatériel, le technique et le mental, l’individuel et le social » pour reprendre Christian Jacob 2.

Des ateliers contre la fracture numérique,
individualisés et collaboratifs

Très vite, les bibliothèques ont proposé des ateliers d’initiation aux logiciels de traitement de texte les plus utilisés, permettant la rédaction d’un curriculum vitae ou d’une lettre de motivation. Des partenariats avec Pôle emploi – par exemple – ont été régulièrement passés. Des sessions pour apprendre à naviguer sur le web, sur le portail de la médiathèque, ou pour savoir utiliser les outils comme le célèbre « mulot » présidentiel complètent ces premiers apprentissages. Les participants trouvent dans ces ateliers une écoute, une aide profilée à leurs demandes de façon collective ou individualisée.

La dématérialisation totale des procédures administratives remet aujourd’hui en avant les ateliers de lutte contre la fracture numérique proposés par les bibliothèques depuis l’arrivée des premiers ordinateurs. La formation initiale des bibliothécaires peine encore à rattraper les besoins actuels, notamment pour intégrer une culture de l’expérimentation et de la bidouille qui n’est pas encore entièrement « raccord » avec la culture administrative. Des associations comme « We tech care » viennent désormais accompagner la mutation nécessaire des collectivités, et ceci malgré plusieurs dispositifs développés depuis 1998 comme les espaces publics numériques (EPN).

Le développement des postes d’accès à Internet et du wi-fi a renforcé la nécessité de développer des ateliers d’inclusion numérique pour les publics les plus éloignés. Ce qui incite à une réflexion sur les limites d’intervention du bibliothécaire : jusqu’où aider les personnes dans cet accompagnement ? Comment rendre l’usager autonome et ne pas faire « à sa place » ou à la place de l’organisme responsable de la dématérialisation ? Est-ce vraiment la mission d’un bibliothécaire d’aider une personne à remplir sa déclaration d’impôts ou une déclaration d’accident pour une assurance ? La lutte contre l’illettrisme et l’illectronisme doit pourtant rester une priorité des politiques publiques. Les risques de désengagement existent déjà, comme celui de concéder ces apprentissages aux supposés « désintéressés et empathiques » fournisseurs d’accès aux savoirs que sont les GAFAM. La presse bretonne 3 – sans beaucoup de mesure – s’est récemment félicitée du choix « judicieux » de Google de « choisir » Rennes pour son premier atelier numérique, avec le soutien des acteurs locaux : ateliers gratuits et accessibles à tous. Comment résister à cet apport si généreux pour résoudre rapidement la tension née du passage obligé à la dématérialisation décrétée pour 2020 ?

Autoformation et éducation aux médias et à l’image

L’accélération continue induite par le numérique devrait au contraire nous conduire à nous interroger sur les conditions pour procéder aux meilleurs aménagements. Certes, développer des espaces avec des tablettes et des ordinateurs hyperconnectés renforce l’image de modernité de la bibliothèque, mais doit aussi – en amont – s’accompagner d’une réflexion sur l’adaptation de ses missions pour créer de réelles alternatives aux solutions d’entrisme des consortiums mondialisés, peu intéressés par l’émancipation du citoyen.

Le « service » ressources numériques des bibliothèques vient ainsi offrir un espace virtuel d’autoformation et de loisirs 24/7, aux abonnés : de l’atelier informatique en passant par l’apprentissage de langues, la consultation de la presse ou le visionnement de musiques, de films ou de documentaires. Réseau Carel est une association de bibliothèques publiques, regroupées autour de la Bpi, qui recense ces ressources, encourage leur développement et en négocie les droits pour les collectivités adhérentes.

L’espace autoformation est une offre individualisée et complémentaire des ateliers informatiques dispensés par les médiathèques. Il est devenu cependant de plus en plus difficile de maintenir un tel service en raison de ses coûts prohibitifs et de modes d’accès souvent limités. La faible possibilité d’y introduire des prescriptions professionnelles ou d’en faire une médiation attractive est aussi un frein. Toutefois, la tendance actuelle des portails de bibliothèque permet d’intégrer ces ressources au catalogue et de les transformer en des ressources documentaires comme les autres. On reste ainsi dans l’espace virtuel de la médiathèque. Cette évolution élargira-t-elle l’audience, encore majoritairement constituée de personnes adeptes de l’autoformation ?

Revers du succès des réseaux sociaux, l’explosion des accès à l’information a aussi développé la libération de commentaires douteux, voire haineux. Chacun peut commenter désormais ce qui circule via le web. Sous couvert d’anonymat, on assiste parfois sur un réseau comme Twitter à des chasses aux sorcières personnalisées qui ont tendance à condamner le média concerné. Ces agoras virtuelles concurrencent les habituels lieux de débat de la cité. Pas un jour sans entendre l’expression fake news : nouvelle appellation de phénomènes anciens, mais qui a pris une ampleur polémique sans précédent sur le web. Légiférer ne suffit plus pour interdire ou condamner un usage malsain. Comment faire appliquer la loi à l’échelle mondiale ?

L’éducation aux médias et aux images (EMI) est l’un des nouveaux espaces de formation en construction. Professionnels de l’information, les bibliothécaires proposent désormais dans les bibliothèques des formations pour apprendre à sécuriser les comptes utilisés par leurs usagers et se former en matière de vie privée notamment. Juger de la pertinence des informations ou décortiquer le message apporté par une image émergent dans les programmations culturelles. Ainsi, les médiathèques de Strasbourg proposent un cycle de conférences autour des légendes urbaines et des rumeurs, accompagné d’ateliers de pratiques pour apprendre à décortiquer une information et connaître les sites qui peuvent aider l’internaute. L’intervenant est auteur d’un blog spécialisé, Spokus, mais aussi bibliothécaire universitaire.

La mutation numérique en cours bouleverse ainsi en profondeur les métiers des bibliothèques. Le bibliothécaire devient architecte de l’information et formateur. Doit-il devenir également un bibliothécaire spécialisé en sémiologie ? Dans tous les cas, il doit retrouver sa place entre prescription et médiation. Là aussi, les lieux d’expérimentations sont variés.

Travailler en réseau avec les communautés d’intérêt ?

Les nouvelles manières de s’organiser, d’échanger, d’apprendre et de transmettre les savoirs s’illustrent déjà en bibliothèque grâce à la philosophie collaborative du pair-à-pair, les travaux autour des communs de la connaissance ou encore les réseaux d’échanges de savoir. L’idée n’est plus de développer, chacun de son côté, de nouveaux outils ou dispositifs au sein de chaque bibliothèque, mais plutôt de travailler en réseau avec les communautés d’intérêts du web ou de son territoire. Parce que la bibliothèque apparaît comme un lieu neutre, non soumis à la publicité, elle est particulièrement adaptée pour recevoir en son sein des rencontres du type échanges réciproques de savoirs, nés au sein des mouvements de l’éducation populaire dans les années 1980.

Plusieurs expériences en bibliothèque témoignent de cette prise en compte.

Depuis une quinzaine d’années, des bibliothèques proposent des espaces de questions-réponses à l’échelle d’une médiathèque (Le Guichet du Savoir 4 de Lyon) ou en coopération entre médiathèques avec Eurêkoi 5 à l’initiative de la Bpi. Eurêkoi développe – depuis peu – des recommandations de livres, de musique ou de films, inspirées de l’expérience des médiathèques de Lorient : Je ne sais pas quoi lire6. Tous ces dispositifs de médiation mettent en valeur les expertises des bibliothécaires. Eurêkoi fait le choix de la mutualisation : le réseau revendique 500 bibliothécaires participant à ce service. Le dispositif de Lorient est exemplaire car il prend aussi place dans un portail fédérateur dédié à toutes les démarches dématérialisées du territoire lorientais. Les qualités de ces services sont indéniables, mais peuvent-ils avoir de l’avenir à l’heure des réductions de moyens budgétaires et humains ?

Impossible donc de passer à côté des pratiques et des usages des communautés du web. La co-construction entre publics et bibliothécaires pour l’échange des savoirs semble être particulièrement adaptée pour élaborer des dispositifs de médiation pérennes et efficients, à la condition d’introduire des modalités de validation communes.

Des sites comme Babelio ou Sens critique en France rassemblent une communauté de lecteurs passionnés et de tout niveau. Ces espaces n’ont pas été initiés par les bibliothèques. Babelthèque, le service de Babelio pour les bibliothèques, propose l’enrichissement des notices du catalogue de la bibliothèque. C’est une ressource utile. Pourrions-nous y participer activement ? Cela serait souhaitable, mais en acceptant d’intégrer les codes sociaux et les modalités de ces réseaux pour y adapter nos avis et recommandations d’experts.

Wikipédia nous démontre chaque jour la pertinence du modèle pair-à-pair, sur le principe d’un bien commun de la connaissance : une ressource qui est gérée et construite par une communauté qui respecte des règles déterminées en commun.

À cet égard, le développement d’ateliers de contribution à l’encyclopédie Wikipédia ne nécessite pas de compétences « techniques » particulières en dehors de celles pour se connecter à un navigateur internet. Aucune compétence en code informatique n’est nécessaire pour écrire sur ce wiki, et l’éditeur visuel pour la mise en forme des articles est semblable à celui d’un traitement de texte. En termes de moyens, un atelier de contribution ne nécessite que quelques ordinateurs connectés à internet. Une petite bibliothèque, bénéficiant du wifi avec peu de postes d’accès à internet, pourra demander à ses utilisateurs d’apporter leurs PC portables.

Ce type d’atelier met en avant les collections de la bibliothèque, indispensables pour documenter les articles ; les compétences des bibliothécaires pour rechercher les bons documents et celles, pédagogiques, pour animer la séance. L’initiation est simple mais les échanges sont par la suite fructueux entre les participants.

Lors de l’événement Laboratoire d’Europe, Strasbourg 1880–19307 organisé par les Musées de Strasbourg et leurs partenaires culturels, des ateliers de contributions pour enrichir les notices d’artistes alsaciens de cette période se sont échelonnés sur plusieurs mois dans deux lieux : la médiathèque André-Malraux et la Bibliothèque des Musées. Résultats : une vingtaine d’articles créés ou enrichis avec une documentation spécialisée (un article a même reçu la labellisation « bon article », difficile à décrocher) ; la découverte de la richesse des fonds des deux bibliothèques ainsi que la constitution d’une communauté de contributeurs, pour la plupart novices lors de la première session. Les contributeurs ont continué leur participation en dehors des ateliers.

Topographies et cartographies culturelles

Les frontières entre action culturelle, ateliers de formation et médiation s’effacent de plus en plus. Il s’agit de dessiner d’autres cartes, de tracer d’autres chemins. Prenons deux exemples de ces évolutions autour d’un atelier d’écriture et d’un site de médiation dédié à la cartographie culturelle.

Le traditionnel atelier d’écriture à l’ère numérique peut se transformer en un parcours déambulatoire dans la bibliothèque, dans la ville et sur le web. À l’écart8 était ainsi une déambulation littéraire dans Strasbourg avec le collectif d’auteurs L’aiR Nu, Anne Savelli et Joachim Séné, à l’occasion de la semaine des Racontars du numérique 2016 9. Les écrits et les lectures générés lors de cet atelier d’écriture numérique ont été ensuite cartographiés via un site construit pendant la résidence avec les participants.

De Nîmes vers ailleurs, expérience de cartographie culturelle10 est un projet de médiation culturelle dédié à la cartographie numérique en bibliothèque. Il prend comme arrière-plan Nîmes et son agglomération et se présente sous la forme d’un outil éditorial permettant la présentation et la réunion des projets cartographiques. Il s’adresse directement aux habitants du territoire nîmois, mais aussi à tous les curieux du web.

Ce projet a été initié par Labo², le laboratoire des usages de Carré d’Art Bibliothèque de Nîmes (Gard). Tout comme Géoproject 11, autre projet dédié aux usages culturels de la cartographie numérique en bibliothèque, il peut être utilisé dans d’autres contextes éditoriaux. Il permet aux internautes de créer des récits cartographiques à caractère documentaire ou fictionnel en publiant du son, de la vidéo, des images et du texte directement sur la carte tout en offrant de l’inclure dans une narration.

La bibliothèque publique, un lieu tiers

D’autres espaces foisonnent dans les bibliothèques publiques : fablabs, Install Party autour du logiciel libre, bibliobox, Crypto Party pour initier les publics à la protection de leur vie privée, ateliers de code, de robotique ou d’initiation à l’édition de blogs, ateliers créatifs autour de la narration (machinimas) ou utilisation de lunettes de réalité virtuelle. La relation entre bibliothécaires et usagers peut être horizontale. La bibliothèque répond ainsi à l’une de ses missions de diffusion d’une culture scientifique liée aux technologies vers ses publics et construit, dans le même temps, un réseau de connaissances et de compétences en pair-à-pair en élargissant le cercle à tous les acteurs concernés.

L’utilisation du web renouvelle les modes de communication et de transmission avec et pour des communautés d’intérêt. Ainsi, la commission Labenbib 12 de l’Association des bibliothécaires de France (ABF) se présente comme un groupe de réflexion sur la mise en place d’espaces de fabrication numérique en bibliothèque. « Elle vise à souligner leurs missions et valeurs communes en permettant des rapprochements entre les acteurs de la fabrication numérique et des bibliothèques. » Elle développe un wiki, espace de ressources et de veille sur les fablabs, makerspaces, living lab… en bibliothèques, et anime une communauté de plus de 3 600 membres via un groupe Facebook où chacun peut questionner, partager ses initiatives, débattre en permanence. Un membre est toujours en veille pour aider.

La philosophie des réseaux d’échange de savoirs, des espaces de coworking et du Do It Yourself renouvellent les pratiques d’accueil et les méthodes pédagogiques des bibliothécaires : la bibliothèque devient un lieu tiers.

Par exemple, la médiathèque des Champs libres de Rennes organise des rendez-vous coopératifs 13 (Rendez-vous 4C)14 où les participants se retrouvent autour d’un intérêt commun, décident ensemble de ce qu’ils font et de la façon de le faire. Ils travaillent avec les communautés du territoire, comme à l’occasion des journées européennes du patrimoine 2017, où la communauté OpenStreetMap d’Ille-et-Vilaine s’est mobilisée pour lancer un projet original : la cartographie du musée de Bretagne 15.

Ces Rendez-vous 4C s’installent dans plusieurs espaces adaptés de la médiathèque. Les Champs Libres accompagnent les initiateurs de rendez-vous, facilitent la coopération autonome entre les participants et mettent leurs ressources à disposition des projets du groupe. Les ateliers durent deux heures, un ou plusieurs jours, sont gratuits et basés sur une participation bénévole, ils aboutissent à une mise en commun (une maquette, des photos, un billet de blog, une simple conversation). Le déroulement de l’atelier et les résultats sont documentés sur un blog Tumblr sous licence libre, de façon à pouvoir être rediffusés et servir à d’autres le plus largement possible. « En 2016, il y a eu 1 251 participants, 20 projets, 169 rendez-vous », énumère Samuel Bausson, webmaster. « Les Champs Libres n’organisent rien. Les gens font ensemble par et pour eux-mêmes. Tout est renvoyé à leur propre réseau et responsabilité. » Les bibliothécaires « facilitateurs » sont là si besoin et réalisent des points réguliers avec les porteurs de projets.

Dans les exemples précédents, ces types d’ateliers utilisent un processus collaboratif (Social peer-to-peer process), forme décentralisée de travail collaboratif reposant sur des principes proches des réseaux informatiques pair-à-pair. Les participants ne sont pas soumis à une autorité hiérarchique et chacun est libre de contribuer sans sélection préalable. Ils sont unis par un projet commun ou un bien commun que peut produire le groupe. Enfin, il n’existe pas de collaborateurs indispensables, même s’il peut exister des plus ou moins gros contributeurs. En quelque sorte, chacun produit sa propre gratification.

Michel Bauwens, le théoricien du peer-to-peer et cofondateur de la P2P Foundation 16, parle de système hyperproductif. La version française de Wikipédia affichait fin septembre 2018, 2 044 225 articles et 17 554 contributeurs actifs. Peu importe pourquoi une personne contribue, l’important est de participer. C’est un usage particulièrement mature et citoyen à souligner. Agir en commun pour faire fabriquer des communs représente l’une des pistes les plus enrichissantes pour la bibliothèque publique et pas seulement en termes de valorisation de la bibliothèque.

Le mouvement des tiers lieux 17 vient aussi interroger la place des bibliothèques qui n’ont pas le monopole de l’éducation, du partage et de l’échange. La bibliothèque publique est en pleine ébullition pour positionner et adapter ses missions traditionnelles au nouvel environnement d’accès aux savoirs et aux connaissances, et répondre avec ses moyens à la lutte collective pour la réduction des inégalités. Son modèle doit rester adaptable en permanence, selon son territoire et sa tutelle (bibliothèques publiques, universitaires…). La bibliothèque, lieu des savoirs, est devenue un lieu de mémoire vive…

Comment optimiser et rendre accessibles tous ces lieux de savoir est l’une des questions majeures qui se pose désormais aux décideurs publics dans leur construction de politiques publiques cohérentes. Comme le rappelle Marie-Claude Blais dans un ouvrage collectif : « Nous sommes définitivement passés d’une société de transmission à une société de la connaissance, ce qui signifie qu’on est passé de “l’impératif de transmettre” à un “modèle centré sur l’acte d’apprendre” 18. »

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Pour la diffusion du savoir et interroger les candidats à la présidentielle 2017

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Le collectif pour la connaissance libre, soutenu par Wikimedia France organise, à l’occasion de la campagne présidentielle une grande campagne de sensibilisation autour des biens communs informationnels et des licences libres.

L’objectif est d’interpeller l’opinion publique et les candidat(e)s à la présidentielle sur la protection du domaine public face au copyfraud.

Si vous souhaitez participer à cette campagne, vous pouvez :

1) Apposer la bannière en pièce jointe en photo de couverture facebook, twitter, google +…

Connaissance libre 2017

2) Suivre le compte twitter @PLCL2017

3) Participer à l’exposition pour la connaissance libre en vous inscrivant ici

4) Pour ceux qui le souhaitent vous pouvez également recevoir, à partir de la semaine prochaine des T-shirt « Connaissance libre » afin de vous prendre en photo devant les œuvres dans l’espace public ne bénéficiant pas de liberté de panorama ou victime de copyfraud.

N’hésitez pas à joindre le collectif à cette adresse : contact@connaissancelibre2017.fr pour toutes questions et suggestions.

Franck Queyraud

Membre de Wikimédia France

L’économie est un jeu d’enfant de Tim Harford (Babelio #massecritique)

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Tous les ans, j’ai un pincement au cœur quand j’entends que l’on remet un prix Nobel à un économiste ! Rassurez-vous, cela m’arrive également pour le Prix Nobel de la Paix ! Les choix de la noble Académie de Stockholm sont parfois guidés par d’étranges murmures – non, non,  je n’ai pas dit : intérêts. Je sais, j’exagère. Cela ne changera rien de l’écrire ici. Et puis, ce n’est pas tout à fait exact, j’ai été heureux au moins une fois dans ma vie, lors de la remise d’un prix Nobel d’économie ! En 2009, lors de son attribution à Elinor Ostrom et Oliver Willliamson pour leurs travaux autour de la gouvernance économique et les principes des biens communs. Mais ces théories sur les biens communs ont plus à voir avec les littératures de l’imaginaire qu’avec cette pseudo-science entièrement dédiée à la réussite du système économique mondial actuel et à la croissance de la croissance éternelle. En ce weekend de Pâques, j’allume un cierge aux Fmi et à tous les économistes qui font notre bien-être sur cette planète !

En disant cela, je vais aussi me mettre à dos encore pas mal de gens comme moi, passionnés par les utopies et qui ont également dû mal à comprendre qu’entre les idées et le réel, il y a un gigantesque gouffre. Mais, on peut vivre dans le monde des idées. Au moins cela, on ne peut guère nous l’enlever. Je vous rassure, je ne suis pas devenu cynique, blasé… je reste un indécrottable optimiste et j’ai foi (même si j’ai souvent mal) dans la nature de l’être humain à condition qu’il soit éduqué, doué de raison et… etc… Mais, au final, ce que je crois, moi, pour le devenir d’un monde meilleur basé sur la paix, le respect, la connaissance, la tolérance…  bref, ce que je crois, moi, n’a aucune importance. Ce monde ne vit pas avec nous, ceux qui ont de telles idées. Je suis du camp des rêveurs (eux, ceux du monde réel, nous appellent les losers).

Bien sûr, il est toujours redoutable de se déclarer contre. C’est négatif. Il faut être positif. Mais c’est ainsi, j’ai un peu de mal à saisir comment les travaux des récipiendaires du prix Nobel d’économie peuvent profiter à l’humanité (c’est ce critère principal qui déclenche normalement l’attribution du prix). Bref, je le reconnais, je suis un ignorant. Mais je me soigne. J’essaie de lire, de comprendre, d’être à moitié convaincu…  d’être positif… aussi j’ai accepté la proposition de Babelio : recevoir, lors de l’opération masse critique, l’ouvrage de Tim Harford intitulé : L’économie est un jeu d’enfant, traduit en français aux PUF, en ce début d’année 2016. Un livre qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde selon la quatrième de couverture. C’est certain, les clés du nirvana me sont offertes.

Oui, le style est enlevé, c’est accessible et ludique. Car, en plus, d’être positif désormais, il faut accepter une mission : il faut que tout soit ludique (un autre mot pour : aseptisé ?). Extrait ludique :

« Rappelez-vous : nous avons estimé à 5 % le risque de trouver un œuf pourri en choisissant au hasard dans le panier. Autrement dit, dans la première boite de six, le risque d’un deuxième œuf pourri n’est que de 3%. Le TAC est donc composé avec une probabilité de 3% pour qu’il y ait des œufs pourris. Le risque que l’un de ces œufs  soit pourri est d’environ 18%, et le risque d’un deuxième oeuf pourri est d’environ 1,5 %. Le TAC de TAC est composé d’oeufs ayant une probabilité de 1,5 % d’être pourris, et le risque… »

Là, j’ai un peu décroché. Je suis encore désolé de dire que j’ai beaucoup de mal à comprendre quoi que ce soit à ce genre de livre (vous avez lu en entier, vous, et compris le dernier Piketty ?). J’ai bien conscience en écrivant ce résumé de ma lecture que ma négativité va se retourner contre moi. Sont sympas les PUF de m’avoir envoyé le livre pour que je le commente.

Une pointe d’humour, vous sentez ? (pour être ludique, j’essaie de le dire à la façon de maitre Yoda, notre vénérable maitre à tous).

Bref, sérieusement, que pourrais-je vous dire de plus sur ce livre, qui est vraiment : didactique (gloire au marché), écrit avec un style alerte, drôle et ludique (voir extrait plus haut)…. je vous sens sceptique… ce modeste blog est lu en principe par des bibliothécaires : donc mon message, final, est : oui, vous pouvez acquérir ce livre pour votre fond économie (dans les généralités de la 330 de notre Dewey) mais surtout, en plaçant à ses côtés, d’autres livres : des livres sur les biens communs ou sur la décroissance (pour que l’usager – citoyen, emprunteur en bibliothèque – se fasse une véritable opinion).

Allez, j’y crois à ces idées sur les biens communs…. même si je taquine mes petits camarades utopistes. L’auteur, quant à lui, si j’ai bien compris, n’y croit pas, pas du tout. Il croit au marché. Comme grenouilles qui coassent… Moi qui suis crapaud fou (voir Dujol, 2009), je vais retourner vers mon journal de rêveur : La décroissance. Et, je sais que je ne vous convaincrai plus en vous disant que je ne suis pas blasé ou cynique… mais ainsi, vous vous rendrez compte de ce que m’arrive quand je lis un livre sur l’économie… c’est pareil quand j’écoute France Info…

Optimistement votre,

Silence

Merci aux PUF pour l’envoi de ce livre et à Babelio pour la proposition de lecture… Sur Babelio, vous trouverez d’autres critiques de ce livre.

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Pour aider la création littéraire contemporaine, rien ne sert de se lamenter contre Voledemort (Amazon), il suffit de s’abonner à Publie.net !

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publienet

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Les éditions Publie.net sont à un tournant de leur existence ! Nous pouvons les aider…

« On va tout de même pas parler d’argent.  » écrit Philippe Aigrain. Mais si, en fait, il faut parler d’argent, vous pouvez vous abonner pour une année et vous faire une idée sur les livres publiés. Il écrit :

« Et bien si, je vais vous parler d’argent. Il faut d’abord que je vous dise pourquoi.

L’univers culturel à l’âge numérique, c’est un espace complexe. Il y a ce que on appelle le web, internet ou les internets. C’est à la fois un commun et le lieu du contrôle et de la surveillance contemporaine. Il y en a qui disent que ce n’est pas un commun parce qu’il ne fait pas l’objet d’une gouvernance par une communauté comme les terres à pâturages ou les forêts qu’Elinor Ostrom a étudiées. C’est à mon avis une vision restrictive et qui manque l’essentiel. Cet univers fonctionne à la fois comme un commun (et il y a des gens qui s’occupent que ça continue, dont beaucoup d’entre vous) et comme le contraire d’un commun : un lieu d’appropriation de la valeur commune par de grands acteurs économiques et des États qui l’espionnent, la pillent et orientent nos pratiques. Mais qu’est-ce que nous, nous faisons de la valeur des communs, de l’expression de chacun, de la socialité qui nous y lie ? Quand on commence à se poser cette question par exemple en ce qui concerne l’expression créative, on se rend compte que la culture numérique n’est pas un espace homogène, un grand tout fait d’atomes qui seraient les individus ou même de monades qui unifieraient le tout et les unités de base. En fait, voir le monde numérique comme un grand réservoir d’unités élémentaires d’information qu’on analyse, exploite, relie, c’est exactement la vision des acteurs du big data, où des algorithmes peuvent traiter chaque mot dans un de nos textes, chaque connexion entre nous et quelqu’un d’autre de façon à dire et faire quelque chose de nous, par exemple faire de l’un un suspect ou d’une autre une cible de publicité ciblée. Quelle est la différence entre cela et ce que nous faisons nous ? Elle tient en quelques mots : le contexte, la granularité, la singularité des individus et des groupes, l’éditorialisation. Rassurez-vous ou inquiétez vous, on va arriver au fric, mais pas tout de suite.

Le contexte, c’est ce qui fait que pour l’écriture numérique d’une personne, le lieu de cette écriture, celui où elle s’accomplit, se range, se rend publique est essentiel, que ce soit un blog, un site ou une plateforme (et dans ce dernier cas, toujours se demander qui contrôle le contexte). L’importance de ces maisons numériques, c’est une des choses que nous a appris l’ami François en explicitant des intuitions souvent vagues de chacun. Ces maisons sont le lieu de l’auto-éditorialisation, et vite il s’y crée un espace social (d’invitations, de liens, de commentaires, de recommandations). Ce contexte définit une certaine granularité : celle du lieu, on y est ou on est ailleurs, et les choses qui y sont ensemble constituent une identité. Mais si on restait dans l’immense collection des lieux des individus et de leurs liens, il manquerait quelque chose d’essentiel à la culture numérique, que je vais discuter dans le cas particulier de la création littéraire. Ce quelque chose ce sont des entités (groupes informels, collectifs comme Général Instin, revues ou associations comme remue.net ou L’air Nu, mais aussi éditeurs) qui se fixent pour but de faire vivre un certain parti éditorial en suscitant et accompagnant des pratiques créatives et en portant leurs résultats. C’est essentiel pour tout le monde numérique, comme l’a montré Julie Cohen, mais ça l’est particulièrement dans le champ culturel, cf. le séminaire « Éditorialisation » organisé par l’IRI, la revue Sens public et l’Université de Montréal.

Un espace d’éditorialisation dans ce sens là, qui vise à représenter plus que la vision propre d’un individu, à porter collectivement et mûrir un parti éditorial dans la durée, à le faire reconnaître d’un public élargi, ce n’est pas rien de le faire exister et de le faire survivre. Ces trois derniers jours, deux espaces d’éditorialisation précieux se sont fermés : la revue Terra-Eco et les éditions Derrière la salle de bains. Construire un espace d’éditorialisation propre à la littérature numérique comme publie.net tel que l’a créé François Bon en 2008 et tel que sa nouvelle équipe depuis 2014 essaye de le pérenniser et de le développer, c’est un pari insensé et nécessaire. Dans ce genre d’activité, il faut à la fois une mobilisation de l’engagement bénévole, une activité professionnelle continue et intense de quelques-uns et l’intérêt, le soutien d’une communauté élargie. Il faut des modèles commerciaux et se débattre avec un environnement économique et réglementaire qui a été sculpté par la recherche de rentes de certains acteurs peu préoccupés de création à l’âge numérique, mobiliser le soutien participatif y compris celui qui s’exprime dans les abonnements, obtenir des aides publiques. Il faut jouer fortement la carte des droits des lecteurs, qui est aussi celle des auteurs puisqu’ils risquent avant tout de ne pas atteindre leur public potentiel.

Il faut une capacité d’investissement pour explorer toutes ces nouvelles pistes. Une nouvelle offre pour les bibliothèques reposant sur la mise à disposition de fichiers, cela demande des investissements non négligeables en développement et en support humain. Exploiter les synergies entre livre papier et numérique, ce que je défends depuis dix ans face à la double opposition de ceux qui voient le numérique comme la mort de la culture et ceux qui ne comprennent pas l’importance de l’objet, cela demande d’investir dans la vente directe en complément de la diffusion classique et un travail important en direction des librairies. Il faut ces degrés de liberté essentiels qu’apporte le fait d’avoir des ressources propres. C’est là que le fric intervient. Et c’est là qu’il ne suffit pas.

phaigrain-img-gp-smallAvoir des ressources propres pour un temps donné pour compléter ses revenus, c’est pour un projet collectif une aubaine et un danger. L’aubaine ne dure pas, donc il faut en profiter rapidement mais aussi avoir une vision de l’après, d’un nouvel équilibre qu’il est toujours plus confortable de repousser dans un futur vague. Depuis 2014, on a déjà perdu du temps pour diverses raisons. J’ai la chance de pouvoir investir dans une aventure comme celle du nouveau publie.net. C’est principalement grâce au monsieur sur la photo. Il était chimiste. Son oncle aussi, qui avait mis au point un procédé de transformation du papier pour le rendre adapté au tirage de plans (les bleus on disait). Cet arrière-grand oncle avait envoyé son fils et ses neveux exploiter le procédé dans divers pays, une sorte de diaspora économique. Mon grand-père est allé en Belgique, où ma mère est née en 1924. Il y a fondé et développé une PME. Lors de nos visites à Bruxelles, ma mémoire d’enfant y a enregistré pour toujours l’odeur d’ammoniaque. Il est mort en 1960, sept ans après la photo. Il avait 68 ans, une vie de travail acharné et des milliers de paquets de gauloises vertes à son actif. Ma grand-mère a vendu sa société avant que les changements de technologies d’impression ne rendent obsolètes les procédés qu’elle exploitait. Les profits des détenteurs d’actifs financiers à partir des années 1980 ont fait le reste.

Financièrement, on peut juste dire : nous sommes encore là. Mais sur le contenu, nous pouvons en dire beaucoup plus et c’est grâce avant tout aux trois personnes qui travaillent quotidiennement au plus haut niveau de professionnalisme pour publie.net et à toute l’équipe élargie. Depuis 2014, on a fait des choses dont nous pouvons collectivement être fiers : inscrire un peu plus dans la réalité le projet d’être un éditeur équitable dont le fonctionnement implique directement les auteurs ; constituer un petit groupe de réflexion stratégique avec Marie Cosnay, Pierre Ménard, Guillaume Vissac et moi-même ; mettre en place un nouvel environnement de sélection et accompagnement éditoriaux animé par Guillaume Vissac, resserrer notre production avec le choix d’une limite à 25 titres par an et mettre en place une nouvelle lisibilité de cette production avec cinq grands domaines (littérature francophone, monde, art, essais et classiques). Élever la qualité graphique et d’impression de nos livres, grâce à l’implication infatigable de Roxane Lecomte et aux savoirs-faire que nous a transmis Gwen Català. Organiser des événements de lectures et performances qui ont mobilisé significativement notre communauté et nous ont donné de bien belles choses. Commencer à tisser des liens avec un ensemble plus étendu de libraires, grâce au travail de Pauline Briand (en plus des contrats et des relevés de droits d’auteur) et Guillaume encore. Renouer les liens avec les directeurs de collection qui étaient dans une sorte d’expectative et qui manifestent aujourd’hui un enthousiasme qui nous fait chaud au cœur. Et le plus important : les livres parus ou préparés depuis que la nouvelle organisation éditoriale est en place, dont chacun est une source de fierté collective pour notre équipe.

Ce qui reste à faire pour que publie.net soit soutenable au-delà du terme de la fin 2017 auquel je ne pourrais plus y investir qu’à un rythme très réduit est immense et concerne chacune de nos sources de revenus ou de soutiens hors exploitation : les ventes numériques, les ventes papier, les abonnements individuels, les abonnements de bibliothèques et les soutiens publics ou financements participatifs. Rien ne sera possible sans un développement important de la présence des œuvres, des auteurs et de l’équipe dans l’espace public. Bref, si vous lisez ceci, c’est dans vos mains aussi.« 

Tous les livres de Publie.net sont ici.

Et puis, il y a l’amie Sabine qui rédige des notes de lectures si vous ne savez pas quel livre choisir pour commencer : 645 livres disponibles et accessibles via votre futur abonnement…

Rien ne sert de se lamenter contre… L’époque est à la plainte, à la litanie… Il faut agir…  Aider la création contemporaine, aider les auteurs, les maisons d’éditions (numériques) d’aujourd’hui. Comment ? C’est simple : un abonnement et des heures de lectures.

Le dernier livre lu, entendu et vu ? (Une anthologie de poésie contemporaine composée et lue par ses lecteurs. Le numérique peut ainsi faciliter une autre approche des textes.

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Celui que j’attends impatiemment ? Le 11 mai… SURVEILLANCES… drôlement d’actualité…

Vous pouvez lire tous ces livres sur votre smartphone, votre pc, votre liseuse. Et puis, si vous avez envie d’avoir une édition imprimée, il y a Publie.papier

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Rien ne sert de se lamenter… mais poser un acte…

Silence

En partageant vos photos via Facebook, Instagram et consorts, saviez-vous que vous étiez un dangereux contrefacteur !

Publié le Mis à jour le

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Des cygnes et des grues par FQ : photo publiée sur mon compte instagram.

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La liberté de panorama est un droit que vous pensez détenir lorsque vous postez, sur Internet (Facebook, Instagram, Wikipédia, etc.), la photo d’une sculpture ou d’un bâtiment relativement récent, et ce, que vous soyez présent sur cette photo ou non. Par exemple : une photo du viaduc de Millau, une photo de vous devant la pyramide du Louvre, ou devant les colonnes de Buren…

Ou encore, ce cliché de la Médiathèque André Malraux de Strasbourg et de son environnement lacustre et industriel, chargé de la mémoire des hommes qui ont vécu et travaillé ici. En me rendant ce matin-là à mon travail , dans cette médiathèque où je travaille chaque jour, c’est assurément l’ambiance, le ciel, les cygnes, les grues qui m’ont conduit à prendre cette photographie. Puis, à la partager sur mon compte Instagram où je tiens une sorte de journal quotidien, visuel et poétique. Comme l’a écrit August Wilhelm Schlegel, un poète allemand du courant romantique : « la poésie fut créée en même temps que le monde. » Habiter poétiquement le monde ne serait donc plus possible ?

Vous pensiez naturellement jouir de ce droit – la liberté de panorama – car le monument ou la structure se trouve, à la vue de tous, dans l’espace public. Bien souvent, il a d’ailleurs été financé par de l’argent public. Mais en réalité, il relève du droit privé : le droit de l’auteur, et surtout des sociétés d’ayants-droit, et ce, jusqu’à 70 ans après la mort de l’artiste. En attendant : vous êtes contrefacteurs !

L’absence de liberté de panorama pose nécessairement la question de la privatisation de l’espace commun. Elle interdit, entre autres, l’utilisation de telles images dans des espaces comme l’encyclopédie Wikipédia et freine ainsi la libre diffusion de la connaissance.

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anthologie manifeste disponible rsur le web

Depuis l’année dernière, Wikimédia France est engagée pour soutenir la liberté de panorama dans le cadre du projet de Loi « Pour une République numérique« .

82 % des Etats membres de l’Union européenne ont adopté la liberté de panorama, mais toujours pas la France. En Italie le sujet perce. En Belgique une proposition émerge. En Estonie, ce sont les associations d’architectes qui demandent à ce que la liberté de panorama soit étendue à des usages commerciaux. Plus largement en Europe, en Ukraine, l’exception de panorama est également envisagée.

 

Que pouvez-vous faire ?

1 – Le site Pour la liberté de panorama permettra de vous informer.

2 – Vous pouvez ensuite signer  la pétition de Wikimédia France : Pour la liberté de photographier l’espace public ! #LibertéDePanorama

A l’Assemblée nationale, les députés se sont prononcés majoritairement pour cette liberté, mais ils en ont produit une version qui la rend totalement inopérante (voir l’explication dans la vidéo).

Les Sénateurs sont actuellement en train de discuter la loi.

En signant la pétition, vous nous permettrez de faire avancer le dialogue et de faire passer nos demandes :

  • Maintien de la notion de liberté de panorama ;
  • Retrait de la mention « à des fins non lucratives » (inapplicable sur Internet) ;

3 – Écrire à votre député et à votre sénateur pour leur demander quelles sont leurs positions et ce qu’ils comptent faire.

4 – Continuer à prendre des photographies poétiquement et les partager ! Pour tenter d’adoucir et d’éclairer ce monde matériel et lucratif…

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A vos plumes, à vos clics, à vos appareils photos…

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Silence

Citoyen et bibliothécaire,

Adhérent à wikimédia France

Contributeur à Wikipédia depuis 2005 (cendrars83)

photographie Médiathèque André Malraux censurée
Sans liberté de panorama… les photographies se mondrianisent 😉

De Jules Verne aux liens hypertextes de Wikisource… (à propos de l’amendement pour interdire les liens hypertextes)

Publié le Mis à jour le

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« Tout d’abord, M. Fridriksson s’enquit auprès de mon oncle du résultat de ses recherches à la bibliothèque

« Votre bibliothèque ! s’écria ce dernier, elle ne se compose que de livres dépareillés sur des rayons presque déserts.

— Comment ! répondit M. Fridriksson, nous possédons huit mille volumes, dont beaucoup sont précieux et rares, des ouvrages en vieille langue Scandinave, et toutes les nouveautés dont Copenhague nous approvisionne chaque année.

— Où prenez-vous ces huit mille volumes ? Pour mon compte…

— Oh ! monsieur Lidenbrock, ils courent le pays. On a le goût de l’étude dans notre vieille île de glace ! Pas un fermier, pas un pêcheur qui ne sache lire et ne lise. Nous pensons que des livres, au lieu de moisir derrière une grille de fer, loin des regards curieux, sont destinés à s’user sous les yeux des lecteurs. Aussi ces volumes passent-ils de main en main, feuilletés, lus et relus, et souvent ils ne reviennent à leur rayon qu’après un an ou deux d’absence.

— En attendant, répondit mon oncle avec un certain dépit, les étrangers…

— Que voulez-vous ! les étrangers ont chez eux leurs bibliothèques, et, avant tout, il faut que nos paysans s’instruisent. Je vous le répète, l’amour de l’étude est dans le sang islandais. Aussi, en 1816, nous avons fondé une Société littéraire qui va bien ; des savants étrangers s’honorent d’en faire partie ; elle publie des livres destinés à l’éducation de nos compatriotes et rend de véritables services au pays. Si vous voulez être un de nos membres correspondants, monsieur Lidenbrock, vous nous ferez le plus grand plaisir. » »

Ce passage est extrait de Voyage au centre de la terre de Jules Verne, paru en 1864.

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On retrouve cette idée des livres qui ne doivent pas rester sur les étagères des bibliothèques, dans le livre de Michèle Petit (L’art de lire, Belin, 2008). Elle cite la bibliothécaire iranienne Noush-Afarin Ansari : « Les livres raffolent de l’errance et ceux qui restent dans la bibliothèque sont des livres tristes.« 

Aujourd’hui, à l’heure où deux députés françaises ont eu la très grande idée de vouloir supprimer ou réduire les liens hypertextes qui sont la caractéristique principale du Web (c’est-à-dire le contraire du monde clos des applications), il est bon de rappeler les mots de Jules Verne et ceux de la bibliothécaire iranienne.

Cette semaine, on fête les 15 ans de l’encyclopédie Wikipédia. Qui l’eut cru ? Et aussi un autre projet attenant : Wikisource, la bibliothèque libre Wikisource où, justement, on trouve tous les livres de Jules Verne.

Paradoxalement, Wikisource permet aux lecteurs de vider ses étagères (virtuelles) den permanence et  aux livres de s’envoler grâce aux liens hypertextes.

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Silence… (enfin, non)

Les «Six heures contre la surveillance» de 16h à 22h sur Médiapart en libre accès

Publié le

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Ce lundi 4 mai, Mediapart diffuse en direct, de 16 heures à 22 heures, une opération exceptionnelle « Six heures contre la surveillance »: débats, interpellations, chroniques, chansons, duplex. À la veille du vote solennel des députés sur le projet de loi sur le renseignement, il s’agit de fédérer et relayer toutes les initiatives, de donner la parole à tous ceux qui s’inquiètent ou refusent un texte qui menace nos libertés individuelles et collectives.

Nous rendrons également compte en direct, en vidéo, audio et photo, du rassemblement qui débutera lundi à 18 h 30, place des Invalides, à Paris. Ce rassemblement est appelé par dix-huit organisations, qui participeront aussi à notre opération « Six heures contre la surveillance ».

Les organisations qui appellent au rassemblement le 4 mai à 18h30, Place des Invalides.Les organisations qui appellent au rassemblement le 4 mai à 18h30, Place des Invalides.

L’appel de ces organisations peut être lu ici. Il dit en particulier :
« Ce projet entérine les pratiques illégales des services et met en place, dans de vastes domaines de la vie sociale, des méthodes de surveillance lourdement intrusives. Le texte donne aux services de renseignement des moyens de surveillance généralisée comparables à ceux de la NSA dénoncés par Edward Snowden, sans garantie pour les libertés individuelles et le respect de la vie privée. » Mediapart s’associe par ailleurs à l’opération « 24 heures avant 1984 » (voir leur page Facebook ici).

Le programme et les invités de ces « Six heures contre la surveillance » :

  • 16h-18h. Nous sommes tous concernés

Animé par Edwy Plenel. Intervenants
———– La Parisienne Libérée et Jérémie Zimmermann
chantent en duo « Rien à cacher ».
Julien Bayou (24 heures avant 1984)
Eliott Lepers (24 heures avant 1984)
Laurent Chemla (cofondateur de Gandi)
Thomas Guénolé (la pétition citoyenne)
Guillaume Chocteau
(Ressources-Solidaires)
Pierre Tartakowsky
(Ligue des droits de l’homme)
Dominique Curis
(Amnesty France)
———– «Klaire fait grr»
Florian Borg
(Syndicat des avocats de France)
Laurence Blisson
(Syndicat de la magistrature)
Philippe Aigrain
(la Quadrature du Net)
Tristan Nitot
(fondateur de l’association Mozilla Europe et membre du Conseil national du numérique, signataire de l’appel Ni Pigeons, ni Espions)
Sophie Gironi
, directrice de la communication de Gandi (signataire de l’appel Ni Pigeons, ni Espions)
Bluetouff
(hackeur et co-fondateur de Reflets)
———- Extraits du documentaire «Citizen Four»

  • 18h-19h15. Nous sommes tous mobilisés

Animé par Frédéric Bonnaud et Edwy Plenel. Intervenants
Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières
Aurélie Filippetti, députée socialiste et ancienne ministre de la culture
Eva Joly, députée européenne (EELV)
Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique

À 18h30 et à 19h15, Mediapart organise des duplex avec le rassemblement organisé place des Invalides, à Paris.

  • 19h30-22h. Combattre pour nos libertés

Animé par Frédéric Bonnaud et Mathieu Magnaudeix. Trois débats

Pouria Amirshahi, député socialiste
Isabelle Attard, députée Nouvelle Donne
Benjamin Bayart, French Data Network
Clémence Bectarte, Fédération internationale des droits de l’homme

Mathieu Burnel, activiste, proche du Comité invisible
Dominique Cardon, sociologue
Anthony Caillé, CGT-Police
Un porte-parole du SNJ, syndicat des journalistes

Sergio Coronado, député EELV
Adrienne Charmet-Alix, La Quadrature du Net
Éric Beynel, Union syndicale solidaire
Laurence Parisot (ancienne présidente du Medef)

À 19h30 et à 21h, Mediapart organise des duplex avec le rassemblement organisé place des Invalides, à Paris.
Par ailleurs, plusieurs extraits de films seront diffusés.

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 Près de 800 acteurs du numérique, parmi lesquels OVH, le plus grand hébergeur français, mais aussi Mediapart, ont signé un appel intitulé « Ni pigeons, ni espions ». « Nous, acteurs du numérique, sommes contre la surveillance généralisée d’Internet », dit cet appel, « mettre Internet massivement sous surveillance, c’est ouvrir la porte à un espionnage incontrôlable, sans aucune garantie de résultat pour notre sécurité. »

Outre ces acteurs et les associations de défense de nos droits numériques (la Quadrature du Net, l’Observatoire des libertés et du numérique) qui, toutes, dénoncent ce texte, outre les autorités administratives indépendantes (CNIL, CNNum, CNCDH, Défenseur des droits) qui ont multiplié les réserves ou oppositions, les citoyens commencent massivement à se mobiliser. Une pétition en ligne exigeant le retrait du projet de loi a déjà recueilli 115 000 signatures le 24 avril à 12 heures.

Mediapart, depuis le début de l’examen parlementaire de ce texte, n’a eu de cesse d’en souligner les dangers pour nos libertés individuelles. Lire ci-dessous :

Loi sur le renseignement: un attentat aux libertés, par Edwy Plenel
Notre dossier complet: les Français sous surveillance