romain gary

A quoi ça sert ?

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Nous sommes dans une époque de superlatifs…

Le plus grand, le meilleur, le plus beau…

Tous les jours…

à la radio, dans la presse ou sur les écrans…

Le problème c’est que le plus grand, le meilleur, le plus beau…

n’est pas toujours le même…

Besoin de sensations fortes ? Besoins de vivre intensément ? Vous remarquerez dans la suite que je ne cherche pas de basses raisons de renvois d’ascenseurs, de copinages… Nous nous devons d’être toujours dans une positive attitude…

Exemple 1. A la lecture des critiques que je lis, je me demande si le fait que le « mystérieux écrivain américain » (Thomas Pynchon)  ne montre pas son visage n’est pas plus important que ce qu’il écrit. Finalement, son souhait de ne pas participer au barnum médiatique, de se cacher se retourne contre lui. J’ai l’impression que pour nombre de journalistes ou de critiques ce qui fait le génie de ce « fantôme » d’écrivain est précisément qu’il vit reclus.

La majorité des critiques publiées à l’occasion de la publication du dernier opus du génial Pynchon (Contre-jour) sont construites ainsi : la moitié ou les trois quart de l’article rappelle qu’il est mystérieux, qu’il se cache et que nous n’avons pas de photos récentes de lui. (Qui est-il ? Est-ce vraiment lui  ou un collectif mystèrieux ? Théorie du complot, je ne suis jamais bien loin des plumes épuisées).  Ensuite,  le journaliste (prescripteur de l’éditeur ?)  nous livre son analyse du livre dans le meilleur des cas quant ce n’est pas une réécriture de la quatrième de couverture. 

Faites le test par vous-mêmes. On ne nous explique pas pourquoi l’écriture et l’oeuvre de Pynchon sont géniales. D’ailleurs, c’est encore un grand superlatif qui lui est tombé dessus…

Combien parmi ses plumes zécoutées et zentendues ont réellement lu ses livres ?

 

Exemple 2. Cette manie des sondages que l’on retrouve partout. J’en prends un au hasard (ou presque). Il se déroule en ce moment sur le site de Livres Hebdo, notre opium hebdomadaire en bibliothèque. Il s’agit de voter pour :

Ensuite, on regarde les résultats…. Ah, je vibre… une sensation de vivre pleinement… Le Goncourt 2008 est attribué à…

Qui, parmi ses 477 votants a déjà lu les 15 livres de cette sélection hautement « choisie » que l’on nous propose de départager ?

Parie-t-on sur son cheval préféré ?

A qui ça sert ?

A quoi ça sert, cette manie sondagière ?

Cet engouement pour la médaille ?

Ce culte de l’écrivain qui se cache…

Romain Gary avait craqué… il savait bien qu’on ne le lisait pas…

« Les Racines du ciel » (Prix Goncourt 1956), est un livre prémonitoire sur la destruction de la nature par notre civilisation, bien avant l’heure des Grenelles de l’environnement ou du réchauffement planétaire.

a fini par inventer son Ajar d’Emile…

a « gagné » un deuxième Goncourt…

a donné une leçon… aux critiques…

pour rien…

J’ai une proposition :

et si on les lisait…

quoi ?

Les livres…

au lieu de rêver à des mystères insondables…

Silence… je lis…