Misère de la librairie face aux supermarchés de la culture…une

Aujourd’hui, 18 novembre 2008 sur Facebook, Thierry Guichard (du Matricule des anges) "se demande ce qu’il faut faire pour que les librairies commandent en masse Le petit traité d’éducation lubrique (de Lydie Salvayre, paru aux éditions Cadex) qui rend nos vies sexuelles plus épatantes."

Cela fait des semaines que j’ai envie d’écrire un billet d’humeur sur les librairies, où plutôt sur ce qu’elles sont devenues…

Alors, cette petite réflexion parue sur le mur facebookien de TG se prête bien à mes humeurs maussades et massacreuses…

Moi aussi, je l’ai cherché ce bouquin !

Je me suis dit, bon, les libraires ne connaissent pas les éditions Cadex, passe encore. Encore que…

Mais, qu’ils n’aient pas commandé le dernier bouquin de Lydie Salvayre, un auteur qui se vend c’est à n’y rien comprendre…

Faut dire que dans ma petite bourgade du sud de la France, nous ne sommes pas aussi bien achalandés que les heureux habitants fréquentant les Sauramps de Montpellier, les A plus d’un titre de Lyon ou la merveilleuse Dérive de Grenoble qui vient de fêter ses 30 ans. Là, je cite des librairies où le livre et les auteurs règnent en maîtres car le libraire n’a pas oublié son métier. Des librairies où l’on peut se perdre ou encore trouver ce dont on a besoin quand on en a envie.

Car, dans les autres librairies, que constate-t’on ? De plus en plus d’amas de poupées de politiciens à transpercer d’aiguilles, des livres présentés comme des légumes dans des cagettes ou toutes ses âneries de bandes dessinées soi-disant drôles sur les prénoms ou autre rayon ensoleillé de BD… La BD ça est marrant !

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Alors quand on cherche le dernier bouquin de Lydie Salvayre, un classique comme  Bouvard et Pécuchet (Du fonds, monsieur, on peut vous le commander !) ou encore la dernière bande dessinée de Stéphane Blanquet, on ne les trouve pas… Limite, on me regarde avec des gros yeux… Y veut pas m’acheter le dernier Fermine plutôt, parce que j’en ai une sacrée pile !

Parce que quoi ?

Le librairie surnage dans les offices qu’on lui impose, dans les cartons de livres à déballer, les mises en valeur des inestimables livres – pas du tout coup éditorial pour faire de la tune mais vraie rencontre entre artistes rebelles qui souffrent  j’ai nommé BHL versus MH – ce genre d’âneries, vous voyez… je me moque, c’est un peu facile, vous en conviendrez… il suffit de passer la porte…

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Choix… stratégies des maisons d’éditions… Nos pauvres libraires ne font plus leur métier à cause des factures à payer, des offices qui n’arrêtent plus… fuite en avant dans le tonneau des danaïdes de la consommation… produire, produire… est-ce que ca se vend, toutes ces choses qui encombrent une librairie ?

Sans doute…

Je ne suis pas libraire…

Avant que d’être un acheteur un peu particulier (un bibliothécaire), je suis en premier lieu un amoureux de la librairie et du travail des libraires. Celui qui conseille, qui fait des choix… Pendant plus de 20 ans, une librairie spécialisée en philosophie (Le sphinx) à Grenoble a refusé les offices et elle existe toujours… On y trouve toujours des merveilles…

Comment allez-vous faire, chers libraires, pour résister à Amazon dans cette course poursuite ? A coup sûr, Amazon est la tortue…

Comment allez-vous faire, chers libraires, quand Google va recevoir dans quelques jours la bénédiction juridique de sa numérisation sauvage d’ouvrages  (Google books) ? Ce sera un sacré changement, cette autorisation… la fin d’une époque !

Comme nous, pauvres bibliothécaires que nous sommes, vous allez  perdre vos derniers usagers face aux possibilités de l’internet et de son offre en ligne qui ne s’arrête jamais de croître.

A moins de…

réagir… de faire ce que vous savez faire…

vendre du livre et pas des emballages qui ressemblent à des livres

proposer davantage de conseil, de la médiation en stoppant toutes ces mises en place de produits manufacturés…

pour revenir à une librairie riche en conseils et nous, à des bibliothèques conviviales, tout  autant dispendieuses de promesses et de découvertes.

Les quelques librairies que j’ai citées plus haut le font… Un librairie, Le Bleuet, perdue en Provence le fait déjà à Banon  (04), village de 878 hbts avec une librairie de 100 000 ouvrages ! Les raisons de son succès ? "Le bouche à oreille dû à un fonds sans cesse en constitution", estime le libraire. "Les gens savent que je développe les collections à fond", dit-il, citant en exemple Babel (Actes Sud, 600 titres), les Cahiers rouges (Grasset, 300 titres) ou encore la prestigieuse collection de la Pléiade. "Je laisse aussi du temps au livre. Contrairement à d’autres librairies où ils sont renvoyés à l’éditeur au bout de trois mois, les livres peuvent rester chez moi quelques années".

Et si on remettait en valeur le livre ?

Nous sommes responsables en allant acheter nos livres n’importe où, dans les supermarchés de la culture qui petit à petit détruisent la poule aux œufs d’or (Livres qui sont pourtant protégés par une loi sur un prix unique )

A ce jour, je ne l’ai toujours pas mon Lydie Salvayre !

Je viens d’aller le commander chez Bibliosurf… c’est un libraire en ligne, un anti-amazon… un début de solution, sans doute…

Fin temporaire de ce billet d’humeur…

Ajout "positif" du samedi 22 novembre 2008 : une libraire qui expérimente…

"Il y a quelques mois, ActuaLitté s’est fait l’écho de l’idée originale de Danièle GAY, libraire de son état dans le petit village charentais de Saujon (Charente Maritime). Dans la librairie « Lignes d’Horizons », sur la Place de l’Eglise, à deux pas de la Seudre qui coule ses eaux tranquilles vers le bassin de Marennes-Oléron, Danièle a décidé de ne pas rester tranquille du tout et déploie toute son énergie pour faire partager sa passion des livres et de la lecture. C’est ainsi qu’elle a eu l’idée de créer un Prix Littéraire ! Un autre ? Encore, direz-vous ! Ben, oui ! Mais un Prix un peu particulier. Écoutez plutôt…" Voir la suite sur l’excellent site Actuallité.

Ajout du vendredi 28 novembre 2008 : des libraires qui réfléchissent…

Accueillir le numérique ? Une mutation pour la librairie et le commerce du livre est un blog, " fruit d’un travail de plusieurs mois d’une commission réunie par l’ALIRE (Association des librairies informatisées et utilisatrices de réseaux électroniques) et le SLF (Syndicat de la librairie française). Point par point, ses auteurs répondent aux grandes questions posées par le développement de l’édition électronique et identifient les défis qu’elle lance aux professions du livre".

"Pour le livre également, la révolution numérique est en marche. Les libraires français en sont bien conscients et n’entendent pas en rester des acteurs passifs."

Leur rapport de trouve donc sur ce blog et tente de répondre aux questions suivantes : " Comment permettre aux libraires de jouer un rôle concret dans le nouvel environnement du numérique ? Y a-t-il un risque de voir disparaître certains prescripteurs traditionnels ? Quel sera l’impact de la numérisation sur l’enrichissement des fonds et sur l’élargissement de l’offre éditoriale ? Comment les auteurs eux-mêmes envisagent-ils l’arrivée du numérique ? Autant de questions posées à tous les acteurs de la chaîne du livre – auteurs, éditeurs, diffuseurs, distributeurs et libraires -, qui ont tout à gagner à accompagner, en douceur, la mutation de leurs métiers en concertation avec les organisation professionnelles et interprofessionnelles qualifiées. "

Juste une remarque – mais on a l’habitude – les bibliothécaires ne sont-ils pas des acteurs de la chaine du livre ?

Silence

librairie-2

(Les photos ne sont pas des montages mais le reflet d’une triste réalité… de la barquette, de l’emballage.. mesdames, messieurs, approchez, il est bon mon fromage !)

11 réflexions sur “Misère de la librairie face aux supermarchés de la culture…une

  1. Merci de cet écho qui rejoint ce que beaucoup pensent aujourd’hui. La librairie est certes en danger mais c’est pourquoi il convient de remettre en cause certaines pratiques. Pointer du doigt ce qui ne va pas n’est pas tirer sur une ambulance mais au contraire proposer un diagnostic. C’est ce que fait un libraire épatant : Pierre Landry à Tulle. On l’a interviewé pour le Matricule et j’ai même mis une vidéo sur notre site pour que sa voix se fasse mieux entendre. Quant à Lydie Salvayre, le livre se trouve sur Cadex-editions.net…

  2. Tout à fait d’accord avec ce billet d’humeur. Moi non plus, et à ma grande surprise, je n’ai pas trouvé ce livre de Lydie Salvayre dans ma ville (Limoges). J’en ai d’ailleurs découvert la publication grâce à Facebook… Je vais le commander directement chez l’éditeur.
    Je crois aussi qu’il ne faut pas hésiter à soutenir les quelques courageux qui se donnent pour mission de promouvoir la "petite" édition, comme par exemple Jean-Louis Escarfail des éditions Le bruit des autres, qui organise chaque année à l’automne un salon de la petite édition à Limoges.

  3. Donc si je comprends bien vos attaques à répétition, si vous étiez libraire, vous vendriez Salvayre et pas Houellebecq. Pourquoi pas. Mais cela m’amène à penser que dans une ville quelconque (la mienne par exemple), une librairie, même bonne selon certains, cela n’est pas suffisant. L’important c’est la diversité, le choix pour le lecteur. Et selon moi c’est la petite librairie, vraiment petite et donc spécialisée, qu’il faut défendre.

  4. @levraoueg :
    Vous devriez me relire, je n’attaque pas la petite librairie (bien au contraire)
    Je n’ai pas écrit qu’il ne fallait pas vendre Houellebecq mais vous me permettrez de penser (c’est un billet d’humeur personnel) que ce bouquin avec BHL est un coup éditorial… Que votre temps de libraire est pris par ce genre de bouquins à traiter… ils sont foisons… que pendant ce temps on ne trouve pas des bouquins moins visibles médiatiquement… Dans ce cas, elle est où la diversité ? Et oui, j’assume ce que j’ai écris (dans notre époque de consensus) : ca ne me plait pas de voir dans une librairie ce qu’il y a sur les photos… Ca ne me dérangerait pas si il y avait justement les autres auteurs… L’exemple de la BD est significatif… Combien de libraires envahies par les humanos et les Soleil ? Combien de librairies développent un reflet de la production BD actuelle nommée BD alternative ou BD indépendante ?(L’association, La cinquième couche, Cornélius…). Cette logique productiviste de la part des éditeurs qui n’est pas le fait des libraires a trouvé, je trouve, ses limites… (Voir les articles faisant état de la crise de l’édition et des librairies dans Livre Hebdo… j’ai rêvé ?)Personnellement, je n’achète mes livres que dans des "petites" librairies car j’ai envie que mon libraire existe encore ! Mes cd chez le disquaire de ma ville (je paie les cd beaucoup plus cher que sur Internet !). Je n’achète jamais chez les Fnac et autres supermarchés de la culture qui, pour les premiers, ont ratiboisé les petits disquaires de France. J’ai peur que la librairie ne suive ce chemin… Où il ne restera plus que des grandes enseignes… et sur le net…
    Au plaisir de vous lire
    FQ

  5. Je reviens répondre (et je précise sans agressivité, car j’ai l’impression que mon commentaire a été mal reçu) : ce que je voulais dire, c’est que vous avez votre idée de ce qu’est le bon goût en matière de littérature et de librairie (et je vous concède que ce n’est pas le plus mauvais goût) mais le problème pour moi c’est la liberté du lecteur. J’habite dans une petite ville qu’on appelle en fait "ville moyenne" et qui a une bonne librairie, mais une grande librairie qui a le monopole (enfin y a aussi une Fnac dans la ville, mais je n’appelle plus ça une librairie….) Je le regrette car ce qui n’existe pas chez eux n’existe nulle part hors internet. En plus une librairie même bonne au départ, quand elle est trop grande, elle fonctionne comme une usine. On se fait bousculer en permanence par des librairies qui passent leur temps à ranger. Le fait même qu’il y ait DES libraires suffit à dire le peu d’identité du lieu. Et à tous les gens qui me disent qu’on a de la chance d’avoir dans notre ville ce que tout le monde appelle une bonne librairie, je réponds que je préfèrerais qu’il y en ait plusieurs, plus petites, et peut-être faisant moins l’unanimité (mais je n’ose même pas dire la ville, parce que c’est quand même une bonne librairie qui ne mérite pas mes critiques et que d’ailleurs j’en suis une bonne cliente). C’était donc plus le prolongement de votre message de soutien à la librairie qu’une critique.

  6. Ne vous inquiétez pas… je suis content que vous réagissiez… On ne va pas faire comme le ps, se disputer entre amis…

    Toutefois, vous parlez de diversité et de gout et de la liberté du lecteur…

    Mon goût n’a rien à voir, si vous me permettez, dans l’affaire. Je ne donnais cet exemple caricatural (mais il l’est) du dernier bouquin des BHL-MH pour parler de la manière dont on nous vend les choses !

    Je crois d’ailleurs que les éditeurs appellent cela des opérations.

    Et donc les libraires dont vous faites partie ne peuvent pas passer outre. Ces deux auteurs et leurs éditeurs ont un tel carnet d’adresses qu’ils monopolisent la parole à la télévision, à la radio et dans la presse écrite. D’ailleurs, si on analyse qui passe dans les médias, ce sont un faible groupe de personnes. Je veux bien que l’on me démontre le contraire. Peut-on alors parler de liberté du lecteur ?

    S’agit-il, dans le cas de cet ouvrage, de culture, de philosophie, de débats d’idées voire de dialogue constructif entre deux auteurs qui ne s’aiment pas (on nous l’a bien vendu comme cela, le livre, n’est-ce- pas ?)? Je ne crois pas. Je pense que tout cela vient des bureaux markéting des maisons d’éditions et non des créateurs… Il faut bien vivre !
    Il m’est par ailleurs arrivé de lire les ouvrages de ces deux auteurs. Peu importe ce que je pense de leur travail (je n’en parlais pas d’ailleurs), j’évoquais la construction markéting… comme j’évoquais ces amas de cagettes et autres poupées à transpercer d’aiguilles qui n’ont à mon avis (mais ce n’est que mon opinion) rien à faire dans une librairie.

    Oui, il faut vivre, faire tourner, payer les salaires… et cette logique de coups éditoriaux… conduit la librairie dans le mur… je me demandais dans ce billet d’humeur, si finalement le public est content de ce genre d’endroit. Est-ce que l’avenir de la librairie ne passe pas par une spécialisation de ses choix ? La librairie de Banon est le bon exemple d’un libraire qui a fait le choix de la diversité et de l’entretien d’un fonds important… en oubliant la technique des flux tendus…

    Au plaisir de vous lire
    Silence (alias Franck)

  7. euh… je ne suis pas libraire ! A part ça on est assez d’accord sur l’essentiel (mon pseudo c’est du breton et ça veut dire… ahah je vous laisse chercher)

  8. @ Bernard S. : Il y a un méta blog qui recense une centaine de blogs BD : http://blogsbd.fr/
    MAis moi mon préféré c’est un site : http://du9.org/
    qui est sous-titré L’autre bande dessinée.
    et comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, je vais développer celui-là : http://narrationgraphique.wordpress.com/
    qui sera un site de réflexion et d’exemples sur l’apprentissage de l’image, la manière de raconter une histoire, les techniques… et les auteurs… J’ai décidé de travaillé un auteur par mois, le premier ce sera NYLSO… pour début décembre Y aura Emmanuel GUIBERT ensuite et Will Eisner qui est un des rares auteurs de BD à avoir théorisé son art !!
    Et salut @ Bibliothèque ! (en français) ;)

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