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Pour aider la création littéraire contemporaine, rien ne sert de se lamenter contre Voledemort (Amazon), il suffit de s’abonner à Publie.net !

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Les éditions Publie.net sont à un tournant de leur existence ! Nous pouvons les aider…

« On va tout de même pas parler d’argent.  » écrit Philippe Aigrain. Mais si, en fait, il faut parler d’argent, vous pouvez vous abonner pour une année et vous faire une idée sur les livres publiés. Il écrit :

« Et bien si, je vais vous parler d’argent. Il faut d’abord que je vous dise pourquoi.

L’univers culturel à l’âge numérique, c’est un espace complexe. Il y a ce que on appelle le web, internet ou les internets. C’est à la fois un commun et le lieu du contrôle et de la surveillance contemporaine. Il y en a qui disent que ce n’est pas un commun parce qu’il ne fait pas l’objet d’une gouvernance par une communauté comme les terres à pâturages ou les forêts qu’Elinor Ostrom a étudiées. C’est à mon avis une vision restrictive et qui manque l’essentiel. Cet univers fonctionne à la fois comme un commun (et il y a des gens qui s’occupent que ça continue, dont beaucoup d’entre vous) et comme le contraire d’un commun : un lieu d’appropriation de la valeur commune par de grands acteurs économiques et des États qui l’espionnent, la pillent et orientent nos pratiques. Mais qu’est-ce que nous, nous faisons de la valeur des communs, de l’expression de chacun, de la socialité qui nous y lie ? Quand on commence à se poser cette question par exemple en ce qui concerne l’expression créative, on se rend compte que la culture numérique n’est pas un espace homogène, un grand tout fait d’atomes qui seraient les individus ou même de monades qui unifieraient le tout et les unités de base. En fait, voir le monde numérique comme un grand réservoir d’unités élémentaires d’information qu’on analyse, exploite, relie, c’est exactement la vision des acteurs du big data, où des algorithmes peuvent traiter chaque mot dans un de nos textes, chaque connexion entre nous et quelqu’un d’autre de façon à dire et faire quelque chose de nous, par exemple faire de l’un un suspect ou d’une autre une cible de publicité ciblée. Quelle est la différence entre cela et ce que nous faisons nous ? Elle tient en quelques mots : le contexte, la granularité, la singularité des individus et des groupes, l’éditorialisation. Rassurez-vous ou inquiétez vous, on va arriver au fric, mais pas tout de suite.

Le contexte, c’est ce qui fait que pour l’écriture numérique d’une personne, le lieu de cette écriture, celui où elle s’accomplit, se range, se rend publique est essentiel, que ce soit un blog, un site ou une plateforme (et dans ce dernier cas, toujours se demander qui contrôle le contexte). L’importance de ces maisons numériques, c’est une des choses que nous a appris l’ami François en explicitant des intuitions souvent vagues de chacun. Ces maisons sont le lieu de l’auto-éditorialisation, et vite il s’y crée un espace social (d’invitations, de liens, de commentaires, de recommandations). Ce contexte définit une certaine granularité : celle du lieu, on y est ou on est ailleurs, et les choses qui y sont ensemble constituent une identité. Mais si on restait dans l’immense collection des lieux des individus et de leurs liens, il manquerait quelque chose d’essentiel à la culture numérique, que je vais discuter dans le cas particulier de la création littéraire. Ce quelque chose ce sont des entités (groupes informels, collectifs comme Général Instin, revues ou associations comme remue.net ou L’air Nu, mais aussi éditeurs) qui se fixent pour but de faire vivre un certain parti éditorial en suscitant et accompagnant des pratiques créatives et en portant leurs résultats. C’est essentiel pour tout le monde numérique, comme l’a montré Julie Cohen, mais ça l’est particulièrement dans le champ culturel, cf. le séminaire « Éditorialisation » organisé par l’IRI, la revue Sens public et l’Université de Montréal.

Un espace d’éditorialisation dans ce sens là, qui vise à représenter plus que la vision propre d’un individu, à porter collectivement et mûrir un parti éditorial dans la durée, à le faire reconnaître d’un public élargi, ce n’est pas rien de le faire exister et de le faire survivre. Ces trois derniers jours, deux espaces d’éditorialisation précieux se sont fermés : la revue Terra-Eco et les éditions Derrière la salle de bains. Construire un espace d’éditorialisation propre à la littérature numérique comme publie.net tel que l’a créé François Bon en 2008 et tel que sa nouvelle équipe depuis 2014 essaye de le pérenniser et de le développer, c’est un pari insensé et nécessaire. Dans ce genre d’activité, il faut à la fois une mobilisation de l’engagement bénévole, une activité professionnelle continue et intense de quelques-uns et l’intérêt, le soutien d’une communauté élargie. Il faut des modèles commerciaux et se débattre avec un environnement économique et réglementaire qui a été sculpté par la recherche de rentes de certains acteurs peu préoccupés de création à l’âge numérique, mobiliser le soutien participatif y compris celui qui s’exprime dans les abonnements, obtenir des aides publiques. Il faut jouer fortement la carte des droits des lecteurs, qui est aussi celle des auteurs puisqu’ils risquent avant tout de ne pas atteindre leur public potentiel.

Il faut une capacité d’investissement pour explorer toutes ces nouvelles pistes. Une nouvelle offre pour les bibliothèques reposant sur la mise à disposition de fichiers, cela demande des investissements non négligeables en développement et en support humain. Exploiter les synergies entre livre papier et numérique, ce que je défends depuis dix ans face à la double opposition de ceux qui voient le numérique comme la mort de la culture et ceux qui ne comprennent pas l’importance de l’objet, cela demande d’investir dans la vente directe en complément de la diffusion classique et un travail important en direction des librairies. Il faut ces degrés de liberté essentiels qu’apporte le fait d’avoir des ressources propres. C’est là que le fric intervient. Et c’est là qu’il ne suffit pas.

phaigrain-img-gp-smallAvoir des ressources propres pour un temps donné pour compléter ses revenus, c’est pour un projet collectif une aubaine et un danger. L’aubaine ne dure pas, donc il faut en profiter rapidement mais aussi avoir une vision de l’après, d’un nouvel équilibre qu’il est toujours plus confortable de repousser dans un futur vague. Depuis 2014, on a déjà perdu du temps pour diverses raisons. J’ai la chance de pouvoir investir dans une aventure comme celle du nouveau publie.net. C’est principalement grâce au monsieur sur la photo. Il était chimiste. Son oncle aussi, qui avait mis au point un procédé de transformation du papier pour le rendre adapté au tirage de plans (les bleus on disait). Cet arrière-grand oncle avait envoyé son fils et ses neveux exploiter le procédé dans divers pays, une sorte de diaspora économique. Mon grand-père est allé en Belgique, où ma mère est née en 1924. Il y a fondé et développé une PME. Lors de nos visites à Bruxelles, ma mémoire d’enfant y a enregistré pour toujours l’odeur d’ammoniaque. Il est mort en 1960, sept ans après la photo. Il avait 68 ans, une vie de travail acharné et des milliers de paquets de gauloises vertes à son actif. Ma grand-mère a vendu sa société avant que les changements de technologies d’impression ne rendent obsolètes les procédés qu’elle exploitait. Les profits des détenteurs d’actifs financiers à partir des années 1980 ont fait le reste.

Financièrement, on peut juste dire : nous sommes encore là. Mais sur le contenu, nous pouvons en dire beaucoup plus et c’est grâce avant tout aux trois personnes qui travaillent quotidiennement au plus haut niveau de professionnalisme pour publie.net et à toute l’équipe élargie. Depuis 2014, on a fait des choses dont nous pouvons collectivement être fiers : inscrire un peu plus dans la réalité le projet d’être un éditeur équitable dont le fonctionnement implique directement les auteurs ; constituer un petit groupe de réflexion stratégique avec Marie Cosnay, Pierre Ménard, Guillaume Vissac et moi-même ; mettre en place un nouvel environnement de sélection et accompagnement éditoriaux animé par Guillaume Vissac, resserrer notre production avec le choix d’une limite à 25 titres par an et mettre en place une nouvelle lisibilité de cette production avec cinq grands domaines (littérature francophone, monde, art, essais et classiques). Élever la qualité graphique et d’impression de nos livres, grâce à l’implication infatigable de Roxane Lecomte et aux savoirs-faire que nous a transmis Gwen Català. Organiser des événements de lectures et performances qui ont mobilisé significativement notre communauté et nous ont donné de bien belles choses. Commencer à tisser des liens avec un ensemble plus étendu de libraires, grâce au travail de Pauline Briand (en plus des contrats et des relevés de droits d’auteur) et Guillaume encore. Renouer les liens avec les directeurs de collection qui étaient dans une sorte d’expectative et qui manifestent aujourd’hui un enthousiasme qui nous fait chaud au cœur. Et le plus important : les livres parus ou préparés depuis que la nouvelle organisation éditoriale est en place, dont chacun est une source de fierté collective pour notre équipe.

Ce qui reste à faire pour que publie.net soit soutenable au-delà du terme de la fin 2017 auquel je ne pourrais plus y investir qu’à un rythme très réduit est immense et concerne chacune de nos sources de revenus ou de soutiens hors exploitation : les ventes numériques, les ventes papier, les abonnements individuels, les abonnements de bibliothèques et les soutiens publics ou financements participatifs. Rien ne sera possible sans un développement important de la présence des œuvres, des auteurs et de l’équipe dans l’espace public. Bref, si vous lisez ceci, c’est dans vos mains aussi.« 

Tous les livres de Publie.net sont ici.

Et puis, il y a l’amie Sabine qui rédige des notes de lectures si vous ne savez pas quel livre choisir pour commencer : 645 livres disponibles et accessibles via votre futur abonnement…

Rien ne sert de se lamenter contre… L’époque est à la plainte, à la litanie… Il faut agir…  Aider la création contemporaine, aider les auteurs, les maisons d’éditions (numériques) d’aujourd’hui. Comment ? C’est simple : un abonnement et des heures de lectures.

Le dernier livre lu, entendu et vu ? (Une anthologie de poésie contemporaine composée et lue par ses lecteurs. Le numérique peut ainsi faciliter une autre approche des textes.

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Celui que j’attends impatiemment ? Le 11 mai… SURVEILLANCES… drôlement d’actualité…

Vous pouvez lire tous ces livres sur votre smartphone, votre pc, votre liseuse. Et puis, si vous avez envie d’avoir une édition imprimée, il y a Publie.papier

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Rien ne sert de se lamenter… mais poser un acte…

Silence

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Comment les auteurs (certains) se saisissent du Web pour renouveler notre expérience de lecture ? Présentation au Congrès de l’ABF 2013 à Lyon

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Je suis intervenu Vendredi 7 juin au Congrès de l’ABF sur l’atelier intitulé : « Comment le numérique modifie le rapport à la lecture ? Le rôle de la médiathèque, fabrique du citoyen« .

Vous trouverez ma flânerie subjective et non exhaustive ici :  Promenade dans le Web littéraire de 2013

Bonne découverte

Franck Queyraud

P.S. :

Atelier 3

Bibliothécaires de tous les pays, connaissez-vous la revue numérique D’ici là ?

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Bibliothécaires de tous les pays, connaissez-vous la revue numérique D’ici là ? Son numéro 9 vient de paraître chez Publie.net, et vous pouvez la découvrir aussi sur son site

Une belle expérience pour découvrir les possibilités de l’epub…

Franck Queyraud

 dicila9

Le neuvième numéro de la revue d’ici là est consacré à la nuit :

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure… »

Le Pont Mirabeau, Guillaume Apollinaire

Sommaire du numéro :

Présentation complète des auteurs et liens vers leurs sites sur le site de la revue

42 auteurs / 198 pages

Sommaire : 

ana nb, François Bonneau, Michel Brosseau, Daniel Cabanis, Benoît Chailleux, Claude Chambard, Christiane Cohendy, Floriane de Lassée, Caroline Diaz, Marc-Antoine Durand, Claude Favre, Marin Favre, Jean-Yves Fick, Patrick Froehlich, Rémi Froger, Xavier Galaup, Stéphane Gantelet, Maryse Hache, Paola Hivelin, Sabine Huynh, Emmanuèle Jawad, Christine Jeanney, Philippe De Jonckherre, Pierre Ménard, Juliette Mézenc, Grégory Noirot, Isabelle Pariente-Butterlin, Laurent Pernot, Cécile Portier, Franck Queyraud, James Reeve, Mathieu Rivat, Antoinette Rouvroy, Francis Royo, Anne Savelli, Joachim Séné, Aurore Soares, Jean-Pierre Suaudeau, Jérémy Taleyson, Nicolas Tardy, Éva Truffaut, Voxfazer.

Bande son : 

Voxfazer :   Nuit . Anne Savelli :  Tu n’es jamais seul/e dans la nuit . Marc-Antoine Durand & Christiane Cohendy :  Que ferais-je de moi à la nuit ?  Marin Favre (sur un poème de Jean Tardieu, interprété par le quatuor  Maria Braun  (chant : Dominique Favat, violon et percussions Marin Favre, violoncelle Olivier de Monès, percussions multiples Jean Pierlot)) :  Quand la nuit . Patrick Froehlich :  Voix organiques . François Bonneau :  Impossible à remplir . ana nb :  Est-ce la nuit à tes côtés ?  Antoinette Rouvroy :  Insomnie.

Direction artistique : Pierre Ménard

Création ePub : Gwen Catala

PUBLIE.PAPIER : le sas entre livres « papier » et epub : appel à mes collègues bibliothécaires…

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Chers collègues bibliothécaires,

je réveille ce blog pour une naissance importante et une belle solution pour les bibliothèques qui souhaitent promouvoir une maison d’édition contemporaine (mais pas que) et se lancer dans le livre numérique auprès de leurs usagers.

Bientôt, début juillet, la coopérative d’auteurs Publie.net, propulsée par François Bon innovera de nouveau et se lancera dans la POD (Print on Demand), avec l’ouverture de Publie.Papier et le partenariat du réseau Hachette Livres.

En quoi ça consiste ? Les livres numériques du site Publie.net deviendront disponibles à l’impression à la demande – une cinquantaine pour commencer sur les 573 du catalogue à ce jour – et seront accompagnés du fichier numérique en epub, téléchargeable grâce à un code. Les bibliothèques pourront ainsi constituer une double collection, papier et numérique et cerise sur le gâteau : auront le droit de télécharger (et non de le consulter en streaming !) le fichier epub du livre sur une liseuse ou une tablette, disponible ainsi pour leurs usagers. C’est une évolution qui j’espère fera des petits… rassurera les éditeurs… C’est sans doute aussi une solution pour la librairie indépendante, permettant, entre autres, une gestion différente du fonds disponible  : Ombres blanches à Toulouse se lance dans l’expérience.

Quelques remarques non-exhaustives sur la nécessité de ne plus attendre pour promouvoir le livre numérique en bibliothèques (merci de compléter dans vos commentaires) :

Le moment est venu, chers collègues bibliothécaires, de repositionner les bibliothèques comme un médiateur vital dans la chaine du livre – garant de la diversité culturelle – en ces temps numériques et démontrer aux « grands » éditeurs que le développement du livre numérique peut passer par les bibliothèques (présentes sur terre depuis environ 3 ooo ans… un peu d’humour…)

Je vous avoue que cette offre Publie.papier me ravit  notamment pour la constitution de collections de livres numériques permettant aux bibliothèques de conserver sur leurs serveurs, les fichiers numériques des livres acquis. Je suis un peu revenu du mirage de l’accès dans le grand nuage.  Je ne pense pas que la conservation du savoir et des connaissances doit être assurée par des sociétés privées tentaculaires, hégémoniques et partiales (Vous voyez de qui je parle !). Les bibliothèques publiques sont des organismes neutres et pérennes garantissant un accès et une mémoire sur le long terme. Je sais que je ne vais pas plaire à tout le monde en parlant de collections de livres numériques mais je ne crois plus au miraculeux nuage où tout serait disponible. Désolé.

Pour mémoire, actuellement, les diffuseurs de livres numériques pour les bibliothèques ne proposent que la lecture en streaming sur écran ou sur tablettes tactiles par crainte du piratage des fichiers (Sauf L’Harmattan et Numilog). On peut comprendre. Certes il n’y a pas de DRM mais quid de la souplesse d’utilisation ! Je veux pouvoir bénéficier des avantages de l’epub même si je ne suis pas connecté ! Selon la qualité de la liseuse en ligne, on perd parfois les meilleures caractéristiques du livre disponibles en téléchargement.

Pensons à nos lecteurs : ceux-ci n’ont pas tous, les moyens financiers  suffisants pour investir dans de coûteuses et éphémères tablettes tactiles ou de moins coûteuses mais tout aussi éphémères liseuses à encre électronique. Il est bon de rappeler que la bibliothèque permet aussi à nos publics les moins fortunés d’accéder aux ressources du savoir. Evidence qui ne l’est plus. Pour les autres lecteurs, on peut comprendre également leur hésitation : quel matériel choisir est une récurrente question que nous posent nos usagers !

Il est temps, chers collègues bibliothécaires, de se lancer dans des expérimentations en créant des espaces de découverte de la lecture numérique comme le NUMERILAB qui vient d’ouvrir à la Médiathèqe de Saint-Raphaël au sein du réseau MEDIATEM ou encore l’expérience Tab en Bib en Midi-Pyrénées… Allez voir… Il faut dépasser la phase « gadget technologique » pour nous recentrer sur nos sujets de prédilection : le développement de la lecture publique (qui est numérique aussi dorénavant), de la musique numérique (music me dans le Haut-Rhin) et de la VOD. Bref, continuer à assumer nos missions ancestrales : préserver la diversité d’accès à tous les types de ressources et de savoir.

Lire en streaming nécessite une connexion à Internet (coûteuse). Le téléchargement de livres numériques sur tablettes ou liseuses permet une lecture sans connexion. D’autre part, allez-vous sérieusement lire A la recherche du temps perdu sur l’écran de votre pc, mac ou autres portables ? Pour lire, de la littérature ou même d’indigestes rapports administratifs (pléonasme), nous avons besoin d’un certain confort. Et c’est peut-être cela que les lecteurs sceptiques envers la lecture numérique reprochent à la lecture sur écran ou sur de lourdes tablettes. Les livres ont cette faculté particulière : vous pouvez faire le poirier avec si vous le souhaitez (peut-être pas avec l’Universalis ! ), ou vous affaler partout : du canapé au pré proche de la rivière (Oh c’est beau !). La lecture nécessite une position confortable du corps.

Enfin, je deviens de plus en plus un adepte des liseuses électroniques qui sont des outils spécifiquement dédiés à la lecture. Je pense que proposer une offre de livres numériques sur un portail de bibliothèque ne suffit pas. Il faut accompagner, faire de la médiation vers ces nouveaux outils, démontrer que ce ne sont pas de jolis joujous technologiques mais de formidables petits appareils permettant d’annoter, rechercher et puis, lire aussi, et transporter facilement sa bibliothèque dans sa poche. La médiation peut passer par des animations avec les liseuses (lectures à haute voix), un renouvellement de notre antique club de lecture, la création de concours de lectures numériques avec ateliers d’écritures numériques, que sais-je encore ?

Les tablettes tactiles permettent la connexion à Internet pour faire de la lecture numérique mais aussi tout autre chose : lire son courrier, participer à un réseau social, jouer, découvrir des applications, se laisser distraire par des vidéos, ou les tweets humoristiques de vos amis. Notre attention est sans cesse mise à l’épreuve. Les expériences en cours (Numerilab et Tab en Bib) permettront de dire aussi les usages de nos publics. Vont-ils se servir des tablettes comme de simples accès à Internet, les tablettes remplaceront-elles les désormais vieux postes d’accès de l’espace multimédia ? 😉

Voilà quelques remarques d’un praticien… ne prétendant pas à l’exhaustivité… nous sommes dans une période de mutation très perturbante car elle nécessitera une reformulation totale de l’offre de formation continue de nos métiers, et une réorganisation de nos espaces, de nos services et de notre management d’équipe.

Je salue donc ce magnifique travail proposé avec ce PUBLIE. PAPIER. Et ce qui est toujours intéressant avec cette équipe là, c’est que vous pouvez suivre la naissance de ce nouveau projet, régulilèrement, en suivant le journal de bord.

A vous de jouer maintenant… C’est simple ou presque…

Franck Queyraud

« Paradoxalement, en rompant avec l’idée de médiation et en revenant à l’idée même d’une constitution – mais affirmée telle – de la bibliothèque, numérique inclus, la lecture publique rehausse et réactualise ses métiers. » (François Bon, 2011)

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Le texte qui suit est la préface de François Bon au livre numérique de Lorenzo Soccavo, De la bibliothèque à la bibliosphère : les impacts des livres numériques sur les bibliothèques et leur évolution publié dans la nouvelle collection comprendre le livre numérique par un éditeur 100 % numérique : numerik:)ivres. On peut le commander sur le site immateriel.fr pour la somme faramineuse de 1,99 € en formats epub ou pdf. Un blog éponyme est associé à cette collection. L’ambition de celle-ci ?  » Dépassé le débat qui consiste à opposer le livre papier au livre numérique, voire prophétiser la mort du livre papier? Assurément. Et celles et ceux qui l’alimentent ou qui s’y complaisent ne se rendent peut-être pas compte à quel point, cela est, in fine, nuisible à la lecture tout simplement. Car l’enjeu est bel et bien là : papier ou numérique, les lecteurs seront-ils au rendez-vous ? « 

Préface :

Dans nos petites machines de poche, on n’emporte plus un livre, mais une bibliothèque. Et cette bibliothèque, nous la constituons nous-mêmes non plus dans l’idée de préserver ou sauvegarder, nous savons que la bibliothèque universelle est partout et en tout temps disponible : elle est l’histoire et la trace de nos recherches, nos désirs, et l’arbitraire de nos découvertes.

Alors le lieu qui incarnait collectivement la collection des livres, et leur survie dans le temps, l’histoire de leur genèse, la bonne santé de leur préservation, et la possibilité qu’on y ait accès, se réinvente dans une mutation aussi violente et riche que celle qui affecte l’objet même qui, depuis si longtemps, le fonde : le livre.

« Comprendre le livre numérique », c’est un intitulé fort : parce qu’il n’oppose pas la forme neuve (le numérique), à la forme héritée (le livre), parce qu’il y a ce verbe qui se veut prendre avec, non pas simplement le mode d’emploi, mais comment nous nous approprions l’objet neuf.

Et donc, que ce qui change, c’est lire. Ici le verbe central, ici le déport des usages.

C’est en cela que le travail ici présenté de Lorenzo Soccavo est neuf et remarquable. Tous les acteurs du livre numérique, dans son histoire récente, ont une dette à celui qui en fut un des premiers veilleurs – du point de vue de l’édition et de la publication autant que des supports et matériels – et un des premiers protagonistes, avec son livre Gutenberg 2.0. Prospectiviste du livre, que Lorenzo Soccavo, pour cette première intervention, se soit intéressé aux usages nés de la bibliothèque, est en soi un indicateur déterminant : avec le numérique, la lecture publique voit sa tâche démultipliée, et ses métiers réinventés. Et cela concerne aussi bien l’objet lui-même, là où s’assemblent dans des fichiers le texte, ses métadonnées, ses éléments complémentaires, que la façon dont on l’archive, le documente, en autorise l’accès – même à qui ne sait pas l’avoir sur sa route –, que cela concerne la sollicitation de l’usager, sa façon de le faire surgir sur son lieu numérique précis de lecture, et d’en initier les usages connexes, partage, recommandation, ou même simplement petite phrase recopiée et annotation privée, tant il s’agit avant tout de ce que nous devons depuis toujours à la lecture, en tant que découverte de soi-même, et de notre relation à l’autre par le langage.

On comprend, dans l’étendue et la profondeur de cette mutation, que les résistances soient proportionnelles : imaginer une bibliothèque sans livres ? Et pourquoi pas… C’est bien pour cela, que la mutation ne soit pas renoncement, mais réinvention, qu’il nous faut comprendre le livre numérique.

L’horreur, la bibliothèque sans livres ? Ou bien l’an passé, venant régulièrement à la bibliothèque Gabrielle-Roy (plaisir à écrire le nom de cette immense écrivain) de Québec, toute proche de mon domicile, et ouverte jusqu’au soir vingt-et-une heures ainsi que le dimanche, le réflexe de compter, sur les tables et les fauteuils, combien occupés à leurs ordinateurs, et combien avec livres ou magazines et journaux papier. L’ordinateur l’emportait toujours, et sans compter pourtant les postes fixes mis à disposition par l’établissement même. Constat renouvelé dans les bibliothèques universitaires où j’interviens cette année, Angers qui ouvre jusqu’à 22h30, en plein centreville, et Sciences Po Paris.

Constat complexe : on vient donc à la bibliothèque pour lire, travailler, orditer (nous n’avons pas encore inventé de mots pour ce temps passé à l’ordinateur, qui n’est ni réellement ni travail, ni simple loisir). Y a-t-il cependant une justification à ce qu’une ville mobilise moyens humains et techniques (locaux, serveurs, fauteuils) pour un temps partagé et social, mais qu’on ferait aussi bien à son domicile ?

Je n’ai pas la réponse. Mais l’activité intellectuelle, celle qu’on mène nécessairement avec un ordinateur, est une activité sociale, quand bien même cette socialisation (transmettre des photographies de famille) resterait privée ou bien (« faire une recherche », disent les collégiens et lycéens) purement fonctionnelle. Le temps ordinateur n’est pas forcément un temps solitaire (me régale à ces photos volées du travail en groupe sur écran), mais dans une société qui nous contraint massivement à l’individuation à outrance de nos activités, disposer de lieux qui les resocialisent peut effectivement s’inclure dans l’alphabet citoyen de la ville. En tout cas, là où on le fait, ça marche (et n’évacue pas la liste des problèmes qu’on peut se poser du côté des bibliothèques : les écrans des postes fournis face au mur pour que la personne chargée de la surveillance des salles voie à quoi vous vous occupez, anonymat et critères d’accès à la connexion, temps maximum et rotation, services en ligne, notamment pour ceux qui en sont démunis, aide aux CV et recherche d’emploi, etc.).

On comprend alors la réticence de fait, pour les bibliothèques, à proposer des services d’accès à distance. Londres est une ville gigantesque, et compte une vaste communauté francophone : la sélection de ressources numériques culturelles de l’Institut de France, comment ne pas en proposer l’accès à ses propres abonnés, s’ils ont une heure de transport physique pour venir à la médiathèque ? Seulement, à ce que j’en sais, l’Institut français de Londres est le seul à proposer ce service parmi ses quatre-vingts confrères, quand il ne s’agit techniquement que de régler un « proxy ». C’est affaire aussi de contenus : la bibliothèque de Sciences Po me propose l’accès à 15 000 revues en ligne. Mais que je clique sur « littérature », et je ne verrai surgir qu’une dizaine de liens, dont un seul en français (les Études balzaciennes) : non, mais imaginez l’équivalent pour l’astrophysique, la chirurgie du cerveau ou le droit international… N’empêche : à proposer l’accès à distance, la bibliothèque risque donc de vider ses salles, ou va-t-elle paradoxalement – en réimposant dans un contexte neuf son rôle citoyen –, les remplir d’une façon différente ? Et, d’un point de vue sociologique ou citoyen, là où les bibliothèques de comité d’entreprise (il y en a quelques survivantes, mais les livres les plus demandés sont ceux qui concernent le jardinage, les travaux à la maison, les bandes dessinées, les best-sellers) sont bien empêchées devant ces nouvelles formes individuées du travail, ce ne serait pas un enjeu essentiel que proposer ce lien à ceux qui ici partagent le territoire ? Quelle révélation quand, à la médiathèque de Bagnolet, au bord tout proche de Paris, nous avons ouvert il y a deux ans un atelier blog tout public…

Seulement voilà : il faut entrer dans une logique de risque. Avec pour les bibliothèques, tout aussi immédiatement, la surface immergée de ce risque, très clairement défini : à porter sur l’écran les contenus culturels qui sont le coeur de mission, mais qui supposaient jusque-là un objet physique de repérage et d’échange – le livre (ou les autres propositions matérielles de la médiathèque : le disque, le film, l’affiche, le jeu ou le jouet éventuellement, l’oeuvre d’art aussi). La lecture dématérialisée (passons sur le mot, nous qui avons à gérer les accès, fichiers ressources ou métadonnées savons bien qu’il s’agit d’objets tout aussi précis et matériels), que perd-elle par rapport au contact physique avec le livre ? Lit-on aussi avec l’épaisseur, la fixité des blancs, se constitue-t-on son repérage mental des siècles et des oeuvres sans repérage spatial dans un lieu pensé classé ? Nous sommes – ceux de ma génération – évidemment entièrement issus de ce support : l’imaginaire, le rêve, le rapport au monde sensible (mais hors de notre perception), nous l’avons constitué par le livre, au détriment même d’outils bien plus ancestraux, mais délaissés (le conte, l’oralité, la légende populaire, celle qui s’inscrivait dans la pierre même au temps des cathédrales), ou bien dans l’asynchronie provisoire d’outils existants, mais qui n’avaient pas encore fait corps avec l’écrit : ainsi, probablement, l’évolution d’une génération à l’autre de la capacité à mémoriser des images, quantitativement et sélectivement, ou bien l’acception de la documentation filmée comme partie intégrante de notre rapport au réel. Pour ma part, je savais lire lorsqu’à neuf ans, pour la première fois – en pleine guerre d’Algérie finissante et avant l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, j’ai vu la télévision.

On lit plein d’études sur ce qui se perdrait ou se disperserait de la lecture sur écran multi-tâches, ou bien sur la mémorisation d’une page vue numériquement : mais, la plupart du temps, ces études se propagent via des PDF réalisés par leurs auteurs au détriment de toute pensée ergonomique de la page lue. Le mot lecture me paraît même en tant que tel insuffisant pour les processus liés à l’enfance, dans le rapport triple à l’image, à l’histoire, et au temps (le conte oral savait articuler les trois). Des années, j’ai vu chez moi des livres de Claude Ponti traîner par terre, et d’autres l’ont constaté : lire Ponti, pour un enfant, inclut de s’asseoir dessus lorsqu’il joue après le livre. Je ne m’assieds pas sur mes Beckett : mais, que je lève le nez (et j’ai pourtant tout Beckett numérisé dans mon ordinateur, usage privé seulement bien sûr !), ils sont de champ sur mes étagères. Le rapport à l’objet livre dépasse la question de la lecture pour en faire un lieu symbolique, et le repère d’une fixation très complexe.

Bien évidemment, il ne s’est jamais trouvé personne pour vouloir rompre ce processus : le web, là où il est riche, associe la médiation des supports qui lui pré-existent ou lui co-existent, en même temps que – oui, résolument oui – l’enjeu pour nous est d’investir les usages neufs, y compris ceux du plus jeune enfant (qui sait en général avant ses parents cliquer sur la petite icône minuscule pour qu’une vidéo passe grand écran), pour y recréer (au sens fort, d’invention, et pas simplement de portage), ce qui constitue une tâche bien plus vieille que nous-mêmes, en termes de transmission, et – là encore – privilège du risque. À qui appartient René Char ? Et comment conduire à l’inconnu et l’éveil sans René Char (Comment avancer sans inconnu devant soi ?) ?

Les bibliothèques sont formées de longtemps à manipuler ces complexités : de longtemps, ce ne sont plus des lieux de gestion de contenus, mais bien sûr des lieux de propagation raisonnée de contenus. L’éveil, la curiosité, sont de plus antinomiques de la culture marchande, qui dispose d’outils de masse bien plus lourds. L’atelier d’écriture, la résidence d’auteur, les soirées lecture (pas de mot spécifique pour désigner l’invitation faite à un auteur de venir lire en bibliothèque !) en font évidemment partie, et c’est même peut-être un nouveau pacte.

Alors, comment transférer cette pratique toute simple, une poignée de livres regroupés selon un thème qui fasse sens, résonne ou décale, sur le chemin des visiteurs – autrement que par une triste étiquette « coup de coeur », quand ce dont on dispose c’est seulement d’un écran ? Mais écran qui peut être multiplié par huit cents (BPI, à Beaubourg), ou bien même, dans une fac, le simple petit écran d’accueil appelant l’étudiant à inscrire son adresse mail, sur son ordinateur portable, pour accéder aux ressources en ligne, comment s’en saisir pour accomplir la mission citoyenne qui justfie l’établissement ?

La profusion est évidemment massive, réjouissons-nous que ce simple fait revalide vers le haut les métiers de proximité, accueil, orientation, formation qui sont le lien direct du bibliothécaire à l’usager. On peut aller lire sur Gallica les corrections autographes de Baudelaire sur sa propre édition originale des Fleurs du Mal : mais qui y amènera discrètement celui qui, selon les dures lois de la sérendipité, ne sait pas à l’avance l’intérêt de la rencontre, et qui aidera à déchiffrer un document certes relevant de l’imprimé, mais dans une distance radicale à nos habitudes de lecture : toujours se souvenir que le livre de poche, et notamment pour la poésie, est probablement l’objet le plus complexe qu’aura su bâtir, à son plus haut, l’édition imprimée.

Temps de profusion, mais dernière idée : en elle-même, la profusion ne conduit pas à ravaler le bibliothécaire à la tâche de médiation – l’urgence de s’atteler à cette médiation des ressources numériques tend à occulter qu’elle n’est qu’un chaînon peut-être mineur. Le lieu matériel de la profusion, suivre l’actualité quotidienne des négociations des grands établissements avec Google, reste la bibliothèque – et non pas une bibliothèque centralisée (comme ce qu’induisait l’idée du « dépôt légal »), mais la mise en réseau progressivement effective (et loin d’être finalisée) de l’ensemble des établissements gestionnaires de leurs ressources spécialisées. L’idée de lecture publique est d’autant plus rehaussée dans cette idée d’une profusion reléguant la sphère marchande, d’une interface obligatoire qu’elle était, à un des éléments parmi d’autres du bassin actif de ce que nous considérons par lecture. Chacun peut évidemment, depuis chez soi, et en seul clic d’une facilité déconcertante, recevoir sur sa tablette ou sa liseuse un livre numérique vendu par Amazon, iBook Store ou les autres, y compris désormais de nombreux libraires indépendants, qui savent organiser sur leur écran d’accueil tables thématiques et suggestions. Mais, avec l’accès à distance, la bibliothèque réinstaure à l’échelle de ses usagers, université ou ville ou territoire, la possibilité citoyenne de l’organisation de ces ressources : pas seulement la médiation d’un amas non défini et indéfiniment extensible de ressources, mais la constitution même de la bibliothèque qui rassemble en ce lieu physique ou virtuel ces usagers définis.

« Je vous supplie, pour signal de mon affection envers vous, vouloir estre successeur de ma bibliotheque et de mes livres que je vous donne », écrit La Boétie à Montaigne. Paradoxalement, en rompant avec l’idée de médiation et en revenant à l’idée même d’une constitution – mais affirmée telle – de la bibliothèque, numérique inclus, la lecture publique rehausse et réactualise ses métiers. Et peut pleinement, avec et hors du livre, justifier de sa fonction citoyenne et sociale, ce qui nous fait qu’on se sent parfaitement bien, à la bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec ou à celle de Bagnolet et tant d’autres, à venir pour deux heures s’installer avec son ordinateur portable non pas pour les livres qui nous y environnent, mais pour le faire ensemble et ce à quoi tous ensemble on travaille, qui passe par lire.

François Bon.

De nombreuses bibliothèques sont abonnées à www.publie.net, littérature contemporaine numérique, fondé par François Bon. Texte publié sous licence Creative Commons.

En espérant que la mise en valeur de cette préface vous conduise à télécharger le livre de Lorenzo Soccavo. Pas de commentaires supplémentaires à ce texte sauf les phrases ou mots soulignés par une mise en gras qui sont autant de pistes de réflexion qui bouleversent parfois quelques idées qui semblaient évidentes mais ne le sont plus à la fin de la lecture.

Enfin, je vous encourage à télécharger le dernier livre de François Bon : Après le livre et vous abonner au site publie.net qui propose de belles pistes sur la littérature d’aujourd’hui, une collection noire Mauvais genres, des textes du patrimoine ou bien encore une revue numérique de création : D’ici là

Silence… je lis…

Rester en mouvement : une lecture de « l’alternative nomade : sortir du consumérisme avec joie » de Thierry Crouzet (Publie.net, 2010)

Publié le Mis à jour le

Cette critique est originellement parue pour  le numéro 6 de 2010 du Bulletion des Bibliothèques de France. Pour info, le BBF est désormais lisible – expérimentalement pour l’instant – en mode feuilletage (utilisation du site Issuu)  pour ce dernier numéro.

Rester en mouvement

On lit, en exergue de ce livre « numérique », accessible sur le site publie.net   : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » Le célèbre fragment d’Héraclite illustre à merveille le principe des livres de Thierry Crouzet : celui d’un texte en perpétuel mouvement. La recension qui suit est celle de la version 3.5, intégrant les remarques faites par les lecteurs des versions précédentes et suscitées par l’auteur sur son blog « Le peuple des connecteurs  ».

L’alternative nomade, sous-titrée lors de sa première version « sortir du consumérisme avec joie », est dorénavant sous-titrée dans la nouvelle version « vers la complexité numérique ». Le texte né sur les réseaux a dorénavant une version papier (chez lulu.com) . Mais laquelle, de version ? Car, entre-temps, L’alternative nomade nouvelle version s’est divisée en deux sur le principe cellulaire pour donner un second opus : Propulseurs dans le flux. Sans le savoir, Thierry Crouzet ne nous facilite pas la tâche pour renseigner la zone 2 de l’ISBD ou le champ 205 d’Unimarc ! 😀 Mais ce n’est qu’une obsession de bibliothécaire ! 😀

Résumons : je possède donc trois versions : celle de publie.net (en tant qu’abonné) version 3.5 puis j’ai acquis la version iphone Propulseurs dans le flux, lu grâce à l’appli Stanza et enfin, acheté la version papier chez lulu.com (11 €, impression à la demande). Je vous rassure : j’ai eu trois lectures successives ; dans des lieux et sur des supports différents (maison et écran ; mobile et liseuse pour l’extérieur le plus souvent : le train, chez le médecin, bord de piscine 😉 ; enfin support papier pour partout…) (Ce paragraphe est un ajout à la version publiée dans le BBF… c’est ma version augmentée ! 😉 )

Vous avez dû mal à suivre ? Normal, le livre que vous vous devez de lire, chers collègues, évoque la révolution de l’écrit et de la transmission de la parole depuis l’invention du web et de ce que tout cela change pour tous en général et pour nos métiers en particulier.

À la fois projet politique individuel et libertaire et méthode de vie, cette alternative nomade nous propose – avec une grande force de conviction – de nous arracher au néant matérialiste et consumériste actuel pour inventer un nouveau nomadisme en voyageant dans l’écosystème de cette nouvelle terra incognita qu’est le Flux : « Cet espace autant informationnel qu’émotionnel où nous nous lions et nous relions constamment. » Le Flux a toujours existé : jadis, avec les différents supports de transmission de la culture ; aujourd’hui, grâce au web.

Une nouvelle économie du lien

Thierry Crouzet analyse autant les aspects positifs de ce que le web peut avoir de meilleur pour partager – il préfère le terme « propulser » – des informations (sur blogs, micro-blogging, réseaux sociaux) et conteste par ailleurs le pouvoir de certains (YouTube, Dailymotion, Google…) qui utilisent cyniquement cette envie de partage des individus pour mieux les contraindre à leurs services. L’alternative, ici, consiste à intégrer le mode nomade dans nos têtes : ne pas nécessairement nous fixer ad vitam aeternam sur un outil qui souhaite nous lier définitivement à lui en connaissant tout de nos intimités. Il convient alors de faire interagir nos paroles, nos passions et nos actes, grâce à une foule d’intermédiaires nouveaux : « Le Flux pulse constamment nos interactions. » Résistance et alternative sont les deux mots phares et joyeux de ce livre.

Vers des bibliothécaires propulseurs ?

Résumons rapidement, s’il est possible de résumer ce livre touffu où l’on rencontre allégrement : Bruce Chatwin et les aborigènes du Chant des pistes, Teilhard de Chardin et sa noosphère, le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi et ses expériences optimales, ou encore Tim Berners-Lee, l’inventeur du web avec Robert Cailliau. Avant le web, le contenu était « consommé » dans des lieux dédiés : librairies, kiosques de journaux, télévision, musée, théâtre ou… bibliothèques, créé par des figures reconnues (écrivains, musiciens, journalistes…) et mis en valeur par des professionnels bien identifiés (bibliothécaires, par exemple).

Avec le web, la profusion des contenus règne et perturbe nos modes d’appropriation et de consommation du savoir. L’information est devenue un fluide qui s’écoule perpétuellement. Horreur ! Réjouissons-nous, nous dit Thierry Crouzet. Aux traditionnels professionnels de la recommandation se sont ajoutés les propulseurs ! Qui sont ces propulseurs ? NOUS ! Qui propageons vers nos « amis » – via les réseaux sociaux mais pas seulement – des informations que nous trouvons importantes. Une nouvelle variante du bouche à oreille (le buzz ?) qui se moque parfois des traditionnels médiateurs. Lors de la révolte iranienne de juin 2009, Twitter, le site de micro-blogging, a relayé les messages des opposants au régime iranien en l’absence – forcée – des journalistes. Une véritable économie des liens dans toutes ses acceptions – pas seulement hypertextes – est née. Nous sommes passés de l’ère de la rareté de l’information à l’âge de l’Abondance.

L’auteur va parfois un peu loin : il considère dorénavant inutile de différencier, par exemple, le producteur d’information de celui qui propulse. Le propulseur est autant l’auteur d’un contenu que celui qui en parle ou le commente.

N’empêche, la lecture de cette alternative nomade, si elle est parfois déstabilisante pour nos professions, est souvent très enthousiasmante. Sûr que vous partirez rapidement en quête du Chant des pistes de Chatwin pour le lire ou le relire. Rien que pour cela, l’alternative nomade aura réussi son pari : celui de propulser autrement !

 FQ


« Le bibliothécaire est un peu le forestier du livre » Alain Pierrot et Jean Sarzana, 2010

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« D’ordinaire, en regardant bien le circuit du livre, on peut apercevoir le bibliothécaire au fond du corridor. Il est presque toujours cité le dernier, on sait qu’il est incontournable, mais comme il ne participe pas du marché – c’est un agent public, il conserve et il prête, il achète si peu – il n’est jamais au coeur des discussions d’actualité sur la marche du monde. Pourtant, il occupe une place à part dans la saga du livre – il est né avec lui, bien avant le codex, bien avant l’édition – et il a puisamment marqué son histoire. S’il ne vit pas au rythme incertain du marché, il accompagne la vie du livre sur la longue durée et sait prendre la mesure du fonds et de sa densité. A côté de sa mission patrimoniale de conservation, sa fonction le requiert d’assurer l’observation permanente et suivie des ouvrages. Le bibliothécaire est un peu le forestier du livre, il vit et raisonne à long terme et dans les deux sens, il se voit comme le dernier rempart. On a le sentiment qu’une muraille de Chine sépare éditeurs et bibliothécaires. Ils gagneraient à la changer pour un paravent japonais. » (page 26)

Comment ne pas être fasciné à la pensée d’être contemporain d’une de ces très rares mutations essentielles de l’écrit, aussi violente et profonde que celle du passage du rouleau au codex, avec son lot d’imprédictible ? écrit François Bon dans sa présentation du livre  Impressions numériques d’Alain Pierrot et Jean Sarzana, publié sur la coopérative d’auteurs : Publie.net. Allez, soyons un peu polémiques : on est fatigué de ces discours à la gloire seulement de l’argent et de l’industrie. C’est de civilisation qu’il s’agit. Et d’un paradoxe qui rend l’affaire complexe : il y a beau temps que le livre traditionnel est déjà affaire numérique, de bout en bout. Et dans le bouleversement actuel, les lignes de force et de partage rejouent des conflits culturels qui n’ont rien à voir avec la seule question du numérique.

Un livre magistral et indispensable à lire aujourd’hui (à télécharger pour 5,99 € sur publie.net ou sur epagine.fr) pour sortir des débats un peu stérile sur le support ou la numérisation du livre à l’identique tellement rassurante pour les personnes de l’ancien monde … Ceux qui veulent mettre des péages  et des applis de smartphones partout pour mieux contrôler le flux de paroles et d’actes, nés sur cette utopie dérangeante qu’est le web.

Les deux auteurs définissent et synthétisent les concepts et les problématiques, expliquent lucidement le rôle de catalyseur de Google et donnent beaucoup de pistes afin d’éclaircir l’horizon de la mutation en cours qui nécessitera la participation de tous les acteurs du livre. Craignant que « la bibliothèque ou la médiathèque perde son caractère lieu de vie qu’elle avait souvent réussi à créer », ils proposent :  » cet écueil peut être évité si les bibliothèques acceptent de jouer le rôle de pédagogue des nouvelles formes de lecture. » (p. 53)

Les premières expériences de prêt de livres numériques (chronodégradables sur plateforme reliée au site de la bibliothèque ou sélectionnés sur des liseuses empruntables) sont déjà en route dans quelques bibliothèques françaises. C’est un signe positif. Ouvrons les yeux et…

Propulsons…

Ajout du 1er novembre : le billet Bibliothéquer de Lambert Savigneux…qui écrit :

« Le livre et le bibliothécaire, il faudrait qu’il soit un pulsar à la marge du monde contemporain en son milieu et de tous cotés, qu’il propulse et ne soit pas juste un filtre au travers duquel le monde et ses livres passe, il y a tant de livres qui sont des bribes, des condensés de vie et qui dorment et parfois ne poussent pas leur premier cri, alors de passeur le bibliothécaire serait aussi observateur et son désir permettrait à des livres d’exister, pas uniquement les gros arbres de la forêt ni les mauvaises herbes mais les bosquets et les plantes fragiles des recoins et des clairières ; certains livres sont errants et d’autres poussent en rond, cachés ou protégés ils trouvent d’autres façons d’exister (festivals, circuits parallèles, internet etc,)mais la forêt est traversée de multiples flux, au détours on se trouve nez à nez avec des biches, un ours dort (hibernerait mais peut être repose) sous un amas de livres “morts” ou une congère inutile, leurre qui serait l’habitat de l’ours, des ruisseaux la traverse, des glaneurs-chasseurs, des amoureux la pénètrent interagissent, agissent le fou tout comme le forestier, » (la suite sur son blog)

Et la fin de son billet me ravit :

« Les livres pourraient être comme les fils d’un grand tapis qui relieraient les endroits de laine, les rêves d’écorce et les pensées végétales, les trous du ciel et les mottes de terre sur lesquels l’humain circule et glane- je dis qu’il faut mettre en doute le monde – la bibliothèque doit être ce lieu – et les enfants y viennent pour cette raison même et son contraire – car la curiosité pousse à connaitre, imaginer aussi bien le dedans que le dehors ; cet endroit ou des forces vives de création se manifestent – il faut pousser des ses bras ces reliures qui cachent les ouragans, l’esprit souffle n’importe où et l’homme sait qu’il doit rassembler ce que lui peut assembler – le bibliothécaire – nom de mammouth de Lascaux – n’est plus uniquement être de conservation mais d’agitation … « 

Bonne lecture,

Silence (et Lam)

En son temps, Alain Pierrot avait eu la gentillesse de me confier  les prémisses de ce texte sur La mémoire de Silence. Pour mémoire… et clin d’oeil amical.