Hommage à Michael Hart, le père du projet Gutenberg par Hervé Le Crosnier

Le projet Gutenberg est orphelin : décès de Michael Hart

Michael Hart est décédé le 6 septembre, à l’âge de 64 ans. Il restera dans l’histoire de la culture numérique comme le fondateur du « projet Gutenberg », un projet coopératif majeur datant des débuts de l’internet et ayant réussi à créer un gigantesque fonds de livres numérisés offerts en partage.

Il y a quarante ans, en juillet 1971, le jeune Michael Hart reçoit son sésame pour utiliser, en temps partagé, l’ordinateur Xerox de l’Université d’Illinois à Urbana-Champain. Peu versé sur le calcul, il se demande ce qu’il pourrait bien faire d’utile à la société à partir d’un tel outil, limité, n’utilisant qu’un jeu de caractères en capitales, et très lent en regard des ordinateurs d’aujourd’hui. Il utilisera son temps pour recopier la « Déclaration d’Indépendance » des États-Unis, en songeant aux idées de bibliothèques universelles lancées par les « pères fondateurs » de l’informatique, notamment Vannevar Bush, Joseph Licklider ou Ted Nelson. Le fichier pesait seulement 5 kilo-octets, mais il du renoncer à sa première idée d’envoyer le texte à la centaine d’usagers ayant une adresse sur Arpanet, car cela aurait bloqué tout le réseau. Il le mit donc en dépôt sur un serveur pour un libre téléchargement (sans lien hypertexte, une notion qui n’existait pas il y a quarante ans). Même s’ils ne furent que six à profiter de l’offre, on considère que le premier « livre électronique » du réseau informatique avait vu le jour. Ce fut d’ailleurs le livre numérique le plus cher de l’histoire, Michael Hart ayant un jour calculé une valeur approximative de son accès à l’ordinateur et l’évaluant à 1 million de dollars.

Michael Hart a continué sur sa lancée pour rendre disponible la plus grande quantité de livres possible. Même si les premiers textes étaient difficilement lisibles, sans typographie, en lettres capitales, sans mise en page,… il n’a jamais dévié de sa volonté de rendre les œuvres disponibles à tous. Pour cela, il s’appuyait sur une caractéristique essentielle du document numérique : la reproduction et la diffusion via le réseau ne coûte presque rien, et même de moins en moins quand les machines et les tuyaux deviennent plus performants. Comme il l’écrivait encore en juillet dernier, « à part l’air que nous respirons, les livres numériques sont la seule chose dont nous pouvons disposer à volonté ». Et il anticipait sur les usages à venir au delà de la lecture, comme l’analyse du texte, la comparaison de mots, la recherche par le contenu, l’établissement de correspondances ou les études linguistiques ou stylistiques assistées par l’ordinateur.

Longtemps son credo fut celui du « plain vanilla ascii », c’est à dire de refuser toute mise en page afin que les textes soient accessibles à toutes les machines, par tous les utilisateurs. Ceci conduisait les volontaires du projet Gutenberg à un codage particulier des accents, placés à côté de la lettre concernée. Mais sa méfiance devant HTML a disparu quand le web est devenu le principal outil de diffusion des écrits numériques : l’universalité passait dorénavant par le balisage, et l’utilisation de UTF-8, la norme de caractères qui permet d’écrire dans la plus grande partie des langues du monde.

Comme son projet, disons même sa vision, était généreuse et mobilisatrice ; comme il possédait un grand sens de la conviction et de l’organisation et proposait un discours radical, il a su regrouper des millions de volontaires pour l’accompagner dans sa tentative de numériser le savoir des livres. Des volontaires qui ont commencé par dactylographier les textes, puis utiliser scanner et reconnaissance de caractères, mais toujours incités à une relecture minutieuse. On est souvent de nos jours  ébahi devant les projets industriels de numérisation. Nous devrions plutôt réfléchir à la capacité offerte par la mobilisation coordonnée de millions de volontaires. Construire des communs ouverts au partage pour tous répond aux désirs de nombreuses personnes, qui peuvent participer, chacune à leur niveau, à la construction d’un ensemble qui les dépasse. Dans le magazine Searcher en 2002, Michael Hart considérait cette situation comme un véritable changement de paradigme : « il est dorénavant possible à une personne isolée dans son appartement de rendre disponible son livre favori à des millions d’autres. C’était tout simplement inimaginable auparavant ».

La volonté de Michael Hart lui a permis de poursuivre son grand œuvre tout au long de sa vie. S’il fallut attendre 1994 pour que le centième texte soit disponible (les Œuvres complètes de Shakespeare), trois ans plus tard la Divine Comédie de Dante fut le millième. Le projet Gutenberg, avec ses 37000 livres en 60 langues, est aujourd’hui une des sources principales de livres numériques gratuits diffusés sous les formats actuels (epub, mobi,…) pour les liseuses, les tablettes, les ordiphones, et bien évidemment le web. Les textes rassemblés et relus sont mis à disposition librement pour tout usage. La gratuité n’est alors qu’un des aspects de l’accès aux livres du projet Gutenberg : ils peuvent aussi être transmis, ré-édités, reformatés pour de nouveaux outils, utilisés dans l’enseignement ou en activités diverses… Le « domaine public » prend alors tout son sens : il ne s’agit pas de simplement garantir « l’accès », mais plus largement la ré-utilisation. Ce qui est aussi la meilleure façon de protéger l’accès « gratuit » : parmi les ré-utilisations, même si certaines sont commerciales parce qu’elles apportent une valeur ajoutée supplémentaire, il y en aura toujours au moins une qui visera à la simple diffusion. Une leçon à méditer pour toutes les institutions qui sont aujourd’hui en charge de rendre disponible auprès du public les œuvres du domaine public. La numérisation ne doit pas ajouter des barrières supplémentaires sur le texte pour tous les usages, y compris commerciaux… qui souvent offrent une meilleur « réhabilitation » d’œuvres classiques ou oubliées. Au moment où la British Library vient de signer un accord avec Google limitant certains usages des fichiers ainsi obtenus, où la Bibliothèque nationale de France ajoute une mention de « propriété » sur les œuvres numérisées à partir du domaine public et diffusées par Gallica… un tel rappel, qui fut la ligne de conduite permanente de Michael Hart, reste d’actualité.

Le caractère bien trempé de Michael Hart, sa puissance de travail et sa capacité à mobiliser des volontaires autour de lui restera dans notre souvenir. Les journaux qui ont annoncé son décès parlent à juste titre de « créateur du premier livre électronique ». C’est cependant réducteur. Il est surtout celui qui a remis le livre au cœur du modèle de partage du réseau internet. C’est la pleine conscience qu’il fallait protéger le domaine public de la création des nouvelles enclosures par la technique ou par les contrats commerciaux qui a animé la création du Projet Gutenberg. Michael Hart n’a cessé de défendre une vision du livre comme organisateur des échanges de savoirs et des émotions entre des individus, mobilisant pour cela des volontaires, le réseau de tout ceux qui aiment lire ou faire partager la lecture.

Caen, le 10 septembre 2011
Hervé Le Crosnier

Texte diffusé sous licence Creative commons

"L’entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l’information et de la communication"

"L’entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l’information et de la communication", ouvrage collectif coordonné par Brigitte Simmonnot et Gabriel Gallezot sort le 2 juin aux éditions C & F, les éditions pilotées par Hervé Le Crosnier, maître de conférences à l’Université de Caen et "papa" de la liste biblio.fr, devenue une référence de nos métiers.

l'entonnoir

Voici, en avant-première, la préface d’HLC : " la vie numérique par le petit bout de l’entonnoir "

Pour qui regarde la place occupée par Google dans l’imaginaire contemporain, les métaphores ne manquent pas. La pieuvre, bien évidemment, qui étend ses tentacules dans toutes les directions de l’univers numérique ; le silex de l’arrogance pour toutes les déclarations des deux jeunes fondateurs qui veulent organiser « toute l’information du monde » ; les « tables de la loi » pour représenter les attitudes de prédicateur et la philosophie d’entreprise élevée en sauveur éthique d’un monde noyé sous l’information, « Don’t do Evil » ; Citizen K. pour la mainmise médiatique de l’entreprise de la Silicon Valley sur l’actualité et la publicité ; Géo Trouvetou pour l’innovation permanente, souvent à la limite de la technique contemporaine, à l’image de ce projet de centre serveur marin alimenté par l’énergie des vagues et refroidi par la mer… Le coffre-fort aussi, pas tant pour le cash-flow généré par l’entreprise que par la manie du silence et du secret sur ses algorithmes, ses objectifs et le fonctionnement de la machinerie du back-office de Google. La métaphore de l’entonnoir, comme toutes celles auxquelles on peut penser, ne peut représenter qu’une partie du Google-monde. Il s’agit pour Google de transvaser tout l’internet, les milliards de pages disponibles, dans ses centres serveurs, puis de rendre indispensable l’usage du moteur de recherche à celui qui veut retrouver une information, un document, une personne, une vidéo, une musique, voire même un extrait d’une conversation par mail ou forum. Bref, d’accéder à la vie numérique par le petit bout de l’entonnoir. C’est le mérite du présent livre de s’attacher à ce qui se joue dans ce passage par l’entonnoir. Que deviennent les documents, leurs relations, leur « vie sociale » ? Comment cet entonnoir redéfinit-il les règles du jeu de l’usage de l’information, etdonc finalement de la production des documents ? Il ne s’agit ici ni de raconter Google et ses techniques, ce qui a été fort bien fait ailleurs, ni de dénoncer l’entreprise multiforme qui capte le public autant que les documents dans l’envasement de son entonnoir. Il s’agit d’étudier les multiples impacts de son existence sur la sphère informationnelle. De trouver les axes d’analyse qui partent des pratiques des usagers, du petit bout de l’entonnoir. J’allais dire analyser en sociologue… mais soyons plus précis, en chercheur des sciences de l’information et de la communication.

Un secteur scientifique défini par son objet plus que par ses méthodes. Les sciences de l’information et de la communication sont une « interdiscipline », qui emprunte à la technique, notamment aux techniques des bibliothécaires et documentalistes de l’ère informatique (description, indexation, classification), aux sciences sociales, notamment par l’importance accordée aux analyses des usages, et aux sciences humaines. Car entre les techniques du document et l’impact social demeure un non-dit que l’on peut voir émerger à partir de l’analyse de corpus ou de la sémiologie des dispositifs médiatiques. C’est tout ce spectre d’approches qui est mis à contribution dans ce livre. Il s’agit de partir du postulat d’existence, et d’étudier les conséquences. Que font les étudiants ou les journalistes avec cet entonnoir devenu fenêtre sur le monde numérique ? Comment l’expérience, les méthodes et concepts issus de la bibliothéconomie ou de la scientométrie sont-ils mis à contribution pour peaufiner l’algorithme de classement de Google, le fameux PageRank ? Et au-delà, que signifie vraiment ce petit bout de l’entonnoir, ce champ de recherche à tout faire, si ténu qu’il peut s’intégrer directement au navigateur ? Quel message veut nous transmettre Google qui réduirait la complexité des documents et des interactions à la liste de ceux dont nous aurions besoin, de ce qu’il nous faut lire sur tel sujet que nous avons complaisamment soumis à la sagacité de l’algorithme ? Les livres sur Google sont nombreux, tant le sujet est d’importance, rien de moins que l’accès au monde numérique, et l’entreprise si intrigante. Un terme à prendre au pied de la lettre, un terme à double sens. Une entreprise d’intrigants, poussant ses avantages sur tous les fronts, créant avec la Nasa une Université de la Singularité afin de regrouper autour d’elle les cerveaux les plus alertes de la planète ; s’alliant avec les mavericks de la génétique pour proposer une « médecine en ligne » avec Navigenics ou 23andme ; ou posant ses propres câbles sous-marins pour imaginer des serveurs en dehors des eaux territoriales, des paradis informationnels. Des intrigants dans le monde économique, qui savent aussi tenir leur place en cour, n’hésitant pas à placer leurs hommes sur la scène politique la plus traditionnelle, en finançant largement l’investiture de Barack Obama, et en peuplant ses cabinets ministériels. Mais, double sens, Google est aussi une entreprise appuyée sur un secret, une intrigue non résolue : un algorithme sensible aux décisions d’opportunité. Qu’un site ait le don de déplaire et son PageRank diminue, ce qu’il peut toutefois racheter, au sens propre, en augmentant ses investissements publicitaires sur les plates-formes d’influence de Google, à l’image de BMW en 2008. Que des journaux résistent à l’aspiration de clientèle, et les voici déréférencés du « catalogue du web », perdant ainsi au final lecteurs et annonceurs, comme ces journaux belges ayant eu le culot de s’opposer à Google News en 2006. Oui, il est intriguant cet algorithme qui se présente comme neutre et appuyé sur la « démocratie » interne du web, le « vote » des lecteurs représenté par les liens hypertextes, de la mathématique à l’état pur… mais qui peut jouer avec les mots pour interdire certains sites, comme en Chine, ou jouer avec l’actualité, le buzz pour renforcer les documents demandés à un moment donné, favorisant « l’information circulante », donnant encore plus de crédit aux idées reprises partout. Un algorithme tellement subtil et néanmoins central que toute une série de professions se sont créées pour le comprendre, le décrypter, faire du reverse engineering afin de savoir comment promouvoir les sites et les porter au nouveau pinacle des trois premières places de la liste Google. Search Engine Optimisation, Search Engine Marketing, référencement, autant de Google watchers qui paradoxalementdiffusent le message d’une impartialité qu’il suffirait de connaître et d’utiliser. Tout serait donc affaire de technique, de professionnels ? Mais au fond, alors que nous croyons parler de documents, Google sait que c’est avant tout des personnes qu’il est question. Plus encore, des « foules », des comportements grégaires de l’ère de l’information. Capter les traces, les habitudes de chacun, pour cibler la publicité, ou les comportements collectifs, pour privilégier les nouvelles socialisées, à l’image de la « Une » algorithmique et calculée en permanence de Google News. Google résume parfaitement le paradoxe de l’entonnoir numérique : il s’agit de créer des médias adaptés à chacun. Non plus des médias de masse ayant une image de lectorat et lui proposant articles et illustrations en fonction de cette image… qui finira par constituer ledit lectorat « à son image ». Mais des « web-médias », suivant l’expression de Jean-Michel Salaün, qui partent du petit bout de l’entonnoir, de la personne et de son besoin documentaire, et qui, à ce moment, pour cette personne précisément et ce besoin particulier, constituent un « média », au sens le plus traditionnel : sélection des sources par l’ordre de la liste des résultats, et publicité adaptée au lectorat et au contexte pour organiser le financement. Un rêve de média, toujours renouvelé, actualisé, un média en permanence « intime », proche du lecteur et de son besoin – les médias ont besoin de cette proximité relationnelle ; ils sont loin du « froid » de l’écran pour être dans la chaleur de la co-présence. Un média est comme notre ami. Il ne peut nous trahir, car il nous ressemble autant que nous lui ressemblons. Et ce web-média nous connaît si bien, qui engrange les traces de nos activités, de nos échanges de mails, de nos photographies, de nos lectures de presse, de nos… de nous ! Pour autant, on ne saurait réduire l’entonnoir à ce passage de la masse à l’unique, avec son cortège de surveillance panoptique.
Oui, il y a clairement des risques pour la vie privée. Et oui, les usagers n’en ont nulle conscience, en raison même de l’efficacité de l’entonnoir. Les listes sont clairement opérationnelles, et les publicités contextualisées. C’est vraiment de nous qu’il s’agit. Il suffit d’oublier ce que cela peut représenter de collecte de données, de suivi de traces et de potentiel d’influence en retour. Comme nous devons l’oublier pour continuer à bénéficier des services de l’entonnoir. Comme nous y incite le discours d’entreprise, qui ne fait cela que pour le bien de l’humanité : il y a trop de choses dans le vase de l’entonnoir, et Google rend le service dont chacun a besoin. Google organise et hiérarchise l’information, ce qui est indispensable au lecteur ; et Google place ses travaux à portée de clic des lecteurs, ce qui le rend cher à l’auteur. Google est notre guide numérique et l’organisateur de nos lectures… Pourriez-vous vous en passer ? Quel est son prix en vie privée, et acceptez-vous ce marché faustien ? Mais il y a un autre aspect qui mérite une attention qui ne lui est guère accordée à la hauteur nécessaire, c’est « la voie de retour de l’entonnoir » : comment les usages de chacun déterminent non seulement le profil de chacun, mais le profilage social : ce qui se pense, la « base de données des intentions » dit John Battelle, ce qui s’agglutine, émerge… Google sait avant le réseau de surveillance médicale les lieux où se développent les épidémies de grippe. Car avant d’aller voir leur médecin, les internautes demandent à leur moteur favori les raisons de leurs symptômes. Google engrange les fièvres et les douleurs lombaires.
L’explosion de recherches semblables, en un lieu donné, signe l’apparition de la grippe. Google Maps peut en délimiter les fronts d’expansion…
Cette construction d’information coagulée à partir des indications individuelles, notamment quand ce qui émerge est une information opérationnelle, sociétale… et finalement politique, au sens où elle permet la « prise de décision », va modifier profondément notre approche collective, notre conception de la démocratie. C’est la « seconde modernité » dont parle Roger T. Pédauque : le calcul avant le raisonnement, la force de l’appariement avant la déduction de la clinique. L’opinion avant le « Tribunal de la Raison » des Lumières. Parler de Google, c’est toucher à tout cela, placer des tâches de lumière sur un modèle « philosophique » du monde qui ne se montre pas comme tel, mais avance derrière le masque de l’algorithme, derrière le sens magique d’un champ de recherche unique, derrière la culture d’entreprise du service, et derrière le milliard d’usagers satisfaits. Une philosophie qui ne provoque pas de conflits, mais valorise, en espèce sonnantes et trébuchantes, les besoins et leur satisfaction, et qui pour cela rencontre l’adhésion, une adhésion et une reconnaissance du public pour service rendu. Mais néanmoins une adhésion nourrie d’innocence et d’aveuglement. Du moins tant que l’on ne porte pas la loupe sur ce que dit le discours, ce que donne l’algorithme, ce qu’uniformise le modèle de recherche par mots-clés, ce qui se perd et devient flou dans l’ordre des documents et des interactions par le passage dans l’entonnoir. L’analyse par l’angle de l’information et de la communication, par le discours et les pratiques des usagers a ceci de nécessaire et passionnant : il va falloir modifier les schémas de la formation, de l’approche des documents, de la circulation des nouvelles, de l’analyse des services à partir de la clarification du monde réel. Car finalement, s’il est pratique de regarder par le petit bout de l’entonnoir, la vraie vie est au-delà, même la vraie vie numérique. Elle est faite des documents eux-mêmes, de la qualité de leurs auteurs, de la résonance des idées et des écritures, des réseaux réels qui se constituent, et que viennent renforcer les labels de qualité (titre des médias, autorité des auteurs, réputation des éditeurs) et les inscriptions des usages « savants » (liens hypertextes, citations, reprises, partage…). La formation du citoyen du vingt-et-unième siècle passe par le décryptage des processus de condensation des méga-entreprises du web, non pour les mettre de côté, ce qui est impossible, il faut et il a toujours fallu des filtres à information pour éviter la noyade, mais plus simplement pour les mettre « à leur place ». À sa façon, au prisme des recherches universitaires, c’est la logique de ce livre savant : rendre possible l’invention du « vivre avec », tisser les ponts entre l’efficacité de la machine et l’autonomie des individus, entre le pouvoir du calcul et la décision démocratique raisonnée. Trouver les ressorts pour changer les méthodes éducatives, les pratiques des bibliothèques, les relations d’information et de médias, et finalement redonner sa place au recul critique, à la délibération, aux assemblées humaines. Décoder les projections mentales de l’entreprise Google Inc. pour mieux en éprouver les mythes et les limites.

Hervé Le Crosnier

"La formation du citoyen du vingt-et-unième siècle passe par le décryptage des processus de condensation des méga-entreprises du web" (HLC)

Voici la table des matières

Préface :

La vie numérique par le petit bout de l’entonnoir 9 Hervé Le Crosnier

Introduction 19 Gabriel Gallezot et Brigitte Simonnot

I Pratiques 28
De l’usage des moteurs de recherche par les étudiants 31 Brigitte Simonnot
Les sources cachées du journalisme : étude du rôle des moteurs de recherche dans l’approvisionnement des entreprises de presse 59 Nicolas Pélissier et Mamadou Diouma Diallo

Apparté :
Du bon usage de Google 83 Olivier Le Deuff

II Méthodes 90
Outils de recherche : la question de la formation 93 Alexandre Serres et
Olivier Le Deuff
PageRank : entre sérendipité et logiques marchandes
113 Olivier Ertzscheid, Gabriel Gallezot et Éric Boutin

Apparté :
Tout ce qui brille n’est pas Chrome 139 Olivier Ertzscheid


III Discours 148

Le googling, un branchement sur l’imaginaire de l’internet 151 Philippe Dumas et Daphné Duvernay
Le grand avaleur 183 Jacques Araszkiewiez
La rhétorique selon Google
De l’argumentation métaphorique à la création de valeurs,
le discours paradigmatique de google
207
Céline Masoni-Lacroix et Paul Rasse

En guise de postface
Scroogled 229 Cory Doctorow

J’ai déjà commandé le mien, un cadeau vous attend si vous commandez le votre avant le 2 juin aux éditions C & F. A vous de jouer !

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Oeuvre de Sophie Menuet.
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Et si vous ne connaissez pas encore cet éditeur, je vous conseille de vous procurer un autre ouvrage important :

Enjeux de mots : regards multiculturels sur les sociétés de l’information, sous la coordination d’Alain Ambrosi, Valérie Peugeot et Daniel Pimienta.

"Enjeux de mots, livre collectif rédigé par une trentaine d’auteurs issus de la société civile et venus de quatre continents, propose un décryptage des grandes notions de la « société de l’information ».

""Sociétés de l’information et sociétés de la connaissance, Gouvernance en réseau et gouvernance électronique, Gouvernance de l’internet, Diversité culturelle, Infrastructure et accès universel, Fracture numérique, Accès public à l’internet, Femmes, Accessibilité, Intelligence coopérative, Expression citoyenne, Innovation par l’usage, Communautés virtuelles, Bibliothèques numériques, Gestion des savoirs, Education, Droits humains, Cybercriminalité, Droits de la communication, Médias, Piraterie, Logiciel libre, Droits de propriété intellectuelle, Économie de l’information 24 thèmes pour mieux comprendre les enjeux des Sociétés de l’information"

Bonnes lectures

Silence

La lecture est un paysage…

La lecture est un paysage…

…un petit village dans la campagne…

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En fait, mon image du haut représente plutôt ça :

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Le nombre de fois qu’un article de ce blog a été lu, avec des pics qui ressemblent à des ifs, des phases stables pour les fermes, masures et autres granges…

Est-ce moins poétique ?

Grange ? Vous avez dit grange, celle qui contient mille et un fourrages pour nourrir quelques vaches !

Allez vous promener dans ce pâturage : Publie.net, nouvelle expérience dûe à l’activisme de François Bon. Qui regroupe des auteurs (souvent publiés dans de grandes maisons d’éditions) sur le mode de la coopérative. Qui éditent leurs textes eux-mêmes et sur le net, mon bon monsieur, ma belle dame. Pari sur l’avenir du pdf et autres zibooks ou kindeuls? Cette info parue dans le touffu site Actuallité leur prouverait qu’ils ont raison. Le principe :

"la littérature contemporaine s’installe dans le numérique !

Des auteurs contemporains de langue française se réunissent pour éditer et diffuser leur travail via les supports numériques. A un tarif unique de 5,50 euros le téléchargement, ou 1,30 euros les formes brèves, publie.net propose une large sélection de récits, fictions et poésie d’auteurs contemporains, d’essais critiques et de recherches texte-images. Préparation, mise en page et formats pour la meilleure lecture possible sur votre ordinateur (PDF interactif), ainsi que sur les nouveaux lecteurs numériques.
La coopérative redistribue à chaque auteur 50% des prix téléchargement.
"

Je ne vais pas redire ce qu’Hubert Guillaud sur sa Feuille de l’homo numericus a très bien dit dans son billet "La main à la pâte". Il cite Francois Bon: " Il est de notre responsabilité d’installer dans les pratiques numériques les contenus qui nous importent, et c’est tout de suite.". Dans un autre billet, Hubert avait publié un manifeste de l’éditeur numérique.

Toutefois…

On entend souvent cette phrase : l’édition musicale traverse une crise ! … Certes ! … Mais laquelle ? La crise actuelle est sans doute plutôt celle des intermédiaires, du modèle des majors attaqués par des artistes plus matures juridiquement, plus soucieux de leurs intérêts et aussi grâce à la facilité de publication et des outils mis à disposition sur Internet. Même s’il n’y a jamais eu d’époque aussi riche musicalement, le travail des éditeurs musicaux est en crise. Peu importe que l’on pense du bien ou du mal de leur travail, nécessaire ou pas…

Pour l’édition de textes, Publie.net marquera-t-il le début d’un nouveau modèle d’édition ? Il est aujourd’hui trop tôt pour le dire, mais voici une des premières expériences d’écrivains (solitaires ?) qui se regroupent pour éditer sur le net et dans un autre registre que le site Lekti-écriture qui lui, rassemble des éditeurs (50) dits petits ou indépendants (au choix !), soucieux d’investir ce nouveau continent.

Les modèles traditionnels de l’économie de la culture sont remis en cause. Mais ces intermédiaires ne restent pas les bras croisés. A propos de la concentration actuelle des industries culturelles et de l’information en général, Hervé Le Crosnier parle de vecteurs et de vectorialisme pour décrire la constitution de ces nouveaux modèles, de ces nouveaux cartels : "Pas seulement un nouveau modèle économique, mais bien une économie entière qui ré-organise le monde des informations, de la communication… mais surtout demain le monde de la production et l’organisation de la vie publique. Avec de nouveaux béhémots industriels capables de dessiner à la place des citoyens les formes de "régulation" et de contrôle… si nous n’y prenons garde." Et :

"Ajoutons aussi que la constitution de vecteurs qui peuvent disposer à la fois des revenus publicitaires, de la maîtrise des contenus et, même si on n’en parle pas assez, de l’autonomie de leurs infrastructures (serveurs et de plus en plus réseaux) fait par ailleurs peser le risque d’une balkanisation de l’internet.

Le débat sur "la neutralité du réseau" a suscité chez les grands vecteurs, qui ont pris la tête de la campagne, la volonté de s’affranchir des "common carriers" qui ont fait le succès de l’internet (construction coopérative, chacun apportant sa contribution au réseau global, ce qui a permis, malgré les nombreuses annonces catastrophiques, de rendre très rares les phénomènes d’engorgement)".

Publie.net, Lekti-écriture ou une librairie en ligne comme bibliosurf représentent-ils des micro-résistances ou un espace qui continuera d’exister malgré ces entités dominantes ?

Micro-résistance, oasis ou petit village à la campagne ? Ces trois heureuses initiatives ont finalement le même problème que les majors et autres vecteurs : faire connaitre leur travail, les écrivains ou artistes qu’ils proposent ? Et, nous, professionnels de la culture, notre mission est de les aider à exister dans nos médiathèques.

Alors, par exemple, il faut soutenir, encourager,  acheter, et lire, et parler du Matricule des Anges qui depuis fin 1992 défend une certaine littérature contemporaine. Jetez votre deuxième zoeil sur le blog de TG, alias Thierry Guichard, le meneur d’histoires des anges. C’est grâce à lui que j’ai découvert le travail de François Bon en achetant le numéro trois du Matricule qui était consacré à son Temps machine en avril-mai 1993. Qu’ensuite, j’ai eu envie de faire un blog autour de Rick Bass et des natures writers à cause de son récent numéro sur RB et qui m’a permis de rencontrer une conteuse et de co-animer ce blog. Qui a dit que le virtuel isolait ? Qu’enfin j’ai sous les yeux le n° 93 dédié à Antoine Emaz, un poète pour qui la poésie sert à respirer…
Emaz parle beaucoup de murs dans les textes de l’anthologie que je viens de me procurer (Caisse claire : poèmes de 1990-1997 aux éditions Points Poésie). Murs ? Pas du Wall de Facebook qui se veut comme un tableau pour "mieux"communiquer (on est un réseau social ou pas !) mais murs qui contraignent, qui étouffent…

"Il n’est pas facile de continuer, d’écrire ou lire encore
devant
le mur
"
(Poème du mur, in En deçà. – Antoine Emaz. – Fourbis, 1990)

Murs qui empêchent justement de respirer…

La lecture est un voyage… je ris… j’ai un dictionnaire de rimes à côté de moi…

François Bon, si par hasard, au gré de vos pérégrinations zinternetiennes vous passez par ici, quand est-ce qu’il sort votre bouquin sur Led Zeppelin ??? …tiré de vos émissions de y a déjà quek’temps…

Bon, je termine ce billet sinon je ne sais pas de quoi je vais vous parler…

Divagations et vagabondages sont les deux mamelles du Web…

Silence

Bibliothéques coopératives d’Hervé Le Crosnier : intervention lors de la journée ABF PACA à Marseille

" Le coeur du web est sa périphérie, dans les usagers" :

phrase relevée dans l’argumentation d’Hervé Le Crosnier lors de cette journée.

Il parle aussi de web inscriptible plutôt que de web 2.0 : incriptible par les lecteurs, actifs…  Voici donc la présentation d’Hervé Le Crosnier lors de la journée d’étude organisée à la BMVR de Marseille par l’ADBS, l’ABF PACA le jeudi 29 novembre 2008 : Pratiques numériques : état de l’art en PACA.

Intervention particulièrement remarquée par le vaste panorama qu’elle offrait et les interrogations qu’elle suscitait. Je vous laisse découvrir :

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A découvrir aussi, sa maison d’édition si vous ne connaissez pas : C&F &ditions dont je vous recommande la visite.

ou ses 100 petits papiers électroniques à propos du SMSI (Sommet mondial sur la société de l’information) de l’année 20.03.

et son futur site ici qui momentanément renvoie sur d’autres travaux.

Vous savez tout… ou presque… jetez un oeil sur VECAM si vous ne connaissez pas, association qui défend plutôt le concept de société de la connaissance que celui de société de l’information. Mais j’y reviendrez…

Silence

Journée d’étude : Pratiques numériques, état de l’art en PACA à la BMVR de Marseille, le jeudi 29 Novembre 2007

L’ABF PACA, l’ADBS et les Bibliothèques de Marseille organisaient Jeudi 29 novembre 2007 à la BMVR de Marseille une journée d’étude : Pratiques numériques : état de l’art en PACA. L’un des buts de cette journée était de montrer aux 150 bibliothécaires et documentalistes présents des expériences concrètes de web 2.0 dans les bibliothèques, si possible dans la Région. Le compte-rendu est sur le site de l’ABF.

Michel Roland-Guill qui animait la journée avec votre narrateur a déjà mis en ligne son intervention. Une idée majeure à retenir : nos métiers sont en "béta perpétuel".

Virginie Chaigne (BMVR de Marseille) assistait à la matinée. Voici son compte-rendu : compte-rendu-matinee-par-virginie-chaigne.doc(Merci Virginie !)

Les différents powerpoints ou liens des intervenants dans l’ordre d’apparition sont accessibles ici :

biblioblogs-and-co.ppt par franck queyraud (Médiathèque de Saint-Raphaël)

la-syndication-de-contenus-par-veronique-ginouves.ppt de la MMSH (Maison Méditerranéenne des Sciences de L’Homme)

Celui d’Hervé Le Crosnier n’est pas encore disponible. Hervé Le Crosnier, le papa de la liste de diffusion biblio_fr est aussi éditeur.

Bibliothèques et publics en réseau par Hervé Le Crosnier, maître de conférences à l’Université de Caen.

Pour vous faire patienter, vous pouvez regarder :

- "Web 2.0 et bibliothèques numériques" / Hervé Le Crosnier, Les entretiens de la BNF, 8 décembre 2006 ;

- "Web 2.0 et documentation : Quand le web 2.0 interroge les pratiques documentaires", conférence ADBS, le 6 juillet 2007 / Hervé Le Crosnier.

Enfin, vous pouvez lire une intéressante réflexion de Francis Verger sur son blog : Un petit cabanon à partir de l’intervention d’Hervé Le Crosnier et autour des CUCS (ah… je déteste tous ces acronymes !) : contrats urbains de cohésion sociale.

presentation-koha-alcazar.ppt par jérôme pouchol , chef de projet Koha, médiathèque intercommunale Ouest Provence :

une-web-tv-a-martigues.ppt par christophe xicluna de l’espace multimedia de la Médiathèque de Martigues et pascale furioli, responsable d’antenne de Canal Maritima.

Voir aussi un exemple : Je kiffe ma ville est une émission réalisée par les web reporter de la médiathèque de Martigues. Des jeunes journalistes vont vous faire découvrir à travers leurs chroniques et leurs reportages ce qui fait bouger la ville…

Biblioses@me : une intervention d’Annie Prunet du Département Références de la BMVR de Marseille

la-documentation-electronique-en-bu.ppt par Anne Dujol, directrice du SCD Aix-MArseille II

Retrouvez la bibliothèque provençale présentée par Stéphane Ippert directeur du Centre de Conservation du Livre (CCL) d’Arles

pret-de-livres-electroniques-a-aix-marseille-ii.ppt par martine sambucco, conservateur au SCD Aix-Marseille I

Lire ? Sur du papier ? Oui, c’est encore possible en consultant la bibliographie réalisée par le service de références de la BMVR de Marseille : biblio-pratiques-numeriques-en-paca.doc

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Pour aller plus loin :

j’ouvre mon blog qui vous explique comment créer le votre sur WordPress avec plein d’exemples à la clef…

Un seul mot : Essayez !

Silence.