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Rester en mouvement : une lecture de « l’alternative nomade : sortir du consumérisme avec joie » de Thierry Crouzet (Publie.net, 2010)

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Cette critique est originellement parue pour  le numéro 6 de 2010 du Bulletion des Bibliothèques de France. Pour info, le BBF est désormais lisible – expérimentalement pour l’instant – en mode feuilletage (utilisation du site Issuu)  pour ce dernier numéro.

Rester en mouvement

On lit, en exergue de ce livre « numérique », accessible sur le site publie.net   : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » Le célèbre fragment d’Héraclite illustre à merveille le principe des livres de Thierry Crouzet : celui d’un texte en perpétuel mouvement. La recension qui suit est celle de la version 3.5, intégrant les remarques faites par les lecteurs des versions précédentes et suscitées par l’auteur sur son blog « Le peuple des connecteurs  ».

L’alternative nomade, sous-titrée lors de sa première version « sortir du consumérisme avec joie », est dorénavant sous-titrée dans la nouvelle version « vers la complexité numérique ». Le texte né sur les réseaux a dorénavant une version papier (chez lulu.com) . Mais laquelle, de version ? Car, entre-temps, L’alternative nomade nouvelle version s’est divisée en deux sur le principe cellulaire pour donner un second opus : Propulseurs dans le flux. Sans le savoir, Thierry Crouzet ne nous facilite pas la tâche pour renseigner la zone 2 de l’ISBD ou le champ 205 d’Unimarc ! 😀 Mais ce n’est qu’une obsession de bibliothécaire ! 😀

Résumons : je possède donc trois versions : celle de publie.net (en tant qu’abonné) version 3.5 puis j’ai acquis la version iphone Propulseurs dans le flux, lu grâce à l’appli Stanza et enfin, acheté la version papier chez lulu.com (11 €, impression à la demande). Je vous rassure : j’ai eu trois lectures successives ; dans des lieux et sur des supports différents (maison et écran ; mobile et liseuse pour l’extérieur le plus souvent : le train, chez le médecin, bord de piscine 😉 ; enfin support papier pour partout…) (Ce paragraphe est un ajout à la version publiée dans le BBF… c’est ma version augmentée ! 😉 )

Vous avez dû mal à suivre ? Normal, le livre que vous vous devez de lire, chers collègues, évoque la révolution de l’écrit et de la transmission de la parole depuis l’invention du web et de ce que tout cela change pour tous en général et pour nos métiers en particulier.

À la fois projet politique individuel et libertaire et méthode de vie, cette alternative nomade nous propose – avec une grande force de conviction – de nous arracher au néant matérialiste et consumériste actuel pour inventer un nouveau nomadisme en voyageant dans l’écosystème de cette nouvelle terra incognita qu’est le Flux : « Cet espace autant informationnel qu’émotionnel où nous nous lions et nous relions constamment. » Le Flux a toujours existé : jadis, avec les différents supports de transmission de la culture ; aujourd’hui, grâce au web.

Une nouvelle économie du lien

Thierry Crouzet analyse autant les aspects positifs de ce que le web peut avoir de meilleur pour partager – il préfère le terme « propulser » – des informations (sur blogs, micro-blogging, réseaux sociaux) et conteste par ailleurs le pouvoir de certains (YouTube, Dailymotion, Google…) qui utilisent cyniquement cette envie de partage des individus pour mieux les contraindre à leurs services. L’alternative, ici, consiste à intégrer le mode nomade dans nos têtes : ne pas nécessairement nous fixer ad vitam aeternam sur un outil qui souhaite nous lier définitivement à lui en connaissant tout de nos intimités. Il convient alors de faire interagir nos paroles, nos passions et nos actes, grâce à une foule d’intermédiaires nouveaux : « Le Flux pulse constamment nos interactions. » Résistance et alternative sont les deux mots phares et joyeux de ce livre.

Vers des bibliothécaires propulseurs ?

Résumons rapidement, s’il est possible de résumer ce livre touffu où l’on rencontre allégrement : Bruce Chatwin et les aborigènes du Chant des pistes, Teilhard de Chardin et sa noosphère, le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi et ses expériences optimales, ou encore Tim Berners-Lee, l’inventeur du web avec Robert Cailliau. Avant le web, le contenu était « consommé » dans des lieux dédiés : librairies, kiosques de journaux, télévision, musée, théâtre ou… bibliothèques, créé par des figures reconnues (écrivains, musiciens, journalistes…) et mis en valeur par des professionnels bien identifiés (bibliothécaires, par exemple).

Avec le web, la profusion des contenus règne et perturbe nos modes d’appropriation et de consommation du savoir. L’information est devenue un fluide qui s’écoule perpétuellement. Horreur ! Réjouissons-nous, nous dit Thierry Crouzet. Aux traditionnels professionnels de la recommandation se sont ajoutés les propulseurs ! Qui sont ces propulseurs ? NOUS ! Qui propageons vers nos « amis » – via les réseaux sociaux mais pas seulement – des informations que nous trouvons importantes. Une nouvelle variante du bouche à oreille (le buzz ?) qui se moque parfois des traditionnels médiateurs. Lors de la révolte iranienne de juin 2009, Twitter, le site de micro-blogging, a relayé les messages des opposants au régime iranien en l’absence – forcée – des journalistes. Une véritable économie des liens dans toutes ses acceptions – pas seulement hypertextes – est née. Nous sommes passés de l’ère de la rareté de l’information à l’âge de l’Abondance.

L’auteur va parfois un peu loin : il considère dorénavant inutile de différencier, par exemple, le producteur d’information de celui qui propulse. Le propulseur est autant l’auteur d’un contenu que celui qui en parle ou le commente.

N’empêche, la lecture de cette alternative nomade, si elle est parfois déstabilisante pour nos professions, est souvent très enthousiasmante. Sûr que vous partirez rapidement en quête du Chant des pistes de Chatwin pour le lire ou le relire. Rien que pour cela, l’alternative nomade aura réussi son pari : celui de propulser autrement !

 FQ


De l’utilisation des outils Web 2.0 : tel un trader qui regarde défiler les chiffres sans cesse changeants…

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Petit état de l’art de mes usages des outils dits 2.0

De plus en plus, sans m’en rendre compte, j’ai utilisé mon profil Facebook comme on peut utiliser un blog : faire état régulièrement de mes flâneries sur le réseau. Gros avantage de Facebook : savoir que je m’adressais au minimum à « mes amis », mon réseau social constitué de personnes dont je connaissais le visage, et parfois, souvent, que j’avais rencontré dans la « vraie » vie ! Cela changeait des billets du blog qui devaient être lus – des statistiques l’attestant – des commentaires le démontrant… mais par qui ?

Anonyme blog et Facebook vivant… raison de son succès fulgurant ?

D’autres outils, je testais  : delicious,  machin + bidule, et twitter, évidemment et ses flux incessants… difficile à suivre, enfin, pour moi… difficile de concentrer mes tentatives de penser en 140 caractères, résumer en un message pertinent… Fils de discussion, morceaux de tchats… j’abandonnais, revenant de temps en temps sur twitter, pour voir, pour savoir quels étaient les sujets en discussion…

J’avais relié pourtant, j’ai toujours ce twitter relié avec mon compte Facebook et mon compte Friendfeed. Pour publier sur mon facebook au boulot bloqué par proxynator, je passais par twitter qui, sagement, allait parsemer mon profil.

Dans ce maëlstrom d’outils et de sites, j’en vins même à installer une plateforme de mutalisation de tout mes comptes et de tous ses outils, ne m’y retrouvant plus en définitive, tenant une liste infernale de mots de passe que j’oubliais implacablement. J’expérimentais alors Yoono… ce fût l’explosion… les informations du monde, les flux me parvenaient en permanence. Tel le trader qui regarde défiler les chiffres sans cesse changeants, les paroles de chacun arrivaient… Je n’arrivais plus à me concentrer sur ce que je faisais… parce qu’évidemment, les paroles qui émanaient de mes amis me distrayient, m’emmenaient vers d’autres pistes. Et petit à petit, les chemins enchevêtrés me firent perdre le nord.

Mince… Simplifions, me dis-je ?

Ah ce Facebook, tant décrié.  😉 😦     Facebook, pays des smyleys ; contrée des j’aime, j’aime plus. Bref, j’ai délaissé ce blog… infidèle. Pris par la facilité de recenser rapidement mes découvertes, je n’écrivais plus ici. Ai de nouveau envie d’écrire, de synthétiser toutes ces expériences hétéroclites.

Donc, voilà où j’en suis, aujourd’hui :

un Google reader, un agrégateur de flux RSS,  pour suivre l’actualité quotidiennement et faire une veille personnelle, même si ensuite, elle devient partagée (Chaque outil devenant dorénavant un réseau social) ;

un netvibes, d’abord privé puis public, pour une veille publique. Cette présentation sous forme de widgets que je trouve si pertinente pour présenter des fils d’Ariane de manière très graphique pour le grand public ;

un profil Facebook pour partager des découvertes au fil de l’eau, garder des contacts, prendre des nouvelles de ses amis, effectuer une veille publique avec et pour ses amis…

Un profil Facebook aussi pour mélanger des cercles d’amis disparates, mélanger les étiquettes qui finissent toujours par nous coller à la peau (geek, discothécaire, auteur de BD…) au lieu de voir la personne dans sa totalité ;

Un profil Facebook (même si il y a trois fois un profil facebook, je parle toujours du même 😀 et hop un smiley !) pour l’aspect « fan ». Quel fabuleux outil pour créer la page des amateurs d’un auteur… Travailler sur ces pages, comme si l’on créait une bibliographie exhaustive (réflexe ancestral du bibliothécaire – fichiers, listes – penser, classer, ordonner). Désirs de précisions…Otletiser ? Otletiser = vouloir, désirer, souhaiter ( 😉 !)… organiser tout le savoir du monde… ou du moins une partie…

Utilisation d’un blog pour causer des révolutions de notre profession et d’autres blogs pour parler de ses passions artitistiques, littéraires

Participer à des aventures collectives comme Wikipédia…ou Babelio

Lire des oeuvres contemporaines et d’emblée numériques sur publie.net

Et, besoin vital, dans ce dédale foisonnant et passionnant, de relire aussi, en plus des blogs, les classiques de notre profession pour imaginer un nouveau modèle de bibliothèque : hybride ou pas. Lire Eugène Morel, des histoires de bibliothèques, des cercles de la librairie, pour se confronter à ce qui se passe en ce moment, ici et maintenant…

Ecrire sous son nom propre ou avec un  pseudo… sans désir aucun d’égotisme… juste le souhait de partager, de dire, de demander : et vous, et vous, qu’est-ce que vous en pensez ?

Et vous, où en êtes vous avec ses outils dits 2.0 ? Vos veilles ? Vos désirs de bibliothèques ?

Bien à vous,

à suivre, donc…

Silence