Zeina Abirached : sensible, graphique… la naissance d’une auteure de bande dessinée…

Publié le Mis à jour le

1984. Beyrouth. La guerre, dehors. Civile, la guerre. Mais c’est toujours une guerre. Les bombes qui survolent les immeubles. S’écrasent un peu plus loin. La peur, donc. Car, c’est ce qui est ressenti qui est le plus important quand on lit la nouvelle bande dessinée publiée par Zeina Abirached : Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles (Editions Cambourakis, créées à Paris en mars 2006).

Dans cette histoire, Zeina Abirached montre magnifiquement une chose : le quotidien.

Le quotidien de familles parquées chacune dans une entrée d’appartement, endroit qui parait le plus sûr. Parfois, ces familles se retrouvent, s’inquiètent ensemble d’un parent sorti dehors, sous la menace d’un sniper… Zeina parle de la vie, malgré tout. De tranches de vies. La vie, mode d’emploi. Sans jamais aucune images violentes. Le choix d’ un graphisme symbolique en noir et blanc évoque plutôt des souvenirs imprégnés dans le cerveau de la narratrice. Trois ans à l’époque des faits… Attachant les personnages comme celui d’Ernest, frère d’un jumeau tué par un tireur embusqué, ancien professeur de français et qui vient déclamer la tirade de Cyrano de Bergerac pour distraire les enfants.

« En avril dernier, sur le site de l’INA, qui venait de mettre ses archives en ligne, je suis tombée sur un reportage sur Beyrouth en 1984. Les journalistes interviewaient les habitants d’une rue située sur la ligne de démarcation. Bloquée à cause des bombardements dans l’entrée de son appartement – l’entrée était souvent la pièce la plus sûre car la moins exposée –, une femme au regard angoissé dit une phrase qui m’a donné la chair de poule. Cette femme, c’était ma grand-mère. J’étais à Paris et tout d’un coup, sur l’écran de mon ordinateur, ma grand-mère faisait irruption et m’offrait un bout de notre mémoire. Ça m’a bouleversée, je me suis dit que c’était peut-être le moment d’écrire enfin le récit qui me travaillait depuis un moment déjà.
“Je pense, qu’on est quand même, peut-être, plus ou moins, en sécurité ici”
C’est la phrase qu’a dit ma grand-mère en 1984.
 »

(Extrait du site des éditions Cambourakis)

Souvent, les artistes n’aiment pas les comparaisons mais dans le travail de Zeina Abirached on ne peut pas s’empêcher de penser à des filiations importantes à des degrés divers. Celles de David B., de Stéphane Blanquet, de Will Eisner ou de Marjane Satrapi.

Voir les extraits de planches ici.

 

Deux autres livres de Zeina ont également été publiés aux éditions Cambourakis :

Catharsis : Beyrouth, éd. Cambourakis, 2006 : un livre au format des pattes de mouche de l’Association. Vous pouvez le visionnez sur le site de l’atelier de recherche ALBA.

38, rue Youssef Semaani, éd. Cambourakis, 2006 : un livre-objet où l’on retrouve certains personnages et l’immeuble du jeu des hirondelles .

Elle se confie ici et sur la genèse de ces deux livres.

Enfin, elle a réalisé lors de ses études à l’ENSAD en 2006 un court dessin animé (3’00) nommé Mouton.

La manifestation annuelle Les Belles étrangères, en novembre 2007 était consacré aux rencontres de 12 écrivains libanais dont Zeina Abirached.

Courrez vite chez votre libraire indépendant préféré (s’il en reste un près de chez vous) ou rendez-vous sur le site des éditions Cambourakis. (voir le site car le programme des prochaines sorties est alléchant – cliquez notamment sur le site de l’auteur Jason Shiga, mais assurément j’en reparlerai…)

Silence.

[Voilà c’était mon premier billet sur une de mes passions : la bande dessinée. A suivre : une de mes dernières lectures, Le roi des Bourdons de David de Thuin, un auteur auto-édité. Etonnant, vu la qualité de son travail !]

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