Bienvenue !

Tel est le titre d’accueil du marque-page de la Médiathèque de Cavaillon et des bibliothèques du réseau Provence Luberon Durance…

Petit carton d’invitation à destination de :

Bienvenue !

aux dévoreurs de pages,

aux cinéphiles,

aux passionnés d’actualité,

aux mélomanes,

aux amoureux des livres,

aux éternels étudiants,

aux internautes,

aux enfants,

à tous…

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Silence

Oui, FERMONS LES BIBLIOTHEQUES pour éveiller le désir des lecteurs... Ce n’est pas moi qui le dit… mais Amos Oz, dans le Grand Entretien qu’il donne à Alexis Lacroix dans Le Magazine Littéraire de février 2010 :

« Quand j’étais professeur dans un lycée, j’essayais d’éveiller l’appétit pour la littérature chez mes élèves. Je leur expliquais que lire était comparable à un processus érotique. Quand on prend un livre que l’on n’a jamais lu, on déchiffre le titre, on regarde la couverture, on l’ouvre, on le parcourt, parfois on le sent, on le renifle, et puis on commence. Et là, c’est une affaire d’alchimie personnelle entre le lecteur et l’écrivain. Dès la première page, ça prend ou ça ne prend pas. Tout commence par cette aventure charnelle. Peut-être la lune de miel entre les lecteurs et le livre appartient-elle à une époque révolue  Si cela devait être le cas, il subsisterait toujours une minorité passionnée. Et si un jour on fermait toutes les bibliothèques, il y aurait des lecteurs en manque qui s’y introduirait  par effraction ! « 

Chiche !

Silence

Je ne sais plus  comment au gré de mes flâneries sur le net, j’ai découvert ces drôles de petits livres virtuels que l’on appelle dorénavant des kiibook. Cela m’a tout de suite séduit.


L’expérience Kiibook proposée par la bibliothèque Carré d’art de Nîmes permet à qui le souhaite de créer des livres virtuels en PDF  grâce à plusieurs alphabets de lettres et de signes qu’il s’agit de combiner. Un blog associé permet de voir les contributions des participants.


Mais, laissons, le responsable du projet nous dire qui il est,  comment est né ce projet et comment il évoluera…

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Qui êtes vous Alexandre Simonet et quel est votre rôle au sein de Carré d’art Bibliothèque de Nîmes ?

Alexandre Simonet : j’ai intégré Carré d’art Bibliothèques en 2003 comme responsable de l’Espace Culture Multimédia après avoir été responsable durant 5 ans de l’ECM du Florida à Agen, un des tous premiers espace public de création numérique dédiés aux musiques amplifiées (spécial remerciement à Philippe Berthelot) ouvert fin 96/début 97.

J’ai ainsi accompagné et suivi l’émergence des cultures des arts numériques notamment celles issues des réseaux Internet et consorts, mouvement que j’ai poursuivi à la bibliothèque de Carré d’Art en accueillant de nombreux artistes, acteurs et publics intéressés par les usages socioculturels et éducatifs du numérique.

En 2007 il a été décidé d’intégrer un volet numérique dans le projet global d’établissement de Carré d’Art Bibliothèques. L’ensemble des secteurs de la bibliothèque et de ses services  (jusqu’aux murs même !) est désormais concerné par le développement solidaire du numérique.

En 2008 j’occupe la fonction de chef de projet et d’autre part, j ‘interviens auprés de l’équipe de direction et du personnel en soutien dans les domaines de la prospective, de la médiation et du développement multimédia en rapport avec les arts et les cultures numériques.

Pour être complet sur le sujet j’ai été élu, il y a peu à la présidence de l’association Kawenga un des tous premier lieu de création numérique sur Montpellier et la région Languedoc Roussillon destiné notamment à fédérer les acteurs culturels du numérique en région.

Kiibook est finalement l’histoire d’une transition.

Comment est né le projet Kiibook, pourquoi ce projet et ce qu’il est… en premier lieu ?

Kiibook est d’abord le fruit d’une rencontre et d’une longue maturation indirecte au projet. J’ai découvert le travail de Jean luc Lamarque en 1997.

Il venait d’inventer le pianographique (http://www.pianographique.net), et à l’époque je n’avais pu trouver les opportunités pour travailler avec lui. Pianographique est un instrument multimédia graphico-musical qui permet de mixer divers médias issus du web. C’est un peu l’ancêtre de wj’ing.

Ce n’est qu’en 2005 que que nous nous sommes rencontrés autour d’un atelier de création numérique (auprès d’artistes locaux) avec pour objectif de réaliser un abécédaire multimédia. Cela faisait un moment que Jean Luc se rapprochait de l’univers des mots (paroles), et du texte.

C’est après l’excellentissime bouche à bouche, et la création du projet de chorale interactive sur le mode de la beatbox ( http://www.pianographique.net/bab) construite autour d’un sonnet écrit au XVII ième siècle (sur le thème de la bouche) que je me suis dit  : c’est peut être le moment de lui faire une proposition.

C’était un soir après l’atelier, au café, de façon tout à fait informelle, que je lui ai proposé de remplacer la musique par du texte et de construire un pianographique sous la forme d’un « pianolivre », à l’image de ce que pouvait faire le livre d’artiste. Il y avait pour moi là une évidence et beaucoup d’analogie entre le pianolivre et le livre d’artiste qui m’ont été plus tard confirmé par des écrits, des expositions ou par des faits liés aux pratiques artistiques de réseaux qui se rapprochent terriblement du livre d’artiste. Il est à noté que l’univers du livre d’artiste ne nous était familier ni à l’un ni à l’autre.

Ce qui soutenait l’idée, c’était une envie de développer un projet autour de la littérature numérique, de faire le lien avec la structure qui accueillait le projet (une bibliothèque où l’écrit classique à une grande importance) tout en travaillant sur la désectorisation entre les secteurs numériques et patrimoniaux. La collaboration avec l’équipe patrimoniale et l’ouverture du fonds contemporain du livre d’artiste dirigée par Evelyne Bret a été pour nous très formatrice et aussi très exaltante …

Les objectifs étaient assez simples, nous souhaitions faire connaitre davantage le livre d’artiste au grand public et ouvrir le cercle restreint des amateurs du livre d’artiste à des développements numériques possibles afin qu’il y ait des échanges et des rencontres sur des modes de création plus populaires actuellement plébiscités par le public et eux aussi fondés sur les techniques du mix-média.

Le projet de pianolivre dans sa première phase devait donc être, avant tout, un instrument grand public permettant de faire le lien (médiation) avec l’univers du livre d’artiste plus particulièrement par le biais des ateliers d’écriture adultes comme enfants. C’était l’objectif de base que nous avons concrétisé à travers la version 1. Nous avons pu démarrer fin 2007.

L’idée du nom kiibook vient d’un pied de nez. Nous souhaitions un nom retenu de tous, un peu ludique (key en anglais veut dire touche du clavier, nous avons remplacé le « ey » par deux « ii » pour paraphraser une célèbre plateforme de jeux vidéo sans fil, et book le livre). Nous avons présenté kiibook version 1 en mars 2008 à l’occasion du salon du livre d’artiste, une manifestation que Carré d’Art organise chaque année…

Quand nous sommes sur le site Kiibook actuellement, nous sommes sur la version 2. Comment s’est effectué le passage entre la version 1 et la 2 ?

La version 1 de Kiibook permettait de créer son livre d’artiste à condition que le navigateur reste ouvert. Il n’y avait pas la possibilité d’enregistrer son livre afin d’y revenir plus tard. L’idée était surtout de couvrir l’ensemble de la production du livre de la composition en ligne à son impression en allant jusqu’au façonnage. En 1 heure 1/2 on pouvait couvrir l’ensemble de la fabrication mais il faut bien reconnaitre que cela relevait de la performance. Le fait de ne pas pouvoir enregistrer son travail rebutait ceux qui souhaitaient inscrire leur création dans la durée. C’était une demande des enseignants mais aussi des élèves que de permettre l’enregistrement des données.

C’est pour cette raison qu’avec Jean Luc lamarque nous avons travaillé au développement d’une interface permettant l’ouverture et la gestion de bibliothèques personnelles. Désormais chaque auteur peut s’inscrire dans un vrai projet éditorial. Kiibook, dans sa première et deuxième édition, a été pensé davantage comme un outil de médiation aux livres d’artistes et aux arts numériques que comme un projet d’édition à part entière.

Comment avez-vous organisé les animations (les ateliers) au sein de la bibliothèque ?

L’idée de sensibiliser le grand public aux nouvelles formes de littératures numérique est omniprésente et les ateliers que nous organisons ont pour objectif de faire toucher aux publics ces nouvelles matérialités de l’écrit (objet numérique de lecture, d’écriture, de partages et de création) en utilisant les outils et les technologies actuelles. Nous souhaitions agrandir le cercle de ceux qui apprécient le livre d’artiste. Il y a des convergences de pratiques fondées notamment sur le mixed-media qui permet de toucher de nouveaux publics qui ignoraient tout de l’existance du livre d’artiste.

Nous commençons toujours nos ateliers par la découverte du fonds contemporain de livres d’artistes de la bibliothèque. Les auteurs et éditeurs les plus connus sont exposés et expliqués en guise d’introduction à l’atelier (Munari, Cox, les trois ours…etc). Cela permet de motiver les participants. L’atelier se décline ensuite en trois grandes phases : une phase d’écriture ou de sélection de texte à valoriser ; une deuxième phase qui permet de travailler la composition et la superposition entre le texte et les alphabets graphiques ; la troisième phase se décline sous deux formes : la publication d’un livre papier ou bien la création d’un ebook au format PDF que l’on peut transformer en livre à feuilleter et publier sur le blog de kiibook. (http://www.kiibook.com/blog).

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Quel est  le profil des personnes participant à l’atelier…

Je dirais qu’il n’y a pas de profil type. Pour l’instant, ce sont les enseignants, les bibliothécaires qui trouvent en kiibook un outil de médiation intéressant autour de l’écrit de la littérature et du livre d’artiste ;  sur la première version nous avons eu énormément de scolaires (9-12ans). Les graphistes et designers sont très surpris, intéressés par l’idée mais je pense que, tout comme le livre d’artiste, kiibook ne doit pas être un outil pour artiste solitaire. Or le fait de s’appuyer sur la convergence numérique fait que l’écrivain et le designer sont souvent la même personne ; sur la troisième version,  la rencontre et le dialogue entre les acteurs du livre sera au cœur du nouveau développement.

Enfin, comment avez-vous communiqué autour de ce concept : livre d’artiste et  outils sur le net ?

En terme de communication, nous avons subi la disparition de biblio.fr. En effet nous avons pu mesurer ce que la liste de diffusion nous avait apporté sur la première version c’est à dire au commencement un noyau d’une centaine d’usagers, puis sur un an un millier d’utilisateurs uniques. Pour combler ses manques nous avons du passer par les outils dits sociaux [voir la page Facebook] et je dirais que ces outils et leur capacité à promouvoir efficacement une information est un peu moins satisfaisante. Il est vrai aussi que leurs utilisations demanderaient une modération de tous les instants. Le lien, il faut l’entretenir, l’animer, l’enrichir, c’est un travail à part entière.

Nous avons choisi une autre stratégie. Nous cherchons à entrer en contact avec des collectifs ou des structures /institutions relais qui partagent les mêmes centres intérêts notamment pour la création numérique. Par exemple la sortie de kiibook a été relayé par les EPN de la région Walonnie, ce qui a permis à une professeur d’art plastique de Tarascon (Bouches du Rhône) qui faisait de la veille pour un projet de résidence d’artiste avec une soixantaine d’élèves de seconde de nous contacter pour créer un alphabet graphique sur le thème du visage. Nous sommes partis sur une collaboration qui, un jour ,pourrait déboucher sur un projet interégional.

Nous cherchons à rayonner localement autour de logiques de projets. Il y a des rapprochements  entre les différentes directions de la Ville, Culture, Education, DSI (direction des services informatiques) dans lesquelles nous pouvons nous inscrire en terme de médiation, de développement des usages et des contenus  qui viennent compléter une politique de numérisation liées aux équipements et infrastructures des écoles primaires. Nous étudierons la possibilité d’accompagner les enseignants et les équipes pédagogiques à l’utilisation de kiibook avec le CDDP du Gard avec qui nous avons passé une convention.  Potentiellement se sont l’ensemble des écoles primaires de la ville de Nîmes qui pourrait en bénéficier. C’est une logique de mutualisation que chacun est libre d’emprunter.

Les autres utilisateurs se sont les associations. Une association nîmoise ( Lire et faire Lire) souhaitent être formée (11 personnes) pour intervenir dans les écoles primaires. Nous sommes également en contact avec des associations de quartiers et des écrivains qui cette années souhaitent valoriser les écrits publics produits dans le cadre d’ateliers…

Dans la partie Le propos, vous annoncez une nouvelle évolution avec de nouvelles possibilités (cabinet de lectures …) ?

Après avoir développé l’axe de médiation et de création, nous cherchons à développer un Kiibook Edition appliqué aux nouveaux contextes de création et de diffusion des bibliothèques numériques. Nous sommes au cœur du questionnement sur les bibliothèques hybrides qui rejoignent également les interrogations sur les nouvelles matérialités de l’écrit et plus largement sur ce que les arts numériques ont mis en lumière depuis une dizaine d’années, c’est à dire la numérisation tangible des espaces et des lieux culturels et de leur interaction avec le public dans le prolongement de ce qui s’est passé sur les réseaux. Kiibook édition sera composé d’une seule et même interface Web déclinée sur trois types d’objets avec des fonctions et des usages spécifiques pour les publics :

1 – le cabinet de lecture à fragmentation : (écran fixe et/ou nomade) – Lecteurs

Il s’agit ici de concevoir un espace de lecture et de concentration adapté aux contraintes du Web et à la culture de l’écran (Fixe/Mobile). Cette interface combinera dans le même geste furetage et lecture du fragment, permettra son isolement temporaire, son examen, celui de ses liaisons, pour être enfin sélectionné et transmis à la manufacture à histoire. Il sera possible également de procéder sur cette interface à des lectures sonores de ces fragment s et à leur capture (performance possible).

Le cabinet de lecture s’appuiera sur une base de données partenaires identifiée pour sa qualité littéraire (un site, un blog, un flux). Le cabinet dans un premier temps fera court et cherchera à valoriser : lettres typographiques, mots, billets, commentaires, articles, notes, aphorismes, citations, sentences, saynètes, sonnets, textes d’atelier, tout doit pouvoir y passer et témoigner de l’écrit du vivant. A ce titre chacun pourra s’y rendre et s’y abonner dans un jeu de représentation permanent autour de l’extraction du texte où lire pourrait également à voir avec écrire.

On est donc là dans l’antichambre sympathique de la création où l’on peut choisir ses textes tout autant pour ce qu’ils signifient que pour ce qu’ils représentent, avant de les transmettre à la manufacture à histoires.

2 – La manufacture à histoires (marqueterie digitale) – Créateurs

Ici le lieu de la rencontre tel que nous le connaissons dans le KIIBOOK actuel. Un espace de confrontation et d’arrangement entre le texte et les alphabets graphiques. C’est le lieu de la fabrique et de la composition qui pourra se fera se faire, en temps réel et simultanément, sur une ou plusieurs tables interconnectées réparties sur plusieurs bibliothèques  Une fonderie où le peintre, designer, graphiste et les écrivains pourront, le plus simplement possible, composer  et échanger, en temps réel, sur place ou à distance, autour des nouvelles matérialités de l’écrit sur un livre : travailler à la création personnalisée des alphabets graphiques, à leur intégration, à la juxtaposition des fragments, à leur mise en scène, à l’imposition des pages. L’interface devra faciliter « ces têtes à têtes à plusieurs ». La manufacture à histoires sera le lieu de la manipulation partagée. Il s’agira d’améliorer l’interface, d’inventer de nouveaux outils combinatoires, de faciliter leur prise en main jusqu’à l’impression, jusqu’au façonnage physique des livres d’artistes tout en transmettant les fichiers numériques ainsi obtenus à la bibliothèque à conversation.

3 – La bibliothèque à conversation (installation/projection interactive) – Publics

Ici (une salle d’exposition) le lieu de la représentation publique des KIIBOOK. Chaque institution ou individu pourra créer sa bibliothèque pour conserver ses kiibook sur le Web, mais aussi les mettre en partage et les diffuser selon une scénographie des accès qu’il reste à inventer (hélice, cartographies culturelles, autres…similaire à ( http://incunable.nimes.fr) toujours avec Jean Luc Lamarque.

Chaque livre devra pouvoir faire l’objet d’un feuilletage virtuel utilisable sur le Web mais aussi « vidéoprojetable » à l’échelle 1, sous forme de projection interactive et immersive dans une salle d’exposition. Cette bibliothèque devra encourager le dialogue physique autour des livres, de leurs critiques, par le biais de commentaires et/ou de «comment faire» vidéos ou audios déposés par le public. C’est le lieu du retour sur création où chacun pourra rendre compte de ses propres expériences de lecture de façon la plus vivante possible.

Et le partage de cette expérience avec d’autres bibliothèques… Pouvez-vous nous en dire plus ? Une convention sera nécessaire ?

Je n’ai aucun doute sur le développement technologique d’un tel projet. La bibliothèque de Carré d’Art a ouvert plusieurs chantiers numériques « quartier et jeunesse » qui constituent aujourd’hui nos chantiers prioritaires. Nous devons veiller à ce que ce projet ne déséquilibre pas les priorités actuelles.

Nos moyens sont comptés et limités. Entreprendre le développement sur une seule bibliothèque n’est pas souhaitable et je pense qu’on aurait beaucoup a apprendre des autres projets qui ont pu être expérimenté par d’autres bibliothèques et avoir le recul nécessaire pour discuter des usages en terme d’écriture et de lecture numériques et d’interaction des public avec les nouveaux médias.

Kiibook édition doit être discuté plus largement : le positionnement juridique, un développement open source par rapport à flash et as3, quel positionnement artistique pour Jean Luc  Lamarque, la question de l’accompagnement et du développement des usages publics, la formation des bibliothécaires….

Je crois que nous devons aller au delà de la simple initiative isolée et travailler à l’interconnexion culturelle des systèmes d’information, des acteurs, des lieux par le biais de nouvelles interfaces.

Nous pouvons mettre en commun nos budgets (chacun dans la mesure des ses moyens et de ses objectifs) nos compétences et opérer à des rapprochements par des partenariats qui pourraient assurément être conventionnés.

C’est en cela que les artistes numériques et multimédias peuvent aider à dépasser le formatage lié aux usages logiciels en terme de développement, d’ergonomie, et d’organisation modèle largement imposée par l’industrie de l’informatique et du logiciel (quelques fois un peu dépassé). Les artistes numériques sont prescripteurs (en partie) de nouveaux usages qui sont ensuite récupérés et diffusés plus communément au sein de la société par l’industrie.

En ce qui concerne l’usage de Kiibook au quotidien nous l’avons voulu le plus direct possible il n’est pas nécessaire d’avoir une autorisation spéciale pour l’utiliser…

Je remercie Alexandre d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Nous lui souhaitons de continuer à développer ce beau projet. Les potentialités de cet outil sont infinies. Et vous, qu’en pensez-vous ? Et si vous essayiez de réaliser votre premier kiibook ?

FQ

Cet article est paru dans La Revue de Livres pour enfants n° 248 de Septembre 2009 sous le titre : Vers des médiathèques numériques ? Je reprends le titre que j’avais proposé à l’origine.

Une certaine tendance de la médiation en bibliothèque jeunesse

Cela fait un an et demi que nous sommes étonnés ! Un an et demi, que plus d’une centaine de jeunes de 8 à 15 ans qui ont pourtant une connexion Internet à la maison ou chez leurs « potes » viennent, chaque jour, à la médiathèque de Saint-Raphaël retrouvant leurs copains, sur un jeu en ligne (le mmorpg DOFUS [2]) en subissant nos règles, nos contraintes (c’est-à-dire seulement une heure par jour, sur le ou les serveurs que nous leur imposons) et nos cris d’orfraie s’ils franchissent les limites. Ce qu’ils font tous les jours, évidemment ! Pour la plupart, ils n’étaient pas abonnés à la médiathèque.

Comme beaucoup de bibliothèques, nous avons suivi et accompagné le développement du « multimédia » : d’une première logithèque à la création d’un département multimédia spécifique avec l’acquisition d’un logiciel (CD-line d’Archimed) gérant une centaine de cédéroms en réseau, disposés dans des tours mâtinées de quelques accès Internet bridés (pas de tchat surtout !). Du prêt de cédérom (plus de 700) : des jeux – forcément – ludo-éducatifs, d’aventures ou des méthodes de langues…sans ironie aucune ou presque… ça marchait… et puis ça a moins marché. Les courbes statistiques de la fréquentation se sont inversées vers 2005.

2005 ? L’arrivée phénoménale des blogs, du RSS, de MSN, des SMS, des premiers réseaux sociaux, du développement des accès ADSL à la maison. Que d’acronymes en forme de coup de pied aux fesses pour notre profession !

L’expérience du multimédia à St Raphaël : « tout en ligne».

Pourtant, nous ne devrions pas être étonnés ! Comme tous professionnels sérieux, nous avons pris le temps de la réflexion face à la révolution des accès aux savoirs  : observé les « mômes » sur Internet (nos listes de signets et de sites « sérieux », ils s’en moquaient…ayant vite pigé le concept des moteurs de recherche) ; remarqué – bien obligé – que les accès Internet envahissant les domiciles, les regards de nos usagers ne se portaient plus sur nos encyclopédies « papier » mais sur Wikipédia ou sur la première réponse obtenue par le moteur de recherche Google ; discuté avec les collègues d’autres bibliothèques ; participé à des journées d’études ; lu des enquêtes et trouvé que celle-ci : « les loisirs culturels des 6-14 ans» correspondait bien à ce que nous observions des usages de nos jeunes usagers ; compris qu’avec le temps notre belle médiathèque pourrait devenir une coquille vide de l’essentiel : son public. Le but de cette introspection : repenser la notion de médiation et la nature de nos propositions. Concrètement, d’abord, abandonner le réseau vieillissant de cédéroms ; puis ne plus en acheter et enfin, proposer une solution « Tout en ligne », grâce à une interface dédiée : la zone numérique jeunesse – porte d’accès à nos choix de médiateurs sur Internet. L’interface est découpée par tranche d’âge avec des liens vers les catalogues ou blogs de la médiathèque permettant de s’orienter rapidement. Chaque rubrique comprend des sous-rubriques selon les centres d’intérêt de la tranche d’âge concernée. Nous avons relayé les projets thématiques des collègues jeunesse comme celui de « la mémoire » cette année. Mise en ligne également sur le site de la bibliothèque, cette interface permet aux enfants de retrouver les sélections des bibliothécaires à la maison. Nous n’interdisons pas l’accès au site de jeux de TF1 mais incitons à d’autres découvertes. Ce que les parents nous disent apprécier. Dofus, le jeu en ligne est l’un des aspects de cette politique d’accès. Nous avons ouvert les portes des messageries instantanées et animons un blog pour les 8-15 ans nommé medi@zone avec des billets adaptés, « leurs » musiques (sur le site « légal » deezer) et parfois des contributions des jeunes (récemment un film de type « yamakasi » réalisé avec un portable ). Cet aspect de la participation des jeunes, de la parole de nos publics sur un blog ou un wiki de la collectivité est encore une piste à explorer et à baliser.

Retrouver notre place de bibliothécaires généralistes ?

La médiation est un axe qui devient de plus en plus central dans notre métier. Aujourd’hui, la question semble bien d’abandonner nos étiquettes de spécialistes pour redevenir des bibliothécaires plus généralistes. Quant à nos collègues, souvent plutôt colorés de littérature de jeunesse, de musique sérielle ou d’histoire du moyen-âge, ils doivent acquérir maintenant une touche supplémentaire : celle du multimédia. « Pourquoi l’apprentissage des technologies émergentes fait partie du travail de tous les bibliothécaires », est le titre de l’intervention donnée par Kathryn Greenhill, bibliothécaire à l’Université de Murdoch, citée sur le biblioblog Marlene’s corner : « Je n’ai pas le temps » est une des objections les plus entendues et Kathryn Greenhill recense vingt et une raisons d’utiliser les outils 2.0 dont « notre mission de base est la mise en relation de gens et d’informations ». L’expérience de Chermédia, de la BDP du Cher est exemplaire. Il s’agit de former les professionnels et bénévoles de ce département à tous ces nouveaux outils. Une belle dynamique pour en définitive réaliser des projets bien réels autour de la bibliothèque, redevenue un foyer d’accès au savoir. Reste à dialoguer avec les services informatiques de nos collectivités pour nous permettre d’accéder aux ressources.

Véronique Soulé le rappelait fort justement dans un précédent numéro de la revue des livres pour enfants, paru en 2002 : « Introduire Internet en bibliothèque c’est introduire une nouvelle façon d’accéder au savoir et à la culture ».

Quelle sera la valeur ajoutée par la bibliothèque ?

Une étude récente effectuée par l’IPSOS à la demande d’e-enfance nous apprend que 91 % des 9-17 ans utilisent Internet pour rechercher de l’information. 80 % pour communiquer avec leurs amis, 68 % à regarder des vidéos. 61 % des jeunes ont utilisé Internet avant 10 ans. Quelle sera alors la valeur ajoutée par la bibliothèque pour qu’elle continue à être un lieu attrayant et fréquenté ?

Toutes les enquêtes sur les usages d’Internet pointent la place centrale de la maison en ce qui concerne les accès à Internet. Offrir un ou plusieurs postes d’accès à Internet peut être un premier attrait statistique fort pour votre établissement mais peut mener vite à une gestion passive voire conflictuelle, d’accès à ces postes, si le seul projet est de donner accès à Internet ! (Même si la fonction « cyber-café » est très présente en bibliothèque). Il nous revient toutefois d’apporter de la valeur ajoutée à notre offre d’accès à Internet. Voici quelques grands types d’expériences possibles en médiathèque jeunesse.

Cette interface de la zone numérique jeunesse, déjà citée plus haut, est un exemple de mise en valeur des sites. Un gamin arrive à la Médiathèque : il s’installe sur un poste. Il file tout de suite sur You tube et visionne un combat de catch. Il a douze ans. Comment a-t-il pu connaître ce « sport » qui –reconnaissons-le – ne passe pas régulièrement à la télévision ? Ce type d’usage doit jouer le rôle d’un petit caillou blanc permettant de trouver le chemin numérique de ces enfants que nous appelons des « digital natives » ? Aurions-nous proposé, nous les passeurs de culture, ce thème spontanément ? Comment créer des liens entre ce gamin passionné de catch, sport où l’on fait croire que… et un auteur nommé Molière et sa pièce Tartuffe, où il s’agit de faire croire que… ? C’est la clé à trouver pour construire une passerelle entre nos savoirs déjà bien établis et des savoirs en devenir.

Pour valoriser le côté interactif des accès à Internet, à Saint-Raphaël, nous avons également modifié l’espace multimédia jeunesse en plaçant notre poste de contrôle horaire des accès au centre des enfants et en créant un coin ados comprenant mangas, comics, cédéroms en prêt et cubes-présentoirs pour présenter d’autres documents (romans, albums, documentaires ou DVD jeunesse). Bénéfice ? Une connaissance accrue des usages des enfants facilitant l’aide que nous pouvons leur apporter. Le succès rencontré avec le jeu Dofus a permis l’inscription de nouveaux abonnés (plus de cent nouvelles en trois mois) et une augmentation du prêt. Passé l’heure quotidienne de connexion à Internet, les autres potentialités de l’espace jeunesse attirent les jeunes.

Les blogs de bibliothèques ou de bibliothécaires jeunesse sont aussi un mode de médiation dynamique. Ils permettent de mettre en valeur les acquisitions et donner des conseils de lecture en favorisant les commentaires, de présenter les animations à venir ou passées, d’informer et de garder trace des activités, de publier des vidéos ou de faire des liens vers des ressources. Le blog Trollire des bibliothécaires jeunesse de Grenoble (38) accueille les critiques des livres lus par les enfants. Un des avantages du blog est de s’abonner à des flux RSS pour recevoir l’information directement dans sa boite mail et ainsi fidéliser son public.

Sur le même mode, le blog Je lis, tu lis, nous aimons de la médiathèque de Chassieu (69) est associé à un site Myspace et à une page Facebook. La bibliothèque jeunesse se dissémine ainsi sur tous les lieux susceptibles d’être fréquentés par ses jeunes lecteurs.

Dans le réseau des bibliothèques de Montréal, par exemple, c’est la forme du club de lecture qui est rajeunie. Dans un jeu animé par un détective virtuel, l’agent 009, les enfants découvrent des livres selon leur âge et un ensemble d’activités est organisé autour de la lecture. Des sites thématiques autour du polar sont disponibles. Sur Black polar, les enfants ont 15 minutes pour lire une courte nouvelle et percer l’énigme sous la coupe du commissaire Blondel.

Enfin, Blog à part de la bibliothèque de Toulouse parle aux enfants de littérature, de cinéma, de musique et de sorties. C’est une forme actualisée du journal, plus simple à réaliser et avec un ton et un projet éditorial adapté. Citons aussi le blog des bibliothécaires jeunesse de Toulouse où l’on se retrouve dans la cabine d’un vaisseau spatial !

Sur l’agglomération de Fréjus Saint-Raphaël, les deux médiathèques, les lycées et collèges du territoire local se sont associés pour créer un prix littéraire relayé sur le blog De la plume à l’oreille. Documentalistes et bibliothécaires choisissent cinq livres par an. Les enfants lisent, votent pour leur préféré et un ou plusieurs auteurs viennent rencontrer les enfants. Vous pouvez voir le résultat en regardant le podcast consacré à Erick L’Homme (et sa série Phaenomen) publié sur le site de la bibliothèque de Saint-Raphaël rubrique conférences en ligne .

Le comité départemental de lecture jeunesse du Var a ouvert très récemment un blog pour « prendre un virage contemporain » et surtout mettre à disposition les analyses de livres réservées jusqu’à présent aux professionnels membres du comité. Les blogs de bibliothèques publiques sont nombreux et regorgent d’idées. Touti Frouti est le portail qui les recense. Si vous ne savez pas par où commencez, jetez-y un œil !

En utilisant un agrégateur de fils RSS comme les univers netvibes, vous pouvez à votre tour présenter sur une plateforme mutualisée une sélection de sites et de blogs selon une thématique propre au projet jeunesse de votre bibliothécaire. Les éditions Milan ont été un des premiers éditeurs à saisir la pertinence de cet outil pour faire la promotion de leurs titres. D’autres ont créé des univers de ressources pour les collégiens fréquentant le CDI du collège Jean Malrieu de Marseille (13) ou encore un univers consacré aux jeux littéraires comme à la Médiathèque de Saint-Quentin en Yvelines (78). Pour d’autres idées, rejoignez le wiki Bibliopédia à la page « Bibliothèques sur netvibes ».

Wikipédia et Wiki-Brest n’ont plus besoin de démontrer leur succès et leur pertinence. L’approche collaborative permet de fédérer des savoirs et des compétences qui n’ont pas toutes été reconnues par un diplôme. Avec le web 2.0, la notion d’expert est remise à plat. Outils idéaux pour des projets d’écriture collective , deux wikis à destination des jeunes sont récemment apparus. Vikidia et Wikimini proposent aux enfants de 9 à 13 ans d’écrire des articles à la manière de Wikipédia, leur grande sœur. Il serait intéressant de se saisir de ce type d’outil en bibliothèque. La médiathèque de l’Astrolabe de Melun (77) propose un atelier d’écriture en ligne, Marelle, zone d’écritures poétiques , où tout un chacun peut participer.

Récemment, Christelle Membrey, professeur de lettres et formatrice TICE a ouvert un site coopératif basé sur l’outil Ning qui permet de créer un réseau social : Education Media Internet. Ce site au slogan « On ne naît pas internaute, on le devient » est un lieu d’échanges et de réflexions. Une adresse intéressante pour y participer éventuellement.

Enfin, proposer du jeu vidéo en ligne ou sur autre support est une possibilité qui permet de  donner une vision plus attractive de la bibliothèque auprès du public jeune. A nous ensuite de les attirer vers nos autres potentialités. Les jeux en ligne sont accessibles à tous : sur Dofus, nous utilisons à Saint-Raphaël la partie gratuite du jeu depuis plus de un an et demi sans que les enfants aient épuisé les ressources du jeu. Attrait supplémentaire : tous les deux mois, un combat « amical » en ligne a lieu avec les enfants de la médiathèque de Roquebrune sur Argens. Trois autres communes du 13 et du 34 nous rejoindront fin juin 2009 pour un combat élargi ! En janvier 2010, nous sommes huit bibliothèques à jouer ensemble. Depuis peu de temps, les jeunes usagers des bibliothèques de Montpellier jouent à la médiathèque sur les consoles de jeu les plus connues pour « partager, dialoguer, se concentrer, respecter autrui,  apprendre les règles, [qui] sont autant d’attitudes que les jeux développent. Elles sont déterminantes pour vivre harmonieusement avec les autres ». Reste à résoudre le problème des droits de prêt de ces nouveaux supports si nous souhaitons prêter ces jeux. Il faut reconnaître que les grands majors créateurs des jeux les plus utilisés ne semblent pas très pressés d’atteindre la niche bibliothèque ! Enfin, l’un de mes collègues bibliothécaires réalise un blog incontournable : Jeux vidéo et bibliothèque qui vous apportera de précieux éclairages.

Faire évoluer notre regard sur la médiation…

Le site Yahoo Questions Réponses interroge notre métier de façon intéressante. Il recueille en moyenne 2.3 millions d’utilisateurs par mois en France. On peut poser tout type de questions sur ce site collaboratif qui tient plutôt du forum ou de la messagerie instantanée. La qualité et la pertinence des services de questions/réponses proposés par les bibliothèques sont aux antipodes de cette approche. Ce serait formidable si des étudiants en information-documentation se penchaient sur ce site avec sa forme d’expertise très spécifique, où la médiation est faite par chacun pour tous.

Blogs, fils Rss, ou Wikipédia sont emblématiques de ce web inscriptible et collaboratif et créent une énergie positive. Toutefois, du côté des professionnels, nous devons nous autoformer en permanence face à ce web en bêta perpétuel. N’oublions pas que nos « digital natives » n’ont pas nos appréhensions face à la nouveauté, qu’ils ont besoin de balises et de méthodes pour naviguer en toute sécurité. Vous avez dit médiateurs ?

FQ

Ce billet est publié simultanément dans la revue Bibliothèque(s) n°47-48 de décembre 2009, sur le bibliolab, rubrique le billet des hybrides et sur ce blog.

« 350 millions de membres, et vous… ? » Autrefois, la bibliothèque accueillait des lecteurs, ils sont devenus des usagers. Aura-t-elle bientôt des amis, voire – à l’image des clubs de football et des groupes de rock – des fans ? Certaines ont déjà tenté l’expérience. Pourquoi, comment ?

 

J’ai 800 amis sur Facebook ! Ce qui nous gêne, ce qui revient comme une antienne dès que nous parlons d’un réseau social sur Internet, c’est le nombre d’amis que nous pouvons avoir. Car, sûr, dans la vraie vie, donc non-virtuelle, nous avons un, deux, voire une dizaine d’amis au maximum… Avoir un profil avec des centaines ou des milliers « d’amis » nous pose problème en tant qu’individu et en tant que bibliothécaire. En fait, ce terme d’amis est mal choisi. On devrait parler plutôt parler de liens… qui nous rapprochent. C’est d’ailleurs, en sociologie, un des éléments de la définition d’un réseau social

Le social networking (réseautage social en ligne) est apparu dès 1995 mais c’est à partir de 2003 qu’il s’est développé avec le site Friendster aux Etats-Unis  « qui proposait une nouvelle approche de la rencontre en ligne, largement inspirée de la théorie de Stanley Milgram, selon laquelle il existerait six degrés de séparation au maximum entre chaque personne dans le monde ». Comme l’explique Fred Cavazza sur son blog, « les médias sociaux sont donc des outils et services permettant à des individus de s’exprimer (et donc d’exister) en ligne dans le but de se rencontrer et de partager » Né, il y a cinq ans, FB a d’abord été un réseau social fermé, le « copain d’avant » des étudiants de Harvard. Depuis, Facebook a dépassé les 350 millions d’utilisateurs dans le monde

Quelles utilisations ?

On peut envisager l’utilisation et l’animation d’un réseau social à la manière du lieu bibliothèque (voir le billet si pertinent de Cécile Arènes) : agora publique, mais ici, numérique où se révèle une certaine part de l’intime d’un individu, pour rester en phase avec le thème de ce numéro, même si la grande comédie des masques sociaux n’est pas à sous-estimer (anonymat, pseudonymes, mythomanie, etc.) Pour le monde des bibliothèques, on pourrait distinguer deux utilisations majeures d’un réseau social : une utilisation personnelle et/ou professionnelle du bibliothécaire affirmant son « identité numérique » et une utilisation plus institutionnelle qui permet à l’établissement d’aller là où sont certains de ces publics.

Se créer un profil

Avant de détailler les usages, rappelons un fait important. Vous devez vous inscrire pour voir et participer. On créé d’abord un profil personnel où l’on indique… ce que bon nous semble : nos coordonnées pour nous joindre, nos études, nos passions, nos opinions politiques ou religieuses, une vraie date de naissance ou juste un jour et un mois pour les plus pudiques ! Pas d’obligation de remplir ces cases. On ne dit que ce que l’on a envie de montrer… La part de l’intime, nous conservons si nous voulons !

Deuxième étape : la recherche d’amis – maintenant vous savez que je préfère parler de liens – on cherche donc à se lier… FB vous aide à trouver des amis de plusieurs manières. D’abord, en vous proposant de chercher parmi les contacts de votre boite aux lettres (indiscret qu’il est !). Il vous dit qui est sur FB. Vous pouvez ensuite proposer à ce potentiel ami de devenir le votre. Ensuite, selon les informations que vous aurez laissées sur votre profil, FB vous suggérera des noms : gens qui aime le même écrivain que vous où qui font partie d’un groupe comme celui consacré à «  Emmanuel Guibert », l’auteur de BD. Il existe des groupes d’amateurs très sérieux et d’autres plus farfelus, qui naissent, vivent et meurent comme ils sont apparus. Ceux sur «  la main de Thierry Henry » (200 000 fans) risquent de ne pas passer l’année ! Vous pourrez aussi créer votre groupe : celui des « Amis de la BN de Côte d’Ivoire » ou le groupe consacrée à une animation ponctuelle et recevoir les commentaires des membres du groupe. Enfin, vous, vous pourrez rechercher des amis en tapant simplement leur nom.

 

Important, votre profil peut être ouvert à tous ou fermé.

 

 

 

Dans ce cas, vous avez la main (pas celle de…) pour accepter l’ami ou pas. Votre compte comprend une boite aux lettres qui vous permet de lui demander qui il est et pourquoi il souhaite être ami avec vous. A vous, de définir des critères d’utilisation de votre profil et de protéger votre vie privée ! Pour un professionnel de l’information, il est intéressant d’avoir dans ses amis des gens de nature complètement différentes pour étudier, par exemple, ce qu’ils font sur le réseau, ce qui les intéressent… On peut rester en communauté aussi (geeks, bibliothécaires… ou garagistes) mais est-ce vraiment intéressant ?

Enfin, FB est le domaine des applications en tout genre : quizz pour connaître votre niveau de culture générale sur les films gore ou pour installer une ferme virtuelle où vous semez, arrosez, récoltez ou ramassez des œufs. Vous n’aurez plus d’excuses : FB vous rappelle la date d’anniversaire de vos amis et les événements qui vous intéressent. En général, les « grands » médias se focalisent ici.

 

Des usages individuels et/ou professionnels

 

On communique sur ce que l’on appelle le mur. On le « taggue » de nos commentaires, de nos réflexions. Outil de partage et de veille, grâce à des liens vers des sites, des billets, des vidéos, au moyen d’un simple copié-collé. On peut annoncer un événement (une conférence dans votre bibliothèque, une pétition à signer, à relayer). La fonction « Partager » permet d’envoyer une information vers un groupe d’amis que vous sélectionnez. Si vous êtes sur le mur d’un de vos amis, « Partager » permet d’envoyer son information vers votre mur. C’est ainsi que se diffuse de manière massive et rapide à travers les réseaux d’amis les informations à relayer. Si vous utilisez plusieurs outils, par exemple, un compte twitter, vous pouvez coupler celui-ci  avec FB. A quoi cela sert-il ? Si vous le souhaitez, ce que vous écrivez sur Twitter sera relayé sur FB, vers un autre groupe d’amis. Vous mélangez ainsi vos réseaux sociaux et vos informations.

Le mur peut ressembler à un outil de publication comme un blog de signalement. Permettez-moi d’utiliser ma pratique. Je me suis rendu compte récemment que je n’écrivais plus sur mon blog professionnel, non plus par désintérêt mais parce qu’il est plus facile sur FB de publier ses découvertes sur le web. Mon blog, restant en usage dorénavant pour des billets plus personnels de réflexions.

Outil de veille ou de publication, FB est aussi un lieu de mémoire individuel car vous conservez  toute votre activité. C’est d’ailleurs un des reproches fait à FB : comment conservent-ils nos données, comment les utilisent-ils ? Récemment, FB a voulu changer les CGU (Conditions générales d’utilisation). En résumé, FB devenait propriétaire de tout ce que vous publiez sur votre mur, comme les photos de la fête d’anniversaire de votre petit dernier… Sous la pression, ils ont reculé. D’autres sites (Amazon, Fnac) utilisent également nos comportements sur les réseaux. La fonction « ceux qui ont acheté ceci ont acheté cela » en est la preuve. C’est la contrepartie pour utiliser ces services de manière gratuite. Mais, restons vigilants.

Enfin, l’aspect relationnel est certainement une des raisons du succès de cet outil.

 

 

 

Une fonction de tchat est incorporée à la manière d’un MSN, active ou non active. Communiquer avec un artiste devient très facile : certains se prêtent simplement au jeu. C’est une évolution du rapport artiste/fan. Un fan moins adulateur en quelque sorte. Les fonctions neuronales y gagnent ! Pour un bibliothécaire, c’est parfois un moyen plus rapide que les attachés de presse pour atteindre le futur conférencier de sa bibliothèque.

 

Des usages institutionnels

Silvère Mercier, dans un billet paru sur son incontournable blog Bibliobsession, nous le rappelait : pour une institution, créer une page qui aura des fans est préférable à un profil (individuel) qui aura des amis. Disons le, humoristiquement, cela évitera de répondre à la question sexe de votre institution ! En lisant attentivement les commentaires de ce billet, la BM d’Angers qui avait créé un profil (personnel) répond à la critique de Silvère regrettant le choix du profil. Elle a créé également une page qui ne contient en définitive que 59 fans. Par contre, le profil BM d’Angers accueille 597 amis. Décidemment, les usages de nos utilisateurs sont impénétrables. La BM d’Angers, en définitive, « alimente profil et page avec le même contenu : on fait un article sur la page et on le partage sur le profil ». Le wiki Bibliopedia possède une page qui recense les réseaux sociaux des bibliothèques francophones.

Pourquoi être sur FB pour une bibliothèque ? Réponse simple : une partie de nos usagers l’utilisent. La page FB de la bibliothèque est une annexe du site de la bibliothèque et parfois son site unique quand la bibliothèque n’a pas de site. Dès lors, se retrouvent sur la page : informations pratiques (horaires, tarifs), activités et annonces d’événements (conférences, ateliers), diaporama d’images, articles des bibliothécaires comme pour la Bibliothèque de Toulouse.

La page qui accueille des fans (ou des amis si choix d’un profil) pourra recevoir les commentaires de ceux-ci. Comme le site traditionnel, la page facebook est un outil de communication. Elle nécessite non seulement un animateur de page qui sera aussi un modérateur de la parole des usagers. Quels commentaires mon établissement va-t-il pouvoir accepter ? La question est centrale et à réfléchir avant présentation à nos hiérarchies.

Aspect positif de ces échanges : avoir les avis de nos publics, recueillir leurs demandes, faire écho et participer à la vie de la cité. C’est une application très concrète pour mettre en application toutes les remarques issues des enquêtes et colloques de connaissance des publics.

Communiquer sur les nouvelles acquisitions ou autour des animations de la bibliothèque, publier les mp3 de la bibliothèque, faire de la veille et du suivi. Certes ! Hubert Guillaud sur son blog La feuille nous interroge : « L’essentiel n’est certainement pas d’ouvrir un espace dédié à un projet clos, mais au contraire de s’ouvrir à un plus large auditoire. Le but n’est pas d’ouvrir une page ou un groupe aux couleurs de sa bibliothèque, mais d’imaginer plutôt ouvrir des groupes plus larges capables de toucher plus de monde. Pour un discothécaire, il vaut mieux ouvrir une page « I love Rock’n Roll » qu’une page au nom de la discothèque de Trifouillis-les-Oies». Message entendu par les bibliothécaires musicaux de la BFM de Limoges qui ont créés : L’e-music box (381 amis), une page qui se veut un juke-box virtuel dédié aux artistes du Limousin.

 

 

 

La fonction reset d’un jeu vidéo n’existe pas sur le web !

 

D’autres limites se dégagent sur la conservation des données personnelles. Comment sont-elles conservées ? Que deviendront-elles après notre mort ? Quand je quitte un réseau social, puis-je les effacer ? Ai-je l’assurance que ce que j’ai dit à un certain âge de la vie ne se retournera pas contre moi. C’était l’objet du récent débat à l’Assemblée Nationale suite à la proposition de loi de deux députés sur le droit à l’oubli numérique. Si Internet est un média de « flux », c’est aussi un média de « stock ». Le virtuel est toujours inscrit dans du matériel. Comme le précise, Denis Ettighoffer, fondateur d’Eurotechnopolis Institut  « L’homme numérique doit pouvoir compter sur la loi pour faire effacer des données sur le Net qui pourraient être attentatoires à son intégrité morale, à sa liberté individuelle, à celle de sa famille, qui limiteraient ou tenteraient d’influencer ses activités privées, publiques ou professionnelles. ». Il faut donc être rapidement conscient de notre identité numérique sur Internet et les réseaux sociaux. La fonction reset d’un jeu vidéo n’existe pas sur le web. Nous avons aussi le rôle d’informer nos plus jeunes usagers sur ces risques. Je passe rapidement sur le devoir de réserve du fonctionnaire que vous connaissez par cœur.

 

Conclure ? Même si le modèle économique de ces réseaux sociaux n’est pas fixé (gratuit, payant) et que le recul nous manque pour analyser ce phénomène fulgurant, ces outils ne sont pas qu’un effet de mode passagère. Ils illustrent le besoin de communication des individus qui ont tendance à se replier vers un cocon protecteur. Autant le téléphone me parait symboliser un désir de ne jamais quitter le cadre rassurant de son entourage proche, autant les réseaux sociaux représentent des volontés d’ouverture et de découverte vers les autres. Terminons par un clin d’œil en essayant de créer une loi à la manière d’Asimov : « Tout site aura dans le futur une tendance naturelle à devenir un réseau social. ».

 

FQ

Depuis plusieurs années, j’interviens régulièrement au sein de l’IUT d’Aix en Provence autour des bibliothèques et du numérique, pour les étudiants préparant le DUT et ceux de la licence bibliothèque. Ces interventions, en général, se déroulaient sur une journée. Et donc, je « ramais » toujours un peu pour proposer en une journée, un panorama des innovations du Web et ce que les bibliothèques peuvent faire ou ont déjà fait pour se saisir de ces outils appelés benoitement 2.0.

Cette année, pour la première fois, j’ai la latitude de faire cours au sein de la licence professionnelle sur un grand nombre d’heures (27 ) et de développer un cours  sobrement intitulé « Bibliothèques et numérique », accompagné d’ateliers de pratique.  Le grand luxe…

Après quelques cours magistraux introductifs, nous sommes entrés dorénavant dans la partie atelier. Et puisque, en cursus universitaire nous sommes, cela nécessite des notes et de l’évaluation. Quoi de mieux alors que d’indexer cette évaluation sur des réalisations concrètes. Permettre aux étudiants de relier théorie et pratique, se confronter aux outils en cherchant, en découvrant astuces et bidouillages par eux-mêmes. On en est où, en ce début d’année nouvelle ?

Les étudiants ont déjà réalisés, à titre personnel, un univers netvibes – qui peut-être personnel ou public (c’est leur choix) –  mais qui les sensibilisent à la veille informative.  S’orienter dans les flux d’Internet et créer sa veille personnelle me semble être le premier objectif pour un bibliothécaire aujourd’hui.

Pour communiquer, ils ont créé un compte twitter… Ils n’ont pas encore l’habitude d’utiliser ce genre d’outils pour partager une veille, discuter, réagir… N’empêche… Ils testent… c’est le moment de le faire quand on est en phase d’apprentissage. Ensuite, sur le terrain, pris par le quotidien, l’antienne  » je n’ai pas le temps… », vous avez déjà entendue ? Rappelons que ces outils ne sont que des outils. Et qu’ils ne deviennent vraiment intéressants que reliés à un projet. Encore faut-il les connaître ! Ca parait évident, ça ne l’est pas ! Interrogez votre pratique dans votre établissement…

Ils ont également créé chacun un blog (au choix sur blogger ou sur wordpress). Voici leurs comptes twitter et leurs blogs si vous vous voulez les introduire dans vos réseaux et surtout les encourager (certains d’entre-vous ont déjà laisser des commentaires, merci ! ) :

Antoine : http://twitter.com/bouffebouffe et http://abracadabibliothesque.wordpress.com/

Gaëlle : http://twitter.com/hevalind et http://bibliocompagnie.blogspot.com/

De plus, Gaëlle a créé le blog de sa commune de résidence : http://bibliothequecugeslespins.wordpress.com/

Elodie : http://twitter.com/bibliorev et http://bibliorev.wordpress.com/

Emilie : http://twitter.com/tachedencre00 et http://tachedencre00.wordpress.com/

Florentin : http://twitter.com/florentin_bibli et http://bibliophage-florentin.blogspot.com/

Joachim : http://twitter.com/joachimfloren et http://joachimfloren.wordpress.com/

Barbara : http://twitter.com/Encrinet et http://encrinet.blogspot.com/

Ophélie : http://twitter.com/bibliofolie et http://bibliopholie.wordpress.com/

Sara : http://twitter.com/bibliobook et http://lapprentibibliothecaire.wordpress.com/

Pauline : http://twitter.com/sweetbubbles21 et http://bibulles.blogspot.com/

Leur évaluation est basée sur la construction de ces outils.

Pour joindre l’utile à l’agréable et surtout optimiser ces essais pratiques, ils devaient écrire leur premier billet sur le colloque  » Les métamorphoses numériques du livre »  à Aix-en-Provence, organisé par l’Agence Régionale du Livre PACA auxquels ils ont assisté les 30 novembre et 1er décembre 2009 .

Voici leurs billets sur les interventions entendues (en attendant les actes de ces journées pour les autres interventions) :

LUNDI 30/11/09 

Présentation du Colloque : Alain Giffard

Conférence d’ouverture :

10 h – 13 h LE LIVRE SAISI PAR LE NUMERIQUE

  • Virginie CLAYSSEN : Les livres dans le nuage – de l’édition considérée comme un service.
  • Françoise BENHAMOU : Livre numérique : quel modèle économique pour un changement de paradigme ?
  • Yannick MAIGNIEN : Devenir du livre et édition scientifique

14h – 18 h LA LECTURE NUMERIQUE ?

MARDI 01/12/09

10h – 13h BIBLIOTHEQUES, LIBRAIRES,EDITEURS : LA CHAINE DU LIVRE EN QUESTION

  • Stéphane Michalon : Editer, diffuser, commercialiser les livres à l’ère du numérique

14h30 – 16h Conférence de clôture :

Bernard STIEGLER et Alain GIFFARD : Dialogue, suivi d’un débat avec la salle 

Bonnes lectures

Je vous laisse les encourager. Ils seront peut-être un jour dans une de vos équipes !

Prochain cours lundi 11 janvier : cette fois théorique, sur les portails de bibliothèques !

Bonne année

Silence

alias Franck Queyraud

Vous le savez surement, le Bouillon est passé en mode collaboratif. Grâce à l’exceptionnel Étienne, nous avons un outil unique et gratuit permettant une veille collaborative décentralisée, sans changer les habitudes des veilleurs, à base d’agrégateurs et de fils rss !

Une vingtaine de veilleurs (merci à eux!) fait donc l’effort de trier tous les jours dans le foisonnement des informations liées à l’info-doc et au numérique (voir les thématiques et l’équipe des veilleurs).

Seulement voilà, c’est bien connu : trop d’info tue l’info, l’infobésité guette les bibliothécaires gourmands que vous êtes ! C’est pour ça que nous avons proposé conjointement à la version intégrale du Bouillon une version allégée logiquement nommée le NECTAR. Après quelques semaines de rodage, la formule nous semble très bien fonctionner !

Concrètement, le Nectar c’est les liens les plus partagés par l’équipe des veilleurs du Bouillon dans les 2 derniers jours. Pour chaque article, vous saurez qui l’a recommandé et vous pourrez cliquer sur son nom pour en savoir plus sur le veilleur.

Vous pouvez suivre le Nectar de 2 manières :

 

Fil rss

Courriel

Attention si vous êtes déjà abonnés au Bouillon par mail, vous devez vous en désabonner puis vous réabonner au Nectar par mail.

N’hésitez pas à combiner vos modes de veille, par exemple en prêtant un regard occasionnel et ponctuel au Bouillon intégral par twitter, (twitter est très bien pour çà, surtout avec un echofon sur firefox) ET une attention plus forte au Nectar! (normal c’est du concentré ! ;-)

Pour contribuer aux débats sur le livre numérique, et avant les Assisses professionnelles du livre  organisées par le Syndicat Nationale de l’Edition (SNE) vendredi 25 novembre, j’accueille sur ce blog une longue réflexion d’Alain Pierrot de la société i2s.fr et de Jean Sarzana,  consultant, ancien délégué général du SNE et de la SGDL (Société des Gens de Lettres) pour une proposition de définition du livre numérique.

A la fin de ce billet, je publie les réactions.

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Réflexion autour du livre et de l’oeuvre numérique

par Alain Pierrot et Jean Sarzana

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Il y a longtemps que la réflexion sur l’oeuvre numérique en général, et sur sa définition en particulier, occupe les esprits dans le monde du livre. Il est en effet légitime de bien s’entendre sur ce dont on parle, pour mettre les notions nouvelles en perspective avec les anciennes, en termes de droit comme en termes de marché. Mais depuis longtemps le livre couvre des champs multiples, il se révèle étonnamment flexible, et de surcroît sa matière est en mutation. C’est dire combien l’exercice s’avère délicat.

Récemment, l’édition [1] , puis la librairie [2] ont apporté leur contribution à la réflexion collective sur ce thème. Nous souhaitons proposer ici la nôtre, en deux approches successives. La première s’attache à cerner le champ du livre en tant qu’oeuvre incorporelle, indépendamment de son support, qu’il soit imprimé ou numérique. C’est une démarche d’abord conceptuelle, apparue comme un préalable nécessaire à la réflexion sur le livre numérique lui-même. La seconde approche, plus factuelle, porte sur les attributs du livre imprimé et propose un essai de typologie primaire de l’oeuvre numérique.

Cette contribution ne prétend pas faire le tour du sujet. Elle tend simplement à clarifier le débat en vue de faciliter les échanges en cours et à venir.

***

La réflexion sur le livre en tant qu’oeuvre est partie d’une citation de Kant :

« Un livre est l’instrument de la diffusion d’un discours au public, non pas simplement des pensées… C’est là que réside l’essentiel, à savoir qu’il n’est pas une chose qui est diffusée par là, mais … précisément un discours, et dans sa lettre même [3] ».
Et encore : « L’auteur et le propriétaire de l’exemplaire peuvent dire chacun avec le même droit du même livre : c’est mon livre ! mais en des sens différents. Le premier prend le livre en tant qu’écrit ou discours ; le second simplement en tant que l’instrument muet de la diffusion du discours jusqu’à lui ou jusqu’au public, c’est-à-dire en tant qu’exemplaire [4]  ».

Cette formulation du grand philosophe allemand, qui souligne la valeur propre de l’oeuvre littéraire et rappelle les caractères principaux du droit d’auteur, nous paraît directement répondre aux interrogations actuelles sur le numérique [5 ].

On pourrait donc avancer que le livre en tant qu’oeuvre se reconnaît aux caractères suivants :

Le livre se présente comme l’inscription d’un discours à l’intention d’un public indéterminé, qui va se l’approprier à sa manière (1).
C’est son caractère de référence qui confère au projet de l’auteur le statut de livre. C’est donc nécessairement une oeuvre achevée, prototype qui va imposer sa structure à ses différents avatars (2).
Les techniques d’inscription et les formes de médiation de ce discours, précises et reconnues, permettent de combler la distance qui sépare, dans l’espace et dans le temps, l’auteur du discours du public de ses lecteurs (3).
L’émetteur et son discours sont identifiés grâce à un code commun implicite – la publication – entre l’auteur et ses lecteurs. Ce code donne aussi l’assurance que la forme donnée au discours, les modalités de sa diffusion et les conditions de son appropriation par le public répondent bien à l’intention de son auteur (4).

                (1) La référence au discours ne vise pas seulement la dimension textuelle de l’écriture (comme elle pouvait le faire pour Kant à son époque). Dans une bande dessinée, un livre d’art, un livre scolaire ou un guide de voyage, le discours est largement porté par l’image, qui représente bien davantage que la simple illustration d’un texte écrit [6]. Quant à l’appropriation de l’oeuvre par le public, elle s’opère au gré du lectorat, sans que l’auteur
puisse savoir comment.

                (2) Pour répondre aux critères d’une oeuvre, un livre doit nécessairement se présenter comme achevé – même s’il n’a pas reçu de l’auteur sa forme définitive [7] – et son auteur identifié comme tel – même s’il reste anonyme. Il doit également s’ériger sur un discours construit. Au-delà de son caractère achevé, qui définit l’oeuvre par les limites qu’elle se fixe à elle-même, le livre doit exprimer une cohérence et apparaître comme un tout structuré, ces caractères étant perceptibles par d’autres que par son seul auteur [8]. Chaque livre constitue une référence unique, dans l’espace et dans le temps.

                  (3) Les techniques d’inscription vont de la copie manuelle à l’imprimé et de l’ouvrage papier numérisé à
l’identique au fichier numérique né et diffusé sur Internet. Par « formes de médiation précises et reconnues », on entend la transmission de l’oeuvre en direction de ses publics (par les ateliers monastiques, le colportage, la diffusion, les librairies, les foires et salons, les bibliothèques, la toile), sa conservation (dans les archives du libraire ou de l’éditeur, aux fins d’exploitation de l’oeuvre, ou au dépôt légal, pour des raisons d’ordre patrimonial) et la communication faite à partir ou autour d’elle (la promotion du livre sous toutes ses formes : presse, émissions sur le livre, prix littéraires, lectures publiques, …). Ces formes de médiation sont précises et reconnues dans la mesure où elles font l’objet de pratiques et de normes arrêtées par les professionnels eux-mêmes et admises par le public des lecteurs, étant entendu qu’un livre peut être appelé à sortir de son bassin linguistique et du cadre de son époque.

                   (4) Ce code commun porte sur les métadonnées de l’ouvrage, qui changent selon les époques (nihil obstat, privilège royal, achevé d’imprimer, notice bibliographique). Les autres conditions posées par le code commun définissent le champ du droit moral.

Cette base une fois établie – avec les correctifs qu’elle appelle – il est moins malaisé de cerner les différentes acceptions que recouvre la notion de livre, sous sa forme imprimée comme sous sa forme numérique.

Le livre imprimé pourrait donc se caractériser ainsi :

Un livre imprimé se présente comme l’inscription sur un support papier d’un discours établi par son auteur à l’intention d’un auditoire indéterminé, à l’issue d’un travail éditorial le plus souvent défini par contrat. Il constitue un ensemble graphique achevé, illustré ou non (1).
Un livre imprimé est reconnu comme tel à travers sa complexion matérielle et les métadonnées qui lui sont propres. Elles lui confèrent son identité et le garantissent comme référence (2).
Les techniques d’inscription de l’oeuvre et les pratiques de sa médiation sont assurées par l’éditeur, qui garantit que la forme donnée à l’oeuvre, les modalités de sa diffusion et les conditions de son appropriation par le public répondent bien à l’intention de son auteur (3).

                     (1) Ici apparaît la fonction éditoriale, qui établit le texte et le met au jour, l’édite et le publie. Ce travail, auquel le contrat d’édition confère son caractère professionnel, donne vie et réalité formelle à une oeuvre préexistant à son intervention. La formule « ensemble graphique » permet d’intégrer les bandes dessinées ou les ouvrages pour enfants d’où la forme textuelle peut être formellement absente, et qui n’en constituent pas moins des livres où c’est l’image qui porte le discours. En revanche, elle ne prend pas en compte l’image animée ni le son. Le livre imprimé se distingue aisément de l’article de presse – à l’oeil nu, peut-on dire. Quant au catalogue de voyage, à la notice technique et au mode d’emploi, c’est le caractère interchangeable de leur auteur et le défaut de personnalité de leur discours qui en font des documents, et pas des livres. En revanche, ce caractère est reconnu aux catalogues d’exposition dès lors qu’ils ont un discours propre au-delà des oeuvres qu’ils évoquent.

                      (2) A côté de l’oeuvre qu’il contient, identifiée par son titre, le nom de son auteur et la date de sa publication, chaque livre en tant qu’objet physique dispose de sa propre identité, distincte de celle de tout autre livre (langue, format, poids, ISBN,…). Le bon référencement – audelà des nécessités de l’EDI [9] – est une exigence qu’imposent le respect de l’auteur et celui du lecteur [10].

                         (3) Confiée aux mains de l’éditeur, l’oeuvre doit y trouver non seulement sa forme matérielle et la garantie de son exploitation, mais aussi l’assurance que l’une et l’autre offrent bien au public l’image que son auteur veut que celui-ci en reçoive. C’est la contrepartie du fait qu’à travers l’éditeur, l’auteur laisse le lecteur s’emparer de son oeuvre (à travers les relais que constituent les librairies, les bibliothèques, …).

***

S’agissant du « livre numérique », la réflexion s’appuie sur deux éléments propres aux auteurs, c’est-à-dire aux tenants du « discours » :
                        – à travers le démembrement du codex [11], la numérisation constitue pour les créateurs une véritable novation quant à la substance même de l’oeuvre. Elle permet son éclatement, facilite sa dissémination à l’infini, interdit pratiquement tout suivi de son exploitation sur le Net – sauf marquage, peu efficace, et traçabilité, coûteuse – et peut conduire à la perte de son identité, partielle ou totale. Les auteurs estiment en conséquence que la numérisation introduit une différence de nature, et pas simplement de degré, dans la réalisation et dans l’exploitation de leurs oeuvres.
                          - nombreux sont les auteurs qui ont directement acquis sur le Net une expérience vécue, à travers leur recherche personnelle. Explorant les spécificités de la lecture sur écran, moins linéaire que celle du livre, et tirant profit des possibilités de recherche plein texte et de navigation, ils ont souvent intégré dans la trame de leur “discours” les nouvelles conventions de communication du texte enrichi de liens internes et externes (hypertexte et hypermédia : images fixes, son, vidéo). Leur travail de création leur permet ainsi d’opérer une distinction entre différentes sortes d’oeuvres, depuis le livre papier – oeuvre close et fixée dans sa forme – jusqu’à l’oeuvre numérique – oeuvre ouverte, protéiforme et constamment évolutive.

On en arrive ainsi à l’échelle suivante [12] :

A. Un livre est dit « numérisé » lorsqu’il est issu d’un ou de plusieurs ouvrages primitivement réalisés sous une forme imprimée qui ont simplement fait l’objet d’un changement de support.
C’est un ouvrage « clos », achevé au même titre que l’oeuvre papier dont il est directement issu. Il s’apparente à un fac-similé de celle-ci (1).

 

B. Un livre est dit « numérique » lorsque l’ensemble qu’il constitue est originellement réalisé sous la forme de fichiers informatiques par un ou plusieurs auteurs dont il exprime le discours construit sous une forme achevée avec le concours d’un ou de plusieurs éditeurs (2).
Appelé à une large diffusion par la voie exclusive d’Internet, il ne peut être lu que sur un écran, qu’il soit fixe ou mobile (3).
Lorsqu’une oeuvre numérique fait en totalité l’objet d’un téléchargement sur un support papier, cette opération lui confère sous forme dérivée les caractères essentiels d’un livre (4).

 

                            (1) Lorsque le livre naît de la mise en forme numérique d’un ouvrage originellement réalisés sous la forme imprimée, il ne s’agit pas d’un livre numérique, mais d’un livre numérisé 13. La différence est manifeste, dans la mesure où le premier a une origine et une forme exclusivement informatiques, alors que le second doit son existence aux antécédents papier dont il procède.

                             (2) Les deux caractères constitutifs du discours – il est construit et achevé – étaient implicitement réunis dans le livre, à la fois objet physique et oeuvre de l’esprit. L’approche numérique met à jour cette dualité originelle du codex imprimé. Or il faut bien la reconstituer autrement qu’à travers l’imprimé, afin qu’un lien subsiste dans l’immatériel entre le tout et les parties.
Pour être numérique, l’ouvrage se doit d’échapper aux techniques autres qu’informatiques. Echappant à l’univers physique, il ne peut être réalisé, publié, exploité et transmis que sous la forme immatérielle d’un fichier. A défaut d’une édition première intégralement numérique, l’ouvrage ne peut plus mériter ce qualificatif.
L’intervention d’auteurs multiples sur ou dans une même oeuvre est un des nouveaux aspects de la création numérique, qui échappe aux paradigmes de la littérature générale. De même, l’oeuvre numérique invite à la conjonction de deux types d’intervention éditoriale, l’une sur le ou les textes constitutifs de l’oeuvre, l’autre sur la création entre eux d’un réseau d’hyperliens qu’on peut audelà d’une certaine masse critique considérer comme une base de données.

                              (3) Un ouvrage numérique ne peut être diffusé en tant que tel que via un réseau de même nature, et ce à titre exclusif, sauf à perdre sa nature pour en prendre une autre : celle de cédérom s’il fait l’objet d’une gravure, celle de livre s’il est téléchargé à partir d’une imprimante. Il ne peut donc faire l’objet que d’une représentation, toute reproduction lui imposant un changement de support et lui faisant ainsi perdre son caractère originel.
Par voie de conséquence, une oeuvre numérique ne peut être lue que sur un écran, quel que soit cet écran, fixe (ordinateur) ou mobile (téléphone portable, assistant personnel,…)

                              (4) Lorsque l’oeuvre numérique adopte par téléchargement la forme imprimée, celle-ci appartient ipso facto au champ du livre, sous sa forme de codex (impression à la demande). Le livre apparaît dans ce cas de figure comme un produit directement issu de l’oeuvre numérique. On est donc à front renversé par rapport aux conditions classiques d’exploitation du livre pratiquées jusqu’ici.

C. Le livre numérique se distingue d’autres espaces interactifs en constante évolution et ouverts à tout intervenant extérieur :
                       – le blog est sans doute la forme la plus répandue de ces ensembles numériques, dont les participants ne sauraient être reconnus comme les co-auteurs de l’ensemble, pour autant qu’il reste ouvert. Si un blog fait l’objet d’une édition, fixant billets et commentaires d’une période donnée, les échanges de cette période peuvent acquérir le caractère d’oeuvre achevée – et ses participants celui d’auteurs d’une oeuvre collective – voire prendre la forme familière d’un livre imprimé [14].

                        – certains espaces numériques collectifs du type Wiki (Wikipédia, Wikitionnaire,…), se présentent comme une maquette permanente, une sorte de périodique en écriture continue. A la différence du blog, chaque contribution vient amender l’ensemble sans pour autant prétendre lui donner sa forme achevée.
                         - il existe bien entendu beaucoup d’autres formules intermédiaires, notamment des espaces partie figés, partie ouverts, où peuvent s’incrémenter les apports des internautes [15].

La multiplication de ces initiatives montre que si les contenus nourrissent, les formats structurent. Il faut admettre que ces espaces, sous l’infinité de leurs formes, se prêtent mal à une définition générique et relèvent plutôt de la simple description, tout au moins au stade où nous en sommes.

***

On s’est accoutumé depuis longtemps à la double nature du livre, objet matériel et oeuvre incorporelle, sans éprouver dans la sémantique ou la pratique éditoriale le besoin de les distinguer. Le développement de la numérisation et les nouvelles perspectives d’exploitation qu’elle offre aux oeuvres de l’esprit conduisent naturellement à revenir sur cette ambivalence et, à travers elle, à retrouver les analyses de ceux qui ont fondé l’économie de l’édition. C’est ce souci qui a guidé notre démarche.
Celle-ci est loin d’être achevée : outre qu’elle peut être amendée et affinée, reste à préciser la portée juridique des notions qu’elle s’est efforcée de cerner.

AP – JS / mars-avril 2009

(Ce texte est paru initialement sur le site de  Livres Hebdo)

 ——————————-

Les notes

[1] Document du SNE sur la définition du livre numérique, dans le cadre de la Commission dite post-Patino
[2] Qu’est-ce qu’un livre ? Les cahiers de la librairie n° 7, janvier 2009
[3] Emmanuel Kant, Qu’est-ce qu’un livre ? PUF / Quadrige 1995 (traduction Jocelyn Benoist) p. 123. Cité par
Roger Chartier, Qu’est-ce qu’un livre ? in Les cahiers de la librairie, janvier 2009.
[4] Ibidem, p. 131
[5] Un roman, un poème, un manuel scolaire, un livre pour enfants, une bande dessinée, un essai, une pièce de
théâtre sont autant de « discours », au sens où l’emploie Kant.

[6] Autre exemple, tiré de la littérature : Le Petit Prince, de Saint-Exupéry.
[7] Les Pensées, Bouvard et Pécuchet, L’Homme sans Qualités, les écrits de Pessoa, …
[8] Exemple paradoxal d’un livre hors langage, sans titre et sans auteur : Le Code Voynich, publié en 2005 par
Jean-Claude Gawsewitch

[9] Echange de données informatisées
[10] Il n’en a pas toujours été ainsi. Le codex d’avant Gutenberg se présente souvent comme la compilation sans cohérence de plusieurs ouvrages de genres différents, sans rien qui les lie, que leur reliure. La relation d’unicité entre livre, oeuvre et auteur, qui nous paraît aller de soi, n’apparaît guère avant le 15è siècle (cf Roger Chartier, op. cit.)
[11] Le codex existait bien avant la découverte de l’imprimerie. Celle-ci a donc beaucoup moins affecté la nature et la substance mêmes de l’oeuvre que ne le fait aujourd’hui la numérisation.

[12] Cette échelle a donné lieu à une réflexion suivie au sein de la Société des Gens de Lettres.
[13] Exemple des livres accessibles à travers Google Book Search

[14] Cf www.l-autofictif.over-blog.com et L’autofictif, d’Eric Chevillard, chez L’Arbre Vengeur.
[15] Cf www.livresdesmorts.com (Le Livre des Morts, oeuvre poétique interactive de Xavier Malbreil présentée au Salon du livre 2008) ou encore http://futureofthebook.org.uk/blake/book.html (Songs of imagination and digitisation).

 ———————– LE DEBAT est lançé :

La réponse de François Bon sur son Tiers-Livre : Y a-t-il une frontière au livre numérique ?

A son tour, Constance Krebs sur son blog Amontour : Une définition du livre

Sur sa Feuille, Hubert Guillaud réagit également :  Qu’est-ce qu’un livre numérique et en avons-nous besoin ?

Composer, par René Audet, professeur au Département des littératures, Université Laval (Québec)

Voici un premier compte-rendu des Assises du Numérique  organisé par le SNE :  Les droits des auteurs à bras le corps ! [1/2] de Jeanlou Bourgeon (blog Entre nous soit dit). Voici le second billet : Jeremy Ettinghausen, digital publisher  [2/2] avec l’intervention de Virginie Clayssen « Inventer la révolution numérique ».

Soyons aussi complet, avec les explications toujours lumineuses de Lionel Maurel (Blog S.I.Lex) concernant le Règlement Google Book Acte II : le grand bal des chimères : à lire entièrement pour comprendre tous les enjeux. Voici, cependant la conclusion de ce billet :

« Et moi au fond, quelle est ma chimère ?

Depuis le début dans cette affaire, la question des exclusivités a toujours été ma principale préoccupation. Quelle que soit l’utilité de Google Book Search, je persiste à voir dans ces exclusivités un danger majeur que l’on ne peut tolérer. Or avec ce nouveau règlement, on parvient presque au stade où les exclusivités sont quasiment neutralisées. De mon point de vue, cet accord devient acceptable et il n’existe presque plus que des raisons idéologiques de s’y opposer. Des sujets d’inquiétude demeurent encore : la position des bibliothèques qui n’est pas encore assez garantie et les problèmes liés à la protection de la vie privée.

Pour le reste, je dois avouer que je n’ai jamais considéré que l’opt-out constitue à lui seul un motif de rejeter l’action de Google en matière de numérisation. Le fair use américain constitue à mes yeux une mesure bénéfique qui joue un très important facteur d’équilibre du régime de la propriété intelectuelle. C’est un système qui fait cruellement défaut en droit français et qui pénalise notre pays que ce soit en matière d’accès à l’information et à la connaissance ou en matière d’innovation technologique. Dès lors, je considère que Google Book Search satisfait aux conditions du fair use et devrait pouvoir en bénéficier, y compris, en France comme il est demandé au Tribunal de Grande Instance de juger.

Lors de l’audience de ce procès à laquelle j’ai pu assister, j’ai entendu les avocats des titulaires de droit français défendre une conception tellement dure et  idéologique des droits d’auteur qu’elle détruit littéralement les conditions de possibilité d’une bibliothèque numérique. L’avocate de la SGDL en particulier s’est appuyée sur une conception extrême du droit moral, estimant qu’un mauvais taux de reconnaissance des caractères constituait une atteinte à l’intégrité des oeuvres, y compris celles du domaine public, ou que l’ordre de classement des oeuvres par le moteur devait présenter une cohérence absolue sous peine d’enfreindre le doit moral. En l’état actuel des technologies, aucune bibliothèque numérique ne peut satisfaire de telles exigences. Il a également été reproché à Google de faire usage des titres des oeuvres ou d’indexer les contenus, ce qui constituent à mes yeux des pratiques documentaires essentielles pour l’accès à l’information. Comment rester solidaire d’une conception aussi “fixiste” du droit d’auteur ?

Google Book Search pose en réalité LA bonne question : celle de la nécessité d’une adaptation du droit d’auteur aux exigences de l’accès au savoir dans l’environnement numérique. Mais il apporte de mauvaises solutions, dans la mesure où existe un risque de dérive vers un monopole au profit d’une puissance privée. Ce risque est moindre avec le nouveau Règlement, mais il sera toujours présent si on consent à abandonner à Google l’effort de numérisation.

Je veux continuer à croire qu’une alternative européenne existe encore, qui conjuguerait l’initiative privée et l’initiative publique, dans un esprit de conciliation du droit d’auteur et des droits à la connaissance et à la culture.

C’est peut-être ma chimère, mais je la poursuivrai encore longtemps… » (Lionel Maurel )

Tirée du dernier roman de Yann Moix : cinquante ans dans la peau de Michael Jackson (Grasset, 2009), cette citation qui pose un certain nombre de questions :

« Société où les enfants ont tous leur téléphone portable personnel. Ont tous leur ordinateur portable personnel. Comme des petits hommes d’affaires. Société dans laquelle on donne le bacalauréat à tout le monde, parce qu’on est prié de devenir adulte tout de suite, allez, du balai, quittez-moi cette enfance qui n’a que trop duré ; devenez des hommes. Entrez, approchez, n’ayez pas peur : voici le monde adulte (cher bachelier). Adulte, adulte, adulte. Le plus vite possible. Le plus possible d’adultes le plus vite possible.

          Mélange des enfants et des adultes : sur Internet, enfants, adultes sont totalement à égalité. Aucune différence, dans la virtualité, entre un enfant et un adulte. La différence (pas seulement d’âge, mais ontologique) entre un enfant et un adulte est abolie sur la Toile. On est tous pareils sur Facebook ; on a tous le même âge moyen : on est tous identiquement adultes ; il y a une contamination de l’enfant par l’adulte, dans le monde virtuel, qui culmine avec la séduction d’adolescents ou d’enfants par des pervers et des pédophiles. Sur Internet, il n’y a plus que deux sexes face à face. Deux genres seulement, deux catégories uniquement : les hommes et les femmes. Qui veulent se rencontrer ; qui se cherchent. Parfois se trouvent. Abolition pure et simple de toute forme de dissemblance. Douze ans, trente ans, même combat : les mots n’ont pas d’âge, pas de tête, pas de rides, tout est aplani – les adultes n’ont plus qu’à attirer (et pas seulement sexuellement), qu’à tirer à eux, les enfants dans leur monde ; on traite d’égal à égal. Ce n’est plus une toile, mais un Filet. Le monde entier a le même âge (adulte) ; le monde entier est collègue. Enfants et adultes deviennent complices. « 

Ce texte me met mal à l’aise par ses rapprochements  et parfois ses raccourcis… sans pour autant penser que l’auteur a entièrement tort. L’enfant égal de l’adulte sur Internet ? Oui, jusqu’à un certain point… Cette abolition de la dissemblance me paraît excessive…  La toile comme Filet ? Vision très restrictive…

Silence

Petit état de l’art de mes usages des outils dits 2.0

De plus en plus, sans m’en rendre compte, j’ai utilisé mon profil Facebook comme on peut utiliser un blog : faire état régulièrement de mes flâneries sur le réseau. Gros avantage de Facebook : savoir que je m’adressais au minimum à « mes amis », mon réseau social constitué de personnes dont je connaissais le visage, et parfois, souvent, que j’avais rencontré dans la « vraie » vie ! Cela changeait des billets du blog qui devaient être lus – des statistiques l’attestant – des commentaires le démontrant… mais par qui ?

Anonyme blog et Facebook vivant… raison de son succès fulgurant ?

D’autres outils, je testais  : delicious,  machin + bidule, et twitter, évidemment et ses flux incessants… difficile à suivre, enfin, pour moi… difficile de concentrer mes tentatives de penser en 140 caractères, résumer en un message pertinent… Fils de discussion, morceaux de tchats… j’abandonnais, revenant de temps en temps sur twitter, pour voir, pour savoir quels étaient les sujets en discussion…

J’avais relié pourtant, j’ai toujours ce twitter relié avec mon compte Facebook et mon compte Friendfeed. Pour publier sur mon facebook au boulot bloqué par proxynator, je passais par twitter qui, sagement, allait parsemer mon profil.

Dans ce maëlstrom d’outils et de sites, j’en vins même à installer une plateforme de mutalisation de tout mes comptes et de tous ses outils, ne m’y retrouvant plus en définitive, tenant une liste infernale de mots de passe que j’oubliais implacablement. J’expérimentais alors Yoono… ce fût l’explosion… les informations du monde, les flux me parvenaient en permanence. Tel le trader qui regarde défiler les chiffres sans cesse changeants, les paroles de chacun arrivaient… Je n’arrivais plus à me concentrer sur ce que je faisais… parce qu’évidemment, les paroles qui émanaient de mes amis me distrayient, m’emmenaient vers d’autres pistes. Et petit à petit, les chemins enchevêtrés me firent perdre le nord.

Mince… Simplifions, me dis-je ?

Ah ce Facebook, tant décrié.  ;) :(      Facebook, pays des smyleys ; contrée des j’aime, j’aime plus. Bref, j’ai délaissé ce blog… infidèle. Pris par la facilité de recenser rapidement mes découvertes, je n’écrivais plus ici. Ai de nouveau envie d’écrire, de synthétiser toutes ces expériences hétéroclites.

Donc, voilà où j’en suis, aujourd’hui :

un Google reader, un agrégateur de flux RSS,  pour suivre l’actualité quotidiennement et faire une veille personnelle, même si ensuite, elle devient partagée (Chaque outil devenant dorénavant un réseau social) ;

un netvibes, d’abord privé puis public, pour une veille publique. Cette présentation sous forme de widgets que je trouve si pertinente pour présenter des fils d’Ariane de manière très graphique pour le grand public ;

un profil Facebook pour partager des découvertes au fil de l’eau, garder des contacts, prendre des nouvelles de ses amis, effectuer une veille publique avec et pour ses amis…

Un profil Facebook aussi pour mélanger des cercles d’amis disparates, mélanger les étiquettes qui finissent toujours par nous coller à la peau (geek, discothécaire, auteur de BD…) au lieu de voir la personne dans sa totalité ;

Un profil Facebook (même si il y a trois fois un profil facebook, je parle toujours du même :D et hop un smiley !) pour l’aspect « fan ». Quel fabuleux outil pour créer la page des amateurs d’un auteur… Travailler sur ces pages, comme si l’on créait une bibliographie exhaustive (réflexe ancestral du bibliothécaire – fichiers, listes – penser, classer, ordonner). Désirs de précisions…Otletiser ? Otletiser = vouloir, désirer, souhaiter ( ;) !)… organiser tout le savoir du monde… ou du moins une partie…

Utilisation d’un blog pour causer des révolutions de notre profession et d’autres blogs pour parler de ses passions artitistiques, littéraires

Participer à des aventures collectives comme Wikipédia…ou Babelio

Lire des oeuvres contemporaines et d’emblée numériques sur publie.net

Et, besoin vital, dans ce dédale foisonnant et passionnant, de relire aussi, en plus des blogs, les classiques de notre profession pour imaginer un nouveau modèle de bibliothèque : hybride ou pas. Lire Eugène Morel, des histoires de bibliothèques, des cercles de la librairie, pour se confronter à ce qui se passe en ce moment, ici et maintenant…

Ecrire sous son nom propre ou avec un  pseudo… sans désir aucun d’égotisme… juste le souhait de partager, de dire, de demander : et vous, et vous, qu’est-ce que vous en pensez ?

Et vous, où en êtes vous avec ses outils dits 2.0 ? Vos veilles ? Vos désirs de bibliothèques ?

Bien à vous,

à suivre, donc…

Silence

 

 

 

Plus que 90 ans à attendre…

Silence

Programme de la journée d’étude du lundi 30 novembre 2009 organisée par l’ABF PACA

« Vidéothécaire : un métier de flou ? »

Auditorium – Médiathèque d’Hyères, Place Lefebvre 83400 Hyères

Matinée : Mise au point et lignes de fuite…

8h45 : Accueil / café dans le hall de la Médiathèque

9h15 : Ouverture de la journée : Gilles EBOLI, président du groupe régional ABF PACA ; Nathalie ERNY, directrice de la médiathèque d’Hyères ; Pierre TRIBALLIER et Julien LEYDIER, respectivement responsable de l’espace Cinémusique et vidéothécaire de la Médiathèque d’Hyères.

9h30-11h : Vidéothécaire : mode d’emploi. Bertrand TESSON, cinéaste et vidéothécaire, nous fera part de son expérience professionnelle et artistique et posera son double regard sur ce qui constitue les difficultés, les enjeux et les mutations du métier aujourd’hui.

11h-11h30 : Action ! Le Réseau des vidéothécaires en Midi Pyrénées avec Christine DESPLEBAINS (CRL Midi-Pyrénées)

11h30-12h : Questions et échanges

Midi : Coupez ! 12h – 13h30 : déjeuner libre

Après-midi : Zoom sur P.A.C.A. : champ et hors champ…

13h30 : Table ronde suivie d’un débat : « La Médiathèque, un autre lieu pour le cinéma ? » Dans son rapport de novembre 2008 intitulé « Par ailleurs le cinéma est un divertissement… » : propositions pour le soutien à l’action culturelle dans le domaine du cinéma, Alain Auclaire, prenant le « contrechamp » du rapport Berthod, ne cite à aucun moment les médiathèques comme « lieu de cinéma ». Cet oubli significatif pose évidemment la question du rôle et de la place des médiathèques dans la valorisation active des œuvres audiovisuelles et dans l’éducation à l’image, mais elle interroge aussi de façon indirecte le rôle même du « vidéothécaire ».

Modération : Françoise PEYRE, conservatrice et directrice de la médiathèque Nelson Mandela de Gardanne.
Avec :
Magali ROUX-DENOYER, bibliothécaire, responsable du département Arts et spectacles de la BMVR de l’Alcazar responsable de la coordination régionale autour du Mois du Film Documentaire ;

Dominique ROUSSELET, responsable des collections de films à la Médiathèque de Villepinte et formatrice pour Images en Bibliothèques ;

Natacha CYRULNIK, réalisatrice, Pôle régional d’éducation artistique et de formation au cinéma et à l’audiovisuel de la Région P.A.C.A. ;

Bertand TESSON, réalisateur et vidéothécaire.

16h30 : Sortie de champ – fondu au noir…

 

Renseignements : Julien LEYDIER ou Pierre TRIBALLIERMédiathèque d’Hyères : 04.94.00.11.30
julien.leydier@mairie-hyeres.com
pierre.triballier@mairie-hyeres.com


 

Journée ABF « Vidéothécaire : un métier de flou ? »

Coupon à renvoyer avant le 24 novembre 2009 à la Médiathèque d’Hyères
A l’attention de Pierre Triballier
Place Lefebvre BP 709 83412 HYERES CEDEX
 

Tél. : 04.94.00.11.30 Fax : 04. 94.00.11.39
ou par courriel à : pierre.triballier@mairie-hyeres.com

 

L’inscription est gratuite
 

Nom /Prénom :

 Adhérent ABF n°….
 Non adhérent

Etablissement :

[billet publié simultanément sur les blogs des membres du groupe bibliothèques Hybrides de l'ABF]

Le Bibliolab, c’est l’histoire de quelques crapauds fous qui ont suivi un fil RSS…

Issue d’une idée de Xavier Galaup, le Bibliolab est une plateforme en ligne qui a pour objectif d’offrir un espace de ressources et d’expérimentations pour les bibliothécaires souhaitant découvrir le Web 2.0 et ses applications. Le 26 septembre, à l’occasion du Bookcamp, les membres du groupe Bibliothèques hybrides de l’ABF présenteront cette plateforme.

Le Bibliolab est conçu pour vous permettre de :

  • Vous former grâce à de nombreux tutoriels sur des outils tels que les blogs, les agrégateurs et bien d’autres,
  • Expérimenter grâce aux plateformes de tests qui vous sont réservées sur le site : vous pourrez créer votre blog et poster vos premiers billets. Vous pourrez aussi utiliser un agrégateur et découvrir les possibilités offertes par les flux RSS.

Le Bibliolab met aussi en avant différentes ressources liées au groupe Bibliothèques Hybrides et à ses membres telles que :

  • Calendoc, agenda collaboratif des professionnels de l’information-documentation
  • Le blog du congrès ABF
  • Les articles de la rubrique Le Billet des Hybrides dans la revue de Médiathèque(s) de l’ABF

Alors rendez-vous au Bookcamp ou sur bibliolab.fr. Et soyez nombreux à créer des blogs et des agrégateurs !

L’Association des Bibliothécaires de France PACA (ABF PACA) et la Médiathèque de la Ville de Martigues s’associent pour une journée d’étude autour de la numérisation.

Journée au coeur d’une actualité brulante avec l’attente des conclusions du tribunal de New York  (le 7 Octobre) et les récentes déclarations du responsable des collections de la BNF, cet été, avouant que la BNF réfléchissait à un éventuel accord avec Google.

L’interassociation Archives Bibliothèques Documentation (IABD) a réagi à cette annonce en publiant un communiqué de presse « Non au Réglement google books en France » le 7 septembre et une délégation des différentes associations devraient rencontrer les autorités compétentes. Dominique Lahary, le responsable très dynamique de l’IABD qui sera présent ce 19 Octobre ne manquera pas de nous tenir au courant de cette actualité.

Quid de Europeana (la réponse européenne initiée par Jean-Noël Jeanneney, à lépoque responsable de la BNF) si un accord Google est signé ? Quels sont les risques de confier « Toute la mémoire du monde » à une entreprise privée ? Eternel débat autour des notions de droit d’auteur, de domaine public et de société de la connaissance, dans un monde en pleine mutation. Telles sont les questions qui ne manqueront pas de surgir…

Voici le programme de cette belle journée (on espère !)  :

Cette journée sera filmée et podcastée ensuite…

Franck Queyraud – Secrétaire régional  ABF PACA

 

« Numériser, pour quels services aux publics ? »
Médiathèque de Martigues––Quai des Anglais – 13620 Martigues Cedex – Tél. : 04 42 80 27 97

 

9h15 Accueil et ouverture de la journée par Florian Salazar Martin, adjoint à la culture de la ville de Martigues, Catherine Perrin, Directrice de la Médiathèque L.Aragon et Gilles Eboli, Président du groupe ABF PACA

9h45 Table-ronde : « Qu’est-ce qu’un livre aujourd’hui ? », animée par Thierry Guichard, rédacteur en chef du « Matricule des Anges », présentation et point de vue de chaque intervenant : Pierre Ménard, site publie.net ; Aline Girard de la BNF-Gallica, Raymond Tamisier de la librairie l’Alinéa à Martigues et Stéphane Michalon de Titelive epagine.

11h30 Questions et débat

12h-13h30 Déjeuner libre

14h Patrick Bazin, Directeur de la bibliothèque municipale de Lyon présente
L’expérience innovante de services au public à Lyon et le chantier de numérisation avec Google

15h « Quels enjeux pour les services aux publics de demain en bibliothèque : numériser pour qui pour quoi ? » par Dominique Lahary, Directeur de la bibliothèque départementale du Val d’Oise

16h Questions et débat

………………………………………………………………………………………………………
Journée ABF « Numériser pour quels services aux publics ? »
- Coupon à renvoyer avant le 16 octobre 2009 à la Médiathèque de Saint-Raphaël
A l’attention de Franck Queyraud
Place Gabriel Péri – 83700 Saint-Raphaël – Tél. : 04 98 11 89 22 Fax : 04 98 11 89 72
Ou par courriel à : franckqueyraud@gmail.com

L’inscription est gratuite
Nom /Prénom : …………………………………………………………………………
 Adhérent ABF n°  Non adhérent
Etablissement :

logo ABF new

Groupe régional Provence-Alpes-Côte-d’Azur
L’Alcazar
23 rue de la Providence
Place René Sarvil
13231 Marseille cedex 1

Journée organisée en partenariat avec la Ville de Martigues

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