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Où sont passés les Exemplaires ? Nouvelle flânerie dans le Web littéraire, celui de 2015.

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Jeudi 2 avril, j’ai été invité à intervenir pour la biennale EXEMPLAIRES : formes et pratiques de l’édition qui se tenait à l’Ecole supérieure des Beaux-arts de Lyon (ENSBA). Le colloque avait notamment pour objectif de mettre en lumière certaines expériences significatives dans le domaine du design éditorial contemporain. Plutôt que de mettre mon diaporama sur slideshare, voici le détail de mon intervention… Bonne lecture…

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« Les objets hérités de la culture de l’imprimé et du livre, avec leur support complexe et multiple, leur matérialité, sont aujourd’hui confrontés aux réalités des pratiques et des contraintes de l’environnement numérique. Si le livre comme objet résiste, la culture du livre et de l’imprimé est en crise en grande partie à cause des pratiques courantes et quasi naturelles dans l’environnement numérique.

La convergence entre la technique et l’héritage culturel nécessite une remise en question des valeurs attachées à des pratiques éditoriales et juridiques ancrées dans une tradition avec un poids économique important, une fonction symbolique puissante et un rôle politique majeur. Car les objets sont aussi associés à des institutions qui sont des lieux de production, de transmission et de préservation du savoir.

Et la fragilisation actuelle de ces objets implique une déstabilisation de ces espaces lettrés et savants, de même que leur soumission aux pressions suscitées par les modèles de la production du savoir inhérente à l’environnement numérique. »

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Indispensable lecture…

« Ainsi, la mutation induite par le numérique touche d’abord à la stabilité de cet espace dans toute sa diversité. Qu’il s’agisse de l’institution et de ses extensions (université, édition, revues scientifiques, etc.) ou des archives (bibliothèques), la culture numérique transforme les pratiques courantes et risque de modifier la nature même des objets de notre savoir comme de l’espace censé les accueillir et les faire circuler.

Cette dimension spatiale est essentielle, voire déterminante, car elle participe d’une manière remarquable à ce bouleversement général qui semble caractériser notre aventure numérique. »

Milad Douehi in Pour un humanisme numérique : http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506411/pour-un-humanisme-numerique

En observant les nouvelles pratiques d’écriture de certains auteurs (pas tous) sur le web, on peut se demander légitiment où sont dorénavant passés les exemplaires qui constituaient traditionnellement la collection de la bibliothèque ?

Et comment, nous, les bibliothécaires, traditionnels passeurs de savoir nous allons recueillir ces nouveaux objets qui ont la forme d’un web livre pour reprendre la formule de François Bon ?

Comment nous allons les conserver… mais surtout les mettre à la disposition des lecteurs ?

Je vous invite donc à une nouvelle flânerie dans le web littéraire, celui de 2015.

(Voir ma précédente flânerie, rédigée pour le BBF et découvrir des auteurs d’aujourd’hui explorant le numérique pour renouveler  leur manière d’écrire – un netvibes que j’entretiens de temps en temps permet de vous donner les liens)

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Je ne parlerai ici… ni des livres homothétiques… ni des livres applications… ni des livres enrichis…

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Le Salon de L@ppli – Médiathèque André Malraux – Strasbourg

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« L’apprentissage, l’imaginaire, les chemins du savoir, la transmission des techniques, des rêves et des secrets, tout passait par le livre. Mais, depuis deux décennies (tout de même déjà une histoire), nous confions progressivement la totalité de nos usages, depuis les routines professionnelles jusqu’aux commodités les plus privées, à des appareils électroniques. Avec des risques lourds, quand ces appareils et leurs logiciels, et l’économie de ce qu’ils véhiculent, sont sous monopole de quelques groupes dont l’art et la civilisation sont moins la préoccupation que la bourse et la domination. » Nous voici donc confrontés à l’instable. Il concerne aussi bien les supports, chaque nouvel appareil condamnant le précédent, là où le livre – résultat d’une considérable histoire industrielle d’une ergonomie complexe – tolérait que chaque nouvelle strate acceptait les anciennes (mais dans un changement d’échelle qui les reléguait quand même à d’infinies distances : consultons-nous autrement que dans les expositions des grandes bibliothèques les vieux portulans ?), qu’il concerne les formes mêmes de l’écrit. La relation du texte à l’image, le rôle de la voix pour le conteur ou l’écrivain, le travail quotidien et l’attention au bruit du monde, rien de neuf sous le soleil. Seulement, la forme transmise s’appuyait sur ce qui en était le plus reproductible : le texte, donc, puis l’imprimé. »

in Après le livre / François Bon. – Paris : Seuil, 2011. – 275 p.

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Ce n’est pas que nous ayons tout à réapprendre : la réflexion sur la typographie, le lien à la part technique de l’écriture (on le croisera pour l’histoire infiniment complexe et passionnante de la tablette d’argile, mais aussi pour Rabelais ou Flaubert) ont toujours été présentes dans l’histoire immédiate de la littérature. Simplement, l’apparente stabilité du livre autorisait qu’elle reste à distance, qu’on la sache, mais en filigrane. Il n’y a jamais eu d’auteur ni d’écriture qui puisse se séparer de ses conditions matérielles d’énonciation ou reproductibilité, ni Shakespeare, ni Bossuet, ni Baudelaire ni Proust : mais lorsque la rupture technique englobe la totalité des aspects de l’écrit, à quoi se raccrocher pour disposer soi-même d’un point d’appui et continuer ? Paradoxalement peut-être, l’objet qui témoigne le plus en avant de cette mutation radicale, c’est le livre imprimé : assemblage de fichiers xml pour le contenu, de masques css pour l’apparence, de métadonnées pour sa distribution, il est déjà en lui-même une sorte de site web, dont la carapace numérique permet aussi bien d’être imprimé qu’archivé, révisé, porté sur des supports électroniques. »

in Après le livre / François Bon. – Paris : Seuil, 2011. – 275 p.

Pour François Bon, le livre c’est le WEB… dorénavant… et il le met en pratique avec son livre atelier en construction permanente : son Tiers livre. Et, il n’est pas le seul à penser ainsi…

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Si le livre c’est le web, et plus particulièrement le site web d’un écrivain, quelle va être la version que nous allons consulter ?

Quelle sera la version la plus fidèle pour entendre la pensée de l’écrivain ? Celle qu’il considérera comme ultime ? La moins sujette à remords ?

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Pour Après le livre : 9 éditions en 9 mois pour cet exemple… exemplaire… Beaucoup d’interventions sur le texte originel parce que le texte a été mis en premier lieu sur le site de l’auteur et que les lecteurs ont fait des commentaires, interagit donc… Mais, attention, si ces interactions avec les lecteurs peuvent être intéressantes, elles ne sont pas systématiques. Elles peuvent être pertinentes pour certains projets. L’auteur reste maitre de son texte, de sa parole et de sa voix. L’écriture numérique permet d’explorer de nouveaux rapports de diffusion et d’échanges et n’est pas un gadget « ludique » pour que ce soit plus « fun » !

Pour le bibliothécaire, quel exemplaire choisir pour mettre à disposition de ses lecteurs et en définitive, quelle version conserver ?

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La version imprimée des livres de Publie.net ? Publie.papier

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On pourra ensuite travailler la forme de l’impression. Peut-être que les bibliothèques, un jour, vont se mettre à acheter ces machines réservées jadis aux imprimeurs, machines de taille réduite qui permettent d’imprimer à la demande l’exemplaire d’un livre. Ce serait d’ailleurs une suite logique des opérations de numérisation des fonds patrimoniaux des bibliothèques : offrir une version imprimée gratuite ou payante à ceux qui le souhaitent.

Et il faudra bien alors se mettre à travailler la forme du livre (embaucher de nouveaux professionnels ?). Il ne suffira pas simplement de numériser un livre, mais travailler l’objet livre à imprimer… et très certainement, avec l’un d’entre vous ou l’un de vos élèves – designers du livre.

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Sonia Landy Sheridan, ”Generative Systems”, 1973

D’ailleurs, dès 1970, l’artiste Sonia Landy Sheridan fonda le programme de systèmes génératifs, associant scientifiques, industrie, artistes et étudiants diplômés pour ainsi explorer les «implications des révolutions des technologies de communication dans l’art», ce dans une approche autant théorique que pratique. Elle travailla notamment avec 3M et Xerox sur ces nouvelles machines qui révolutionnent déjà le monde du livre.

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Le photographe Marcopoulos avec une Xeros s’est approprié ces machines pour éditer des photographies parues sur son blog en collaboration avec l’éditeur géant new-yorkais Rizzoli

Un livre numérique a t-il moins d’épaisseur qu’un livre numérique ?

Bien entendu, ma question peut être comprise de plusieurs manières…

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Des réservoirs de livres numériques ont commencé à se constituer… Je cite ici Gallica, le projet d’une bibliothèque publique, la BNF.

J’aurai aussi pu démarrer par celui du projet Gutenberg de Michael Hart, auteur du premier livre numérique, celui qu’il a mis en ligne le 4 juillet 1971 sur les quelques ordinateurs en réseau à son époque, du temps d’Arpanet.

Avant 1991, 1000 ordinateurs seulement étaient connectés en réseau. En 1991, Tim Berners-Lee et son équipe inventent Internet. Un an après, en 1992, 1 million d’ordinateur sont reliés et en 2016, on atteindra plus de 2 milliard d’appareils connectés (PC, smartphones, tablettes).

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Tim Berners-Lee / Gutenberg

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Les sources du savoir et de la connaissance, les objets livres, petit à petit, sont numérisés et se retrouvent accessibles en ligne. C’est une révolution majeure pour le mode d’accès et la transmission culturelle.

Je ne vais rentrer dans le détail mais je voudrai évoquer une des caractéristiques les plus importantes développée par Tim Berners-Lee, le lien hypertexte.

Parce que c’est cette invention, à mon avis, qui permet un renouvellement de la manière d’imaginer les livres de demain… la manière de les concevoir, de les lire et de transformer l’expérience de lecture des lecteurs…

D’ailleurs bien avant l’invention du web, des auteurs ont déjà pensé lien hypertexte et d’autres manières de raconter des histoires…

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Marelle est un roman de l’écrivain argentin Julio Cortázar publié en 1963.

Une note en début de livre annonce que Marelle, qui se compose de 155 chapitres, peut se lire de deux manières. Soit de manière linéaire, du chapitre 1 au chapitre 56, soit de manière non linéaire en partant du chapitre 73 et en suivant un ordre indiqué en début de livre.

Cortazar n’est pas le seul à avoir essayer de jouer avec la forme, le support et le contenu… Voir Borges ou Pérec et sa Vie mode d’emploi en 1978, construit sur le principe des grilles de mots croisés et qui reste difficile à reproduire, à composer car pour certaines pages, Pérec, a caché des acrostiches.

Marelle n’est pas un livre dont vous êtes le héros mais il expérimentait déjà la lecture aléatoire et permettait d’avoir une autre expérience de lecture.

Plus récemment, en 2000, La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski innove. En premier lieu, le format et la structure du livre ne sont pas conventionnels, sa mise en page et son style sont inhabituels.

Il contient par exemple de copieuses notes de bas de page, qui contiennent souvent elles-mêmes des annotations. Certaines sections du livre ne renferment que quelques lignes de texte, voire juste un mot ou deux répétés sur la page. Cette distribution des vides et des blancs, du texte et du hors-texte, peut susciter des sentiments ambivalents d’agoraphobie ou de claustrophobie mais reflète aussi certains événements intérieurs au récit.

Un autre trait distinctif du roman réside dans ses narrateurs multiples, qui interagissent les uns avec les autres de manière déroutante.

Enfin, le récit se dirige fréquemment dans des directions inattendues. Le livre vient d’être réédité mais son coût de fabrication reste élevé.

Le Web, dès lors, peut être pour les auteurs une alternative pour inventer de nouvelles formes.

Des auteurs contemporains jouent aujourd’hui avec les codes du Web d’autant que l’auteur qui écrit aujourd’hui sur le Web est confronté à d’autres problématiques : celles notamment de l’inattention de son lecteur et de cette « manie » courante de ne plus lire que par fragments… L’écriture par fragments se prête bien au Web.

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Pour lire… Pour écrire… Il faut souvent choisir un lieu… son lieu… …Un endroit pour être bien (corps/esprit)… un espace stimulant… Être seul ou dans une agora… Sur support imprimé ou numérique… La lecture numérique nous invite à poser la question de nos manières de lire

Anne Savelli travaille aussi la forme du livreImmuable un livre ?

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Marcello Vitali-Rosati est professeur adjoint de Littérature et culture numérique au département des littératures de langue française à l’Université de Montréal.

Plutôt que d’écrire un nouvel article théorique, en décembre 2012, il s’est décidé à raconter une histoire quotidiennement pendant un an en essayant de capter l’attention de ses lecteurs, en jouant sur la forme de courts fragments. Son site Navigations fonctionne ainsi  :

L’abondance des contenus nous fait souvent peur. Nous avons besoin d’une structure, d’un dispositif qui produise unité – sens. Les éléments éparpillés doivent trouver un tissu. Il faut des règles, les règles du jeu.

L’expérience d’écriture proposée ici s’impose un cadre.

D’abord, une limite de temps : un texte par jour posté à 21h UTC pendant un an – du 12-12-12 au 13-12-13. Épuiser ce temps est la première tâche de cette écriture.

Ensuite, des structures formelles : une longueur journalière du texte de 1000 caractères – dictée par le temps de lecture requis et par la possibilité de visualiser le texte dans un écran sans scroller.

Et encore, un lien fort entre les textes : un élément de continuité reliera l’écriture d’un jour avec celle du jour suivant. L’ordre sera donc chronologique.

Enfin, un dispositif technique : du code html greffé sur spip. À l’intérieur de ce cadre, aucune contrainte de contenu.

Le parcours qui se produira sera une navigation libre dans un périmètre défini.

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Un livre numérique a ensuite fixé le texte, paru aux éditions Publie.net, le conservant pour éviter le risque de disparation du site.

Le site d’Anne Savelli – Dans la Ville haute – a disparu car l’adresse du site n’a pas été renouvelée… une inattention de l’auteure cette fois… Il n’y a pas que les lecteurs qui sont inattentifs. Pardon Anne… 😉

N’empêche, le livre numérique fixe une forme mais ne permet pas toujours de retrouver l’expérience de lecture initiale comme celle où l’on découvrait chaque jour le texte de Marcello ou le parcours aléatoire que nous pouvions faire dans les images d’Anne Savelli.

Comme l’évoque ce récent colloque à Montréal, les frontières sont à renégocier en permanence entre livre et numérique. Faut-il d’ailleurs que le livre sur le web soit systématiquement imprimé ? Certains auteurs choisissent délibérément que leur web livre ne pourra être imprimé…

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LE NAURNE est un feuilleton de littérature numérique en 15 épisodes créé par deux auteurs : Léo Henry et luvan et la graphiste Laure Afchain.

Un vendredi par mois, nous découvrons l’histoire imaginée par les deux écrivains et mise en scène conjointement par la graphiste. L’idée initiale est, en effet, de jouer avec les codes du web – les ascenseurs, les transparences, les cadres… pour chaque épisode. Expérimenter en réel une nouvelle manière de raconter, non artificielle, qui sert l’histoire à raconter…

On est loin du livre homothétique et ici, la lecture est continue. Il n’y a pas de sons ni d’images (parfois des plans, des schémas).

Léo Henry dit que pour lui, un livre numérique c’est un livre qu’on ne peut pas imprimer sans en perdre une de ses dimensions… Pour l’instant, la plupart des auteurs et des éditeurs ne voient pas encore la potentialité de ce nouvel outil. Et il ne s’agit pas ici de créer une nouvelle forme du cédérom…

Je ne sais pas si nous arriverons dans le futur à proposer une offre de prêt de livres numériques en bibliothèque préservant la diversité des publications – petite édition notamment – mais il est certain que développer les résidences d’écriture numérique de cette manière est un axe pour soutenir la création littéraire et favoriser les échanges avec le public. Léo Henry et Luvan ont déjà proposé deux rendez-vous avec leurs lecteurs à la Médiathèque André Malraux… à suivre… le prochain épisode vendredi 10 avril 2015…

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Voici la forme de l’épisode 4. Je vous invite à découvrir les épisodes déjà parus sur lenaurne.fr.

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D’autres formes, d’autres jeux… Oulipo gare à toi…  Ici l’expérience de Mathilde Roux. Les auteurs jouent toujours avec la structure du texte et d’autant mieux s’ils connaissent les rudiments du code !

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Kiibook est née d’une rencontre entre un bibliothécaire (Alexandre Simonnet) et le travail de Jean luc Lamarque , un artiste numérique en 1997. Il venait d’inventer le pianographique (http://www.pianographique.net) qui était un instrument multimédia graphico-musical qui permet de mixer divers médias issus du web. C’est un peu l’ancêtre de wj’ing.

L’idée a été de développer un projet autour de la littérature numérique, de faire le lien avec la structure qui accueillait le projet (une bibliothèque où l’écrit classique à une grande importance) tout en travaillant sur la désectorisation entre les secteurs numériques et patrimoniaux.

Les objectifs étaient assez simples, il s’agissait de faire connaitre davantage le livre d’artiste au grand public et d’ouvrir le cercle restreint des amateurs du livre d’artiste à des développements numériques possibles afin qu’il y ait des échanges et des rencontres sur des modes de création plus populaires actuellement plébiscités par le public et eux aussi fondés sur les techniques du mix-média.

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L’expérience Kiibook proposée par la bibliothèque Carré d’art de Nîmes permet à qui le souhaite de créer des livres virtuels en PDF  grâce à plusieurs alphabets de lettres et de signes qu’il s’agit de combiner. Un blog associé permet de voir les contributions des participants.

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Je ne vais pas multiplier les exemples.

Vous avez compris, je pense, la richesse de contenus qui est train de naitre sur le Web. Et quel est dorénavant notre souci en bibliothèque pour suivre la production de certains auteurs, la difficulté pour faire connaître leurs textes – nous allons avoir besoin de nouveaux outils de mise en valeur pour les mettre en avant. Le problème de la conservation est encore plus vaste. A part de rares exceptions, une grande partie du Web des origines est irrémédiablement perdu…

Saluons toutefois, la naissance, depuis 2006, d’un dépôt légal du Web mis en place par la BNF. Et qui pourra être consulté dans certaines bibliothèques de villes françaises.

Pour conclure, un constat : vous avez eu raison de mettre un S à exemplaire pour votre colloque. Mais le concept d’exemplaire n’est sans doute déjà plus pertinent pour  rendre compte de la création littéraire en cours…

A suivre…

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Retour d’expériences (épisode 1) : Le Web, les bibliothèques et nous… : des expériences concrètes en bibliothèques, compte-rendu d’une journée d’étude ABF PACA

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Organisée par l’ABF PACA, le jeudi 15 décembre 2011 à la médiathèque de Saint-Raphaël avait lieu la première journée d’étude d’une série baptisée : «Retour d’expériences (épisode 1) : Web, bibliothèques et nous…».

Le principe de ce premier épisode était de présenter des expériences très concrètes d’usages et d’utilisations des nouveaux outils qui n’existaient pas il y a dix ans. Une seconde journée aura lieu en décembre 2012 autour des recommandations de lecture et du livre numérique et des différentes manières d’animer le tout ! 😉

Du concret, je vous dis ! Photographie de François Morey

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Premier intervenant, Bruno Neveux, bibliothécaire musical à la Médiathèque de Guebwiller (68) avait fait un long déplacement pour évoquer une expérience de musique en ligne sur le portail calice 68,  menée dans les bibliothèques alsaciennes, expérience propulsée par Xavier Galaup dont on retrouvera sur son blog, le premier bilan de streaming musical en bibliothèques

Voici la présentation de Music Me, offre de musique numérique dans les bibliothèques alsaciennes  par Bruno Neveux

Cette première intervention et la suivante (Culture Wok) ont pu être filmées et podcastées. Malgré une qualité qui n’est pas parfaite (les intervenants et leurs spectacteurs voudront bien nous en excuser), il nous a semblé intéressant tout de même de vous faire partager le contenu et la parole de nos intervenants. Voici donc la présentation de Bruno Neveu dans la Vidéo 1 et la Vidéo 2

Le document de présentation est ci-dessous sous deux formes : en ligne, en cliquant sur l’image ou en bas pour la récupérer.

Vous pouvez la récupérer ici : Music Me Saint Raphaël 15 12 2011

 

Dis-moi où tu lis, et je te dirai qui tu es ! Photographie de François Morey

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Ne cherchez plus : Trouvez ! Tel est le slogan de Culture Wok, un moteur de recherche sensitive ! Sensitive, oui, terminé le catalogue « bassement » descriptif (je plaisante !). De l’info, du lien, de l’enrichissement, on veut !  maintenant : lecteurs et bibliothécaires !

Renaud Garcia, le créateur de l’univers Culture Wok est venu ensuite détailler cet outil qui permet aux bibliothécaires et à nos usagers de participer à un moteur de recherche sensitive. Médiation, vous avez dit ?

La présentation de Renaud Garcia se déroule dans la vidéo 3 et la vidéo 4.

et son power point, en cliquant sur l’image :

Vous pouvez également le récupérer ici : CultureWoK Saint Raphael journée ABF

Enfin, les tarifs 2012 de Culture Wok sont ici :  Grille tarifaire 2012 pour les bibliothèques 

et la plaquette d’information : PLAQUETTE_CULTUREWOK_

Information importante :

L’ABF PACA, LIBRAIRES DU SUD et L’ AGENCE REGIONALE DU LIVRE PACA ont en projet pour 2012 : « Livres dans le Wok ». Pour mémoire, il s’agit d’un projet de création d’un site internet collaboratif destiné aux acteurs de la chaîne du livre, basé sur le moteur de recherche sensitive Culture Wok, consistant à introduire des recommandations de lectures sur des ouvrages choisis par des bibliothécaires et des libraires et leur permettre d’effectuer leur principal rôle commun : la médiation et le conseil. Coordonné par l’ARL, le projet sera réalisé en partenariat entre l’association Libraires du Sud et l’ABF PACA. Dans un premier temps il sera « expérimental », l’idée est de proposer à dix médiathèques et dix librairies de PACA de constituer la base de documents. Celle-ci sera ensuite pérennisée et proposée à d’autres bibliothèques et librairies de toute la région. Première réunion prévue dans le premier semestre 2012. Si vous voulez en savoir plus, me contacter : franckqueyraud at gmail com. (Président ABF PACA)

Non ce n’est pas un moine de l’Abbaye d’Eco travaillant sur une encyclopédie !

Photographie de François Morey

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En début d’après-midi, pour cause d’encombrement de l’auditorium du Centre Culturel, nous avons poursuivi la journée dans les salles du troisième étage, et malheureusement, aucun film n’a pu être saisi.

Nous avons toutefois eu la joie d’accueillir un « wikimidien », membre actif de Wikimédia France qui gère projets et encyclopédie Wikipédia : Hervé Goldberg venu des hautes terres picardes pour nous parler des projets de Wikimedia avec les bibliothèques.

 

Voici sa présentation : Projets Wikimedia hervé goldberg Présentation ABF PACA

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Lire, on peut n’importe où ! Photographie de François Morey

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Pour clôturer cette journée, nous recevions Alexandre Simonet, Chef de projet prospective et médiations, arts et cultures numériques au Carré d’Art bibliothèques de Nîmes. Il venait nous parler : de l’art numérique en bibliothèque une chance pour le web 2.0 : Kiibook (livres d’art numérique) et cartographie culturelle.

Cela faisait longtemps que nous souhaitions inviter, Alexandre. Il nous présenta d’abord cette expérience remarquable nommée : Kiibook qui permet de créer des livres d’artistes numériques. En 2010, Alexandre avait eu la gentillesse de répondre à mes questions sur ce blog  : créer des livres d’artistes ou l’expérience Kiibook du Carré d’Art Bibliothèques de Nîmes : rencontre avec Alexandre Simonet. L’opération continue et vous pouvez contacter Alexandre si vous envisagez un développelent d’ateliers Kiibook au sein de votre médiathèque.

Enfin, il nous présenta son nouveau projet, tout aussi formidable, alliant nouvelles technologies, cartes interactives, mémoires des citoyens nîmois et documents du patrimoine conservés dans les bibliothèques  : De nîmes vers ailleurs, expérience de cartographie culturelle en bibliothèque.  Voici ce qui est écrit sur le site, à propos du projet :

« De Nîmes vers ailleurs est un projet de médiation culturelle dédié à la cartographie numérique en bibliothèque. Il prend comme arrière plan Nîmes et son agglomération et cherche l’ouverture vers un ailleurs constitué d’expériences cartographiques similaires. Les tenants  et les aboutissants du projet : sur le wiki de Labomedia

La cartographie interactive, une pratique culturelle à part entière

On ne compte plus en effet les sites web, ni les applications S.I.G (systèmes d’informations géographiques), fixes ou mobiles qui permettent de mettre en scène et de partager des données géolocalisées en temps réel. De nombreuses personnes envisagent la cartographie numérique comme un nouvel espace d’expression culturelle des réseaux sociaux et des territoires. Dotés d’une très forte expressivité ¹, ces outils constituent de véritables objets de savoirs et de connaissances issus des réalités autochtones permettant de valoriser les fonds locaux et/ou patrimoniaux des bibliothèques ou des musées.

Un outil culturel multifonction

De Nîmes vers ailleurs se présente donc sous la forme d’un outil éditorial permettant la présentation et la réunion des projets cartographiques. Il aide également à la création et à l’exportation de cartes interactives.

A qui s’adresse ce projet ?

Ce projet s’adresse à vous, que vous soyez nimois ou non, lecteurs, géographes, pédagogues, archéologues, historiens, artistes, acteurs du tourisme, médiateurs, étudiants, designers, informaticiens, journalistes, paysagistes, chercheurs ou simple curieux. Si vous avez un projet n’hésitez pas à nous le faire savoir en nous écrivant à bibliotheque.ecm@ville-nimes.fr

«Toute carte est prise dans un héritage quelle prolonge et transforme. Elle est la pointe provisoirement ultime d’une bibliothèque ou d’une cartothèque.» Jean Marc Besse in « Cartographie », Les carnets du paysage « Actes Sud et l’école nationale supérieure du Paysage », 2011. »

Deux projets qui ont ravis les participants à cette journée « retours d’expériences »… Elle aura démontré qu’avec un peu d’imagination (et pas seulement des moyens financiers), les bibliothécaires d’aujourd’hui ont des outils qu’ils peuvent utiliser pour créer des projets de médiation pertinents et actuels, modernes et novateurs. Arrêtons donc de voir dans le web une menace et imaginons, apprenons aussi et formons-nous aux nouveaux outils à notre disposition. Il faudra également faire évoluer l’offre de formation professionnele auprès des organismes habilités en régions (CNFPT, CRFCB, ENSSIB, ARL et même ABF…).

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Enfin, nous voudrions vous signaler que les photos de lecteurs et de lectrices sont l’oeuvre d’un ancien bibliothécaire : François Morey, bibliothécaire en retraite du côté de la Baie des Anges et ci-dessus en pleine occupation pour devenir le mécanicien de la battemobile… Le métier de bibliothécaire méne à tout ! Au fait (merci), François, lors de sa journée était venu exposer ces photographies : il y en a d’autres qu’ils se proposent d’exposer gracieusement dans vos bibliothèques. Si vous êtes intéressés, vous pouvez les voir ici et ici (c’est sur Facebook) ou contacter François, directement : francois.morey (at) yahoo (.) fr

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A suivre… Retours d’expériences (épisode 2) en décembre 2012 : recommandations de lecture et livres numériques dans tous leurs états… A suivre sur les pages régionales PACA du site de l’ABF. Pensez à adhérer ! Ca peut paraître ringard de militer ou de rejoindre une association, mais plus on est de fous… 😉

Enfin, de chaleureux remerciements pour l’accueil de la Ville de Saint-Raphaël, la présence et le soutien de l’Adjoint à la culture et de la directrice de la médiathèque, ainsi que des collègues de l’ABF PACA et de la Médiathèque de Saint-Raphaël ou du Centre Culturel qui ont aidés à la préparation de cette journée…

Franck Queyraud

Bibliothécaire et président de l’ABF PACA.

Promouvoir en bibliothèque en 2011, la musique, des recommandations de bibliothécaires, du livre d’artiste ou des arts numériques ou faire de l’encyclopédisme : une journée d’étude le 15 décembre

Publié le Mis à jour le

L’Association des Bibliothécaires de France groupe régional PACA (que je préside depuis peu) organise une journée d’étude intitulée :

« Retour d’expériences (épisode 1) : Web, bibliothèques et nous…   »

Médiathèque de Saint-Raphaël––Place Gabriel Péri – 83700 Saint-Raphaël

le jeudi 15 décembre 2011

Dans cette journée, il s’agit CONCRETEMENT de montrer des expériences numériques qui sont en cours ou ont eu lieu autour de :

* la musique avec l’expérience sur la musique en streaming développée en Alsace à l’initiative de la BDP du Haut-Rhin et de Xavier Galaup (Président de l’ACIM) : comment continuer à proposer une offre musicale en bibliothèques alors que les individus ont ou vont avoir la possibilité avec leurs abonnements téléphoniques, de télévision ou du web de se passer totalement de nous ? Dommage, non ? Diversité musicale, action culturelle, découverte et conseils… à la trappe ? Quel bilan peut-on tirer de cette expérience alsacienne ? Doit-on généraliser ce modèle ? Nous accueillerons Bruno Neveu, bibliothécaire musical à la Médiathèque de Guebwiller (68), un des animateurs de cette initiative remarquable…

9h30 Présentation de Music Me, offre de musique numérique dans les bibliothèques alsaciennes  par Bruno Neveu, bibliothécaire musical – Médiathèque de Guebwiller (68) suivi d’ échanges avec le public

* Comment faire participer nos usagers  à la vie de nos catalogues de bibliothèques, donner un peu de vie, de clarté (si j’ose dire) à nos OPAC très, trop stricts : titre, auteur, éditeur, lieu d’édition… Même si la description bibliographique est indispensable et condition pour accéder aux ressources, il nous faut désormais développer la participation des usagers et leur permettre de partager, par exemple, leurs coups de coeur (mais pas seulement !) sur nos outils,  pour enrichir nos catalogues, faciliter les recherches et le partage de la connaissance. Tout reste à inventer encore. Renaud Garcia, le créateur du moteur de recherche sensitif Culture Wok, viendra nous présenter ce nouvel outil qui pourrait être associé à nos portails de bibliothèques, être un outil pour développer une vraie relation avec nos usagers. Là encore, nous devrons être dans l’invention dans les années à venir : quelle forme renouvelée au club de lectures, au club d’écoute musicale… ? Comment partager entre professionnels et usagers autour des courants de la vie culturelle ?

10h45 L’univers Culture Wok : faire participer nos usagers à un moteur de recherche sensitive par Renaud Garcia (créateur de Culture Wok) suivi d’échanges avec le public

* L’encyclopédie Wikipédia est devenue en quelques années, un nouveau lieu phare de l’encyclopédisme, un modèle aussi de participation collective, non exempte de critiques ou de polémiques, mais malgré cela, elle s’est imposée. Hervé Goldberg de Wikimédia France viendra évoquer les projets de wikimedia, et les partenariats liés autour de ces projets avec des bibliothèques et des établissements similaires et nous dressera un bilan de ces partenariats. On pourrait penser un peu rapidement qu’avec le numérique, les bibliothèques ne sont plus des lieux où chercher de l’information : le numérique nous donne de nouvelles portes d’accès jusque là cachées ou difficilement accessibles au commun des mortels ! A nous, les professionnels de l’information, d’organiser et de signaler les nouvelles ressources et participer aux projets de Wikimédia, par exemple.

14h L’encyclopédie Wikipédia dans les bibliothèques : expériences par Hervé Goldberg de Wikimédia France  (Précisions à venir) suivi d’échanges avec le public

* Enfin, la journée se terminera par l’intervention d’Alexandre Simonet qui travaille à la bibliothèque Carré d’Art de Nîmes et qui a su renouveler le monde du livre d’artistes en l’adaptant au numérique avec l’expérience Kiibook . J’ai consacré un billet et une interview à ce travail, je vous invite à relire ici. Alexandre nous parlera également projets autour des arts numériques et de cartographie culturelle… Là aussi, à nous d’explorer le web et de présenter à nos publics, des initiatives qui sont parfois un peu perdues sur le Web.

15h30  De l’art numérique en bibliothèque une chance pour le web 2.0 : Kiibook (livres d’art numérique) et cartographie culturelle par Alexandre Simonet, Chef de projet prospective et médiations, arts et cultures numériques au Carré d’Art bibliothèques de Nîmes suvi d’échanges avec le public

Cette journée est le premier épisode d’une série consacrée à des retours d’expériences concrétes dans les bibliothèques. La prochaine aura lieu en 2012 autour de la médiation numérique, de la recommandation et des livres numériques. Date et lieu seront précisés prochainement.

Pour vous inscrire, il reste encore des places, c’est ici.

Je remercie ici les intervenants pour leur future participation. Un grand merci également à nos partenaires (Région, Drac PACA, BDP13) et bien entendu, à la Ville de Saint-Raphaël qui nous accueille une nouvelle fois pour une journée qui s’annonce passionnante et au coeur des préoccupations de notre profession en version bêta perpétuelle !

Franck Queyraud

Président ABF PACA
Coordinateur du groupe ABF Bibliothèques Hybrides

 

Créer des livres d’artistes ou l’expérience Kiibook du Carré d’Art Bibliothèques de Nîmes : rencontre avec Alexandre Simonet

Publié le Mis à jour le

Je ne sais plus  comment au gré de mes flâneries sur le net, j’ai découvert ces drôles de petits livres virtuels que l’on appelle dorénavant des kiibook. Cela m’a tout de suite séduit.


L’expérience Kiibook proposée par la bibliothèque Carré d’art de Nîmes permet à qui le souhaite de créer des livres virtuels en PDF  grâce à plusieurs alphabets de lettres et de signes qu’il s’agit de combiner. Un blog associé permet de voir les contributions des participants.


Mais, laissons, le responsable du projet nous dire qui il est,  comment est né ce projet et comment il évoluera…

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Qui êtes vous Alexandre Simonet et quel est votre rôle au sein de Carré d’art Bibliothèque de Nîmes ?

Alexandre Simonet : j’ai intégré Carré d’art Bibliothèques en 2003 comme responsable de l’Espace Culture Multimédia après avoir été responsable durant 5 ans de l’ECM du Florida à Agen, un des tous premiers espace public de création numérique dédiés aux musiques amplifiées (spécial remerciement à Philippe Berthelot) ouvert fin 96/début 97.

J’ai ainsi accompagné et suivi l’émergence des cultures des arts numériques notamment celles issues des réseaux Internet et consorts, mouvement que j’ai poursuivi à la bibliothèque de Carré d’Art en accueillant de nombreux artistes, acteurs et publics intéressés par les usages socioculturels et éducatifs du numérique.

En 2007 il a été décidé d’intégrer un volet numérique dans le projet global d’établissement de Carré d’Art Bibliothèques. L’ensemble des secteurs de la bibliothèque et de ses services  (jusqu’aux murs même !) est désormais concerné par le développement solidaire du numérique.

En 2008 j’occupe la fonction de chef de projet et d’autre part, j ‘interviens auprés de l’équipe de direction et du personnel en soutien dans les domaines de la prospective, de la médiation et du développement multimédia en rapport avec les arts et les cultures numériques.

Pour être complet sur le sujet j’ai été élu, il y a peu à la présidence de l’association Kawenga un des tous premier lieu de création numérique sur Montpellier et la région Languedoc Roussillon destiné notamment à fédérer les acteurs culturels du numérique en région.

Kiibook est finalement l’histoire d’une transition.

Comment est né le projet Kiibook, pourquoi ce projet et ce qu’il est… en premier lieu ?

Kiibook est d’abord le fruit d’une rencontre et d’une longue maturation indirecte au projet. J’ai découvert le travail de Jean luc Lamarque en 1997.

Il venait d’inventer le pianographique (http://www.pianographique.net), et à l’époque je n’avais pu trouver les opportunités pour travailler avec lui. Pianographique est un instrument multimédia graphico-musical qui permet de mixer divers médias issus du web. C’est un peu l’ancêtre de wj’ing.

Ce n’est qu’en 2005 que que nous nous sommes rencontrés autour d’un atelier de création numérique (auprès d’artistes locaux) avec pour objectif de réaliser un abécédaire multimédia. Cela faisait un moment que Jean Luc se rapprochait de l’univers des mots (paroles), et du texte.

C’est après l’excellentissime bouche à bouche, et la création du projet de chorale interactive sur le mode de la beatbox ( http://www.pianographique.net/bab) construite autour d’un sonnet écrit au XVII ième siècle (sur le thème de la bouche) que je me suis dit  : c’est peut être le moment de lui faire une proposition.

C’était un soir après l’atelier, au café, de façon tout à fait informelle, que je lui ai proposé de remplacer la musique par du texte et de construire un pianographique sous la forme d’un « pianolivre », à l’image de ce que pouvait faire le livre d’artiste. Il y avait pour moi là une évidence et beaucoup d’analogie entre le pianolivre et le livre d’artiste qui m’ont été plus tard confirmé par des écrits, des expositions ou par des faits liés aux pratiques artistiques de réseaux qui se rapprochent terriblement du livre d’artiste. Il est à noté que l’univers du livre d’artiste ne nous était familier ni à l’un ni à l’autre.

Ce qui soutenait l’idée, c’était une envie de développer un projet autour de la littérature numérique, de faire le lien avec la structure qui accueillait le projet (une bibliothèque où l’écrit classique à une grande importance) tout en travaillant sur la désectorisation entre les secteurs numériques et patrimoniaux. La collaboration avec l’équipe patrimoniale et l’ouverture du fonds contemporain du livre d’artiste dirigée par Evelyne Bret a été pour nous très formatrice et aussi très exaltante …

Les objectifs étaient assez simples, nous souhaitions faire connaitre davantage le livre d’artiste au grand public et ouvrir le cercle restreint des amateurs du livre d’artiste à des développements numériques possibles afin qu’il y ait des échanges et des rencontres sur des modes de création plus populaires actuellement plébiscités par le public et eux aussi fondés sur les techniques du mix-média.

Le projet de pianolivre dans sa première phase devait donc être, avant tout, un instrument grand public permettant de faire le lien (médiation) avec l’univers du livre d’artiste plus particulièrement par le biais des ateliers d’écriture adultes comme enfants. C’était l’objectif de base que nous avons concrétisé à travers la version 1. Nous avons pu démarrer fin 2007.

L’idée du nom kiibook vient d’un pied de nez. Nous souhaitions un nom retenu de tous, un peu ludique (key en anglais veut dire touche du clavier, nous avons remplacé le « ey » par deux « ii » pour paraphraser une célèbre plateforme de jeux vidéo sans fil, et book le livre). Nous avons présenté kiibook version 1 en mars 2008 à l’occasion du salon du livre d’artiste, une manifestation que Carré d’Art organise chaque année…

Quand nous sommes sur le site Kiibook actuellement, nous sommes sur la version 2. Comment s’est effectué le passage entre la version 1 et la 2 ?

La version 1 de Kiibook permettait de créer son livre d’artiste à condition que le navigateur reste ouvert. Il n’y avait pas la possibilité d’enregistrer son livre afin d’y revenir plus tard. L’idée était surtout de couvrir l’ensemble de la production du livre de la composition en ligne à son impression en allant jusqu’au façonnage. En 1 heure 1/2 on pouvait couvrir l’ensemble de la fabrication mais il faut bien reconnaitre que cela relevait de la performance. Le fait de ne pas pouvoir enregistrer son travail rebutait ceux qui souhaitaient inscrire leur création dans la durée. C’était une demande des enseignants mais aussi des élèves que de permettre l’enregistrement des données.

C’est pour cette raison qu’avec Jean Luc lamarque nous avons travaillé au développement d’une interface permettant l’ouverture et la gestion de bibliothèques personnelles. Désormais chaque auteur peut s’inscrire dans un vrai projet éditorial. Kiibook, dans sa première et deuxième édition, a été pensé davantage comme un outil de médiation aux livres d’artistes et aux arts numériques que comme un projet d’édition à part entière.

Comment avez-vous organisé les animations (les ateliers) au sein de la bibliothèque ?

L’idée de sensibiliser le grand public aux nouvelles formes de littératures numérique est omniprésente et les ateliers que nous organisons ont pour objectif de faire toucher aux publics ces nouvelles matérialités de l’écrit (objet numérique de lecture, d’écriture, de partages et de création) en utilisant les outils et les technologies actuelles. Nous souhaitions agrandir le cercle de ceux qui apprécient le livre d’artiste. Il y a des convergences de pratiques fondées notamment sur le mixed-media qui permet de toucher de nouveaux publics qui ignoraient tout de l’existance du livre d’artiste.

Nous commençons toujours nos ateliers par la découverte du fonds contemporain de livres d’artistes de la bibliothèque. Les auteurs et éditeurs les plus connus sont exposés et expliqués en guise d’introduction à l’atelier (Munari, Cox, les trois ours…etc). Cela permet de motiver les participants. L’atelier se décline ensuite en trois grandes phases : une phase d’écriture ou de sélection de texte à valoriser ; une deuxième phase qui permet de travailler la composition et la superposition entre le texte et les alphabets graphiques ; la troisième phase se décline sous deux formes : la publication d’un livre papier ou bien la création d’un ebook au format PDF que l’on peut transformer en livre à feuilleter et publier sur le blog de kiibook. (http://www.kiibook.com/blog).

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Quel est  le profil des personnes participant à l’atelier…

Je dirais qu’il n’y a pas de profil type. Pour l’instant, ce sont les enseignants, les bibliothécaires qui trouvent en kiibook un outil de médiation intéressant autour de l’écrit de la littérature et du livre d’artiste ;  sur la première version nous avons eu énormément de scolaires (9-12ans). Les graphistes et designers sont très surpris, intéressés par l’idée mais je pense que, tout comme le livre d’artiste, kiibook ne doit pas être un outil pour artiste solitaire. Or le fait de s’appuyer sur la convergence numérique fait que l’écrivain et le designer sont souvent la même personne ; sur la troisième version,  la rencontre et le dialogue entre les acteurs du livre sera au cœur du nouveau développement.

Enfin, comment avez-vous communiqué autour de ce concept : livre d’artiste et  outils sur le net ?

En terme de communication, nous avons subi la disparition de biblio.fr. En effet nous avons pu mesurer ce que la liste de diffusion nous avait apporté sur la première version c’est à dire au commencement un noyau d’une centaine d’usagers, puis sur un an un millier d’utilisateurs uniques. Pour combler ses manques nous avons du passer par les outils dits sociaux [voir la page Facebook] et je dirais que ces outils et leur capacité à promouvoir efficacement une information est un peu moins satisfaisante. Il est vrai aussi que leurs utilisations demanderaient une modération de tous les instants. Le lien, il faut l’entretenir, l’animer, l’enrichir, c’est un travail à part entière.

Nous avons choisi une autre stratégie. Nous cherchons à entrer en contact avec des collectifs ou des structures /institutions relais qui partagent les mêmes centres intérêts notamment pour la création numérique. Par exemple la sortie de kiibook a été relayé par les EPN de la région Walonnie, ce qui a permis à une professeur d’art plastique de Tarascon (Bouches du Rhône) qui faisait de la veille pour un projet de résidence d’artiste avec une soixantaine d’élèves de seconde de nous contacter pour créer un alphabet graphique sur le thème du visage. Nous sommes partis sur une collaboration qui, un jour ,pourrait déboucher sur un projet interégional.

Nous cherchons à rayonner localement autour de logiques de projets. Il y a des rapprochements  entre les différentes directions de la Ville, Culture, Education, DSI (direction des services informatiques) dans lesquelles nous pouvons nous inscrire en terme de médiation, de développement des usages et des contenus  qui viennent compléter une politique de numérisation liées aux équipements et infrastructures des écoles primaires. Nous étudierons la possibilité d’accompagner les enseignants et les équipes pédagogiques à l’utilisation de kiibook avec le CDDP du Gard avec qui nous avons passé une convention.  Potentiellement se sont l’ensemble des écoles primaires de la ville de Nîmes qui pourrait en bénéficier. C’est une logique de mutualisation que chacun est libre d’emprunter.

Les autres utilisateurs se sont les associations. Une association nîmoise ( Lire et faire Lire) souhaitent être formée (11 personnes) pour intervenir dans les écoles primaires. Nous sommes également en contact avec des associations de quartiers et des écrivains qui cette années souhaitent valoriser les écrits publics produits dans le cadre d’ateliers…

Dans la partie Le propos, vous annoncez une nouvelle évolution avec de nouvelles possibilités (cabinet de lectures …) ?

Après avoir développé l’axe de médiation et de création, nous cherchons à développer un Kiibook Edition appliqué aux nouveaux contextes de création et de diffusion des bibliothèques numériques. Nous sommes au cœur du questionnement sur les bibliothèques hybrides qui rejoignent également les interrogations sur les nouvelles matérialités de l’écrit et plus largement sur ce que les arts numériques ont mis en lumière depuis une dizaine d’années, c’est à dire la numérisation tangible des espaces et des lieux culturels et de leur interaction avec le public dans le prolongement de ce qui s’est passé sur les réseaux. Kiibook édition sera composé d’une seule et même interface Web déclinée sur trois types d’objets avec des fonctions et des usages spécifiques pour les publics :

1 – le cabinet de lecture à fragmentation : (écran fixe et/ou nomade) – Lecteurs

Il s’agit ici de concevoir un espace de lecture et de concentration adapté aux contraintes du Web et à la culture de l’écran (Fixe/Mobile). Cette interface combinera dans le même geste furetage et lecture du fragment, permettra son isolement temporaire, son examen, celui de ses liaisons, pour être enfin sélectionné et transmis à la manufacture à histoire. Il sera possible également de procéder sur cette interface à des lectures sonores de ces fragment s et à leur capture (performance possible).

Le cabinet de lecture s’appuiera sur une base de données partenaires identifiée pour sa qualité littéraire (un site, un blog, un flux). Le cabinet dans un premier temps fera court et cherchera à valoriser : lettres typographiques, mots, billets, commentaires, articles, notes, aphorismes, citations, sentences, saynètes, sonnets, textes d’atelier, tout doit pouvoir y passer et témoigner de l’écrit du vivant. A ce titre chacun pourra s’y rendre et s’y abonner dans un jeu de représentation permanent autour de l’extraction du texte où lire pourrait également à voir avec écrire.

On est donc là dans l’antichambre sympathique de la création où l’on peut choisir ses textes tout autant pour ce qu’ils signifient que pour ce qu’ils représentent, avant de les transmettre à la manufacture à histoires.

2 – La manufacture à histoires (marqueterie digitale) – Créateurs

Ici le lieu de la rencontre tel que nous le connaissons dans le KIIBOOK actuel. Un espace de confrontation et d’arrangement entre le texte et les alphabets graphiques. C’est le lieu de la fabrique et de la composition qui pourra se fera se faire, en temps réel et simultanément, sur une ou plusieurs tables interconnectées réparties sur plusieurs bibliothèques  Une fonderie où le peintre, designer, graphiste et les écrivains pourront, le plus simplement possible, composer  et échanger, en temps réel, sur place ou à distance, autour des nouvelles matérialités de l’écrit sur un livre : travailler à la création personnalisée des alphabets graphiques, à leur intégration, à la juxtaposition des fragments, à leur mise en scène, à l’imposition des pages. L’interface devra faciliter « ces têtes à têtes à plusieurs ». La manufacture à histoires sera le lieu de la manipulation partagée. Il s’agira d’améliorer l’interface, d’inventer de nouveaux outils combinatoires, de faciliter leur prise en main jusqu’à l’impression, jusqu’au façonnage physique des livres d’artistes tout en transmettant les fichiers numériques ainsi obtenus à la bibliothèque à conversation.

3 – La bibliothèque à conversation (installation/projection interactive) – Publics

Ici (une salle d’exposition) le lieu de la représentation publique des KIIBOOK. Chaque institution ou individu pourra créer sa bibliothèque pour conserver ses kiibook sur le Web, mais aussi les mettre en partage et les diffuser selon une scénographie des accès qu’il reste à inventer (hélice, cartographies culturelles, autres…similaire à ( http://incunable.nimes.fr) toujours avec Jean Luc Lamarque.

Chaque livre devra pouvoir faire l’objet d’un feuilletage virtuel utilisable sur le Web mais aussi « vidéoprojetable » à l’échelle 1, sous forme de projection interactive et immersive dans une salle d’exposition. Cette bibliothèque devra encourager le dialogue physique autour des livres, de leurs critiques, par le biais de commentaires et/ou de «comment faire» vidéos ou audios déposés par le public. C’est le lieu du retour sur création où chacun pourra rendre compte de ses propres expériences de lecture de façon la plus vivante possible.

Et le partage de cette expérience avec d’autres bibliothèques… Pouvez-vous nous en dire plus ? Une convention sera nécessaire ?

Je n’ai aucun doute sur le développement technologique d’un tel projet. La bibliothèque de Carré d’Art a ouvert plusieurs chantiers numériques « quartier et jeunesse » qui constituent aujourd’hui nos chantiers prioritaires. Nous devons veiller à ce que ce projet ne déséquilibre pas les priorités actuelles.

Nos moyens sont comptés et limités. Entreprendre le développement sur une seule bibliothèque n’est pas souhaitable et je pense qu’on aurait beaucoup a apprendre des autres projets qui ont pu être expérimenté par d’autres bibliothèques et avoir le recul nécessaire pour discuter des usages en terme d’écriture et de lecture numériques et d’interaction des public avec les nouveaux médias.

Kiibook édition doit être discuté plus largement : le positionnement juridique, un développement open source par rapport à flash et as3, quel positionnement artistique pour Jean Luc  Lamarque, la question de l’accompagnement et du développement des usages publics, la formation des bibliothécaires….

Je crois que nous devons aller au delà de la simple initiative isolée et travailler à l’interconnexion culturelle des systèmes d’information, des acteurs, des lieux par le biais de nouvelles interfaces.

Nous pouvons mettre en commun nos budgets (chacun dans la mesure des ses moyens et de ses objectifs) nos compétences et opérer à des rapprochements par des partenariats qui pourraient assurément être conventionnés.

C’est en cela que les artistes numériques et multimédias peuvent aider à dépasser le formatage lié aux usages logiciels en terme de développement, d’ergonomie, et d’organisation modèle largement imposée par l’industrie de l’informatique et du logiciel (quelques fois un peu dépassé). Les artistes numériques sont prescripteurs (en partie) de nouveaux usages qui sont ensuite récupérés et diffusés plus communément au sein de la société par l’industrie.

En ce qui concerne l’usage de Kiibook au quotidien nous l’avons voulu le plus direct possible il n’est pas nécessaire d’avoir une autorisation spéciale pour l’utiliser…

Je remercie Alexandre d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Nous lui souhaitons de continuer à développer ce beau projet. Les potentialités de cet outil sont infinies. Et vous, qu’en pensez-vous ? Et si vous essayiez de réaliser votre premier kiibook ?

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