« Je me bats beaucoup pour la renaissance des figures de l’amateur » – Bernard Stiegler – Revue Mouvement – Juillet-Sept. 2008

Publié le Mis à jour le

« La culture en panne de sens » tel était le dossier passionnant de la revue Mouvement opus 48 (Juillet-septembre 2008). Une interview du philosophe Bernard Stiegler introduisait ce numéro :  » Pour une politique sans réserves« .


Bernard Stiegler est partisan d’une économie de la contribution opposée au traditionnel rapport producteur/consommateur : article de pistes et de chemins qui pourraient guider nos pas vers de nouvelles politiques documentaires, vers de nouvelles propositions pour nos publics.

Trois extraits pris au hasard, mais il faudrait citer tout l’article :

« Nous vivons une époque où, du fait de transformations technologiques et industrielles très importantes – Internet, réseaux sociaux, technologies collaboratives, logiciels Open Source, Wikipédia, etc. -, les relations sociales sont en train de muter en profondeur. Cette transformation a des enjeux économiques et politiques immenses, par rapport auxquels les arts et les lettres doivent retrouver leur rôle d’avant-gardes – c’est-à-dire leur véritable sens social, qui n’est ni de distraire, ni de fuir le devenir. »

«  La génération des internautes veut être active et participer à la formation de sa culture, et non se contenter de consommer des produits culturels qui rendent inculte. Il y a là une magnifique promesse à laquelle une politique culturelle doit s’articuler très étroitement. L’avenir du développement de l’Europe, de la France et des idées de ce qu’on appelle l’héritage européen passe par là. Sortons enfin de la patrimonialisation qui conduit à l’enterrement de la culture – comme s’il y avait un passé de l’Europe qu’il faudrait protéger de l’avenir et de la modernité ! »

« Je me bats beaucoup pour la renaissance des figures de l’amateur. Nous nous sommes habitués à avoir des publics de consommateurs : que le public consomme nos produits, et nous voilà satisfaits – il y a de l’audience, comme on le dirait à Tf1. Mais ce public, on a perdu toute relation avec lui, et c’est pourquoi ce n’est pas un véritable public. Nous avons intériorisé un état de fait qui a été installé par les industries culturelles qui ont transformé les publics en audiences, et en important le modèle producteur/consommateur qui venait de l’industrie : d’un côté, vous avez des producteurs professionnels (intermittents du spectacle, universitaires, professions para-artistiques en tous genres), et de l’autre, des consommateurs à qui l’on sert ces productions professionnelles, parfois en y ajoutant la sauce de la médiation ».

Pour compléter ces citations, il faut lire cet interview mais vous pouvez aussi naviguer  jusqu’au blog de Christian Fauré avec citations, émissions et podcasts sur Bernard Stiegler

Voir aussi le site de l’association Ars industrialis dont les cinq membres sont « convaincus que  la situation de désarroi n’est pas une fatalité, et nous voulons contribuer à en produire une intelligence collective, avec pour principale hypothèse de travail l’idée  qu’un élément décisif du malaise contemporain – au sens où Freud parla en son temps d’un malaise dans la civilisation – tient à une mutation de ce que nous appelons les technologies de l’esprit, et, en référence à un texte de Michel Foucault (L’écriture de soi, paru dans …), les hypomnémata de notre temps.


En contribuant à l’émergence d’une intelligence collective, entre nous cinq, qui sommes à l’initiative de l’association ARS INDUSTRIALIS, mais aussi bien sûr entre nous et ceux que notre projet intéressera, et en recherchant les possibilités de débattre avec toutes les compétences possibles, toutes les disciplines, et toutes les dimensions de la société, et toutes les nationalités, dont celles d’Europe en particulier, nous souhaitons devenir une force de proposition, et non seulement de réflexion.


Nous sommes convaincus que la pensée aussi bien que la vie de l’esprit en général – la science, les arts, la musique, la littérature, la philosophie, et en fin de compte tout ce qui relève  de ce que l’on appelle du mot très usé  de « culture » – consiste d’abord  à combattre. Combattre la bêtise, et d’abord sa propre bêtise, ou sa propre inculture. Combattre aussi les  forces de régression qui encouragent la tendance bête inhérente à chacun d’entre nous.
 »

Tout un programme définit dans un manifeste de l’association…

Le mot de la fin avec une autre citation extraite de l’interview de Stiegler dans la revue Mouvement :

 » La culture doit sortir de sa zone sanctuarisée où elle croit pouvoir survivre, jusqu’au dernier coup de boutoir des actionnaires des fonds de pension américains qui finiront par liquider tout çà . La culture est l’avenir du monde industriel. L’enjeu n’est plus le 1% de Jack Lang – qui avait sans doute un sens il y a 30 ans. Il faut être beaucoup plus ambitieux et novateur. Il faudrait consacrer l’essentiel des fonds de développement européens à une nouvelle politique culturelle qui ré-harmonise culture et industrie – au service de l’invention d’un mode de vie européen. Cela pourrait passer aussi par des préconisations telles que proposer des stages aux élus des petites communes pour leur apprendre à ne pas massacrer leurs villages, réévaluer les métiers de la construction et du bâtiment… La culture des gens est d’abord constituée par les modes de vie quotidiens. »

« La culture, c’est d’abord l’aménagement du territoire, c’est-à-dire de l’espace commun.« 

Silence

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Pour commander le numéro de Mouvement (pas disponible dans tous les kiosques !), cliquez ici.

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Une réflexion au sujet de « « Je me bats beaucoup pour la renaissance des figures de l’amateur » – Bernard Stiegler – Revue Mouvement – Juillet-Sept. 2008 »

    […] “La generació dels internautes vol ser activa i participar a la formació de la seva cultura, i no acontententar-se en consumir els productes culturals que es mantenen incultes” declara Berard Stiegler en una entrevista a la revista Mouvement de setembre de 2008 i que recull el blog La mémoire de Silence. […]

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